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Le renversement des alliances ou Supplément à la « quasi guerre » de 1794

Référence de l'article : IL5845
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écrit par Christian MEGRELIS,(27 Janvier 2017)
 

La conjonction des planètes post 1794 se reproduit en 2017.
En pire.

Plutôt que de se liguer contre la France, les « anglo-américains » nous ignorent superbement. Pour Theresa May, l’Etat qui entraverait un Brexit à ses conditions « s’auto mutilerait » –suivez mon regard. Pour Donald Trump, l’Europe, « mal foutue», c’est l’Allemagne… En moins d’une semaine l’axe cauchemar du Général, est déjà reconstitué (pour autant qu’il ait jamais disparu..). Un renversement d’alliances qui laisse planer le retour à une nouvelle « quasi guerre » avec la France.

On n’est pas loin de la situation de 1794 quand, pour protester contre l’abolition de l’esclavage par la Convention, Anglais et Américains s’allient contre la République pour mettre la main sur notre « île au trésor », Saint Domingue. Les corsaires français saisissent alors  plusieurs centaines de bateaux américains. Privés de flotte, ces derniers envoient une délégation à Paris pour arrêter la « quasi guerre ». La négociation qui suit, à l’avantage de la France, reste, encore aujourd’hui, en travers de la gorge des Américains sous le nom de « XYZ ». Talleyrand  refuse de les recevoir et envoie à la table de négociation trois fonctionnaires anonymes de son ministère baptisés «  X.Y.Z. » par les Américains.

Cet épisode, que les Français ont eu le bon goût d’oublier, montre que, vingt ans après une indépendance obtenue à nos frais, les Américains n’avaient pas la moindre reconnaissance. Le parti républicain se faisait le champion de la réconciliation avec les Anglais, et il n’y avait plus que Jefferson à nous rester fidèle.

De Gaulle : "L'Angleterre, je la veux toute nue !"

Pour les Etats-Unis, l’avenir de la planète se joue dans le Pacifique. Tout le reste est subalterne. La Russie est un tigre de papier qui ne parvient pas à reconstruire une industrie digne de ce nom. L’Allemagne restera soumise, au moins jusqu’à la fin de la génération dont les parents se souvenaient encore des ravages de la Seconde guerre mondiale et de la dictature communiste. L’UE n’est rien de plus qu’une ONU régionale sans importance. Un peu l’opinion que le président Gorbatchev, en 1989, m’avait résumée au Kremlin lorsque je plaidais pour une coopération avec l’UE pour aider l’URSS à libéraliser son économie. Les amabilités francophones d’un Kerry ne pouvaient guère impressionner qu’un président français d’une faiblesse surréaliste en quête éperdue de reconnaissance internationale.

Coté anglais, ce n’est guère mieux. On se souvient du mot du Général refusant la suggestion de Couve de Murville  de l’intégrer à l’Union européenne : « L’Angleterre, je la veux toute nue ! ». L’entrée de la Grande Bretagne en 1973 a été un cancer pour l’Europe. Les politiciens de l’époque, oubliant leur maître, ont cru à la bonne foi de ce pays, oubliant le mot de Churchill à de Gaulle « Entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ! ». Les trois « non » du Royaume Uni ont retenti comme trois coups du destin : non au SME en 1979, non à la PAC en 1984, non à l’euro en 1991. La désertion de ce pays en 2016, conjuguée au nouvel isolationnisme de Washington, nous laisse dans cet éternel face à face avec l’Allemagne, qui, depuis 150 ans, a toujours mal tourné.

Le monde se dote en ce moment de dirigeants durs et expérimentés, n’ayant pas peur de renverser la soupière lorsqu‘ils l’estiment nécessaire. La France, elle, sort en lambeaux de trente ans de gouvernance à la godille, sans stratégie ni objectif géopolitique autre que le « couple franco-allemand », sans personnalité autre que ce qui énerve le plus : la prétention de « grande nation ».
Comment échapper à cette insupportable décadence qui est notre lot depuis bientôt 40 ans? Devenus puissance moyenne, nous avons cru que notre avenir, c’était l’Europe, mais nous avons toujours pris les mauvaises décisions : élargissements successifs, entrée dans la zone mark, rebaptisée euro, socialisme idéologique, abandon du principe de réalité, course à l’américanisation de l’éducation et des moeurs,  avec comme résultat la perte de contrôle de notre propre identité. En 1965, on savait ce que voulait dire être français. Le sait-on encore en 2017 ?

Notre chance aujourd’hui, c’est  que le destin frappe à la porte. Le Brexit d’abord, l’élection de Donald Trump ensuite. Ces  deux coups de trompette prémonitoires qui annoncent un renversement d’alliances nous donnent la direction à suivre.  Il s’agit de retrouver notre véritable vocation, notre véritable personnalité, une vision nationale de la géopolitique. Pas facile après toutes ces années d’idéologie où les discours ont servi d’alibi à la confusion des valeurs, des sentiments, du progrès et où l’égotisme a furieusement sévi.

Confusion des valeurs : quoi de plus éclairant que ce mélange de reniement, de fausse compassion et d’hypocrisie qui constitue aujourd’hui ce que l’on appelle « les valeurs » de la République ? Quoi de plus dégradant que le narcissisme infantile d’un dirigeant suprême élu pour donner un sens au destin national ?

Confusion  des sentiments : il est  plus facile de s’apitoyer sur le sort de Leonarda que de régler celui des migrants qu’un ministre imbécile a cantonné à Calais pour éviter aux Anglais d’être dérangés. Un chef d’Etat n’est pas élu pour aller s’incliner devant chaque soldat tué au champ d’honneur. Les « bons sentiments »  doivent céder la place à une fermeté lucide.

Confusion du progrès : être progressiste aujourd’hui en France, c’est adopter l’idéologie « post modern back to the future». C’est vouloir des emplois sans l’industrie qui va avec, créer des sinécures pour les incompétents sortant des « écoles de la République », diminuer sans cesse la durée du travail, et à terme, créer le « revenu universel » (dont même le secrétaire général de la CGT ne veut pas !).

Egotisme : le modèle français «  de monarchie républicaine » a autorisé des erreurs géopolitiques impardonnables. La pire a été sans doute notre agression en Libye dont la France subit les conséquences en Afrique et sur son sol. Notre parti pris anti russe nous met entre les mains d’une Allemagne dont la force se nourrit de notre faiblesse.

Refus "d'encombrer l'Histoire de France"

Le destin se joue maintenant. Dans un éclair de lucidité, François Hollande a décidé de cesser d’ « encombrer l’Histoire de France »,  selon le mot de Saint-Simon.

Deux élections se profilent qui sont l’occasion de changer le cours des choses. La France, qui est la plus vieille nation de l’Europe et la seconde au Monde après la Chine, doit remonter sur le pont comme elle l’a souvent fait dans son histoire. Le peuple français commence à comprendre les erreurs commises par la classe politique depuis quarante ans. Nous sommes capables de renverser le cours de la démagogie qui a mis la Nation à plat en moins d’un demi-siècle, défaisant tout ce qui avait été reconstruit après la Libération.

La vraie querelle n’est pas entre libéralisme et dirigisme, entre la loi de l’offre et celle de la demande, mais entre confiance et défiance. Les économistes savent et enseignent que l’économie se construit autour de la confiance. Les girouettes politiques croient habile de suivre le vent de l’opinion, qui, comme l’enseignait déjà Clisthène, Aristote, Voltaire, Tocqueville et bien d’autres, est capricieux, au gré des vaguelettes du temps. Nous avons besoin de visionnaires, pas de glorificateurs de faits divers.

Nous devons penser, et panser, nos divisions internes en donnant un sens au destin  manifeste de la France, construit au cours des siècles. Un pays sûr de lui et indépendant, capable de relever lui-même les défis qu’il rencontre. Un pays qui ne se mêle  des affaires des autres que  lorsque sa sécurité est en jeu. Un pays qui choisit lui-même ses alliances sans subir de pressions extérieures. Enfin, un pays qui reconnait lucidement sa géographie et les avantages et les contraintes qui vont avec.

N’est ce pas précisément le virage que fait la Grande Bretagne en ce moment ? N’est ce pas la politique allemande depuis sa défaite de 1945 ? Et celle de la Russie après la crise de 1990 ? Et c’est maintenant la route choisie par le Etats-Unis. L’Histoire à travers les exemples que nous avons cités, nous montre la fragilité des alliances et la nécessité, pour toute « grande Nation », de se concentrer d’abord sur ses intérêts, tout en respectant  son propre code de valeurs. Voila qui pourrait donner de l’espérance aux nouvelles générations.
Souhaitons que les nouveaux dirigeants de la France soient à la hauteur de ces défis.

(Mis en ligne le 27 Janvier 2017)