Se connecterS'abonner en ligne

Le coiffeur du Président

Référence de l'article : IL5891
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Christian MEGRELIS,(12 Février 2017)


Supplément au procès de l’arrière-grand-père d’Alexis de Tocqueville.

 

Conte persan. Un Président-Monarque a  un coiffeur. Comme tout le monde. Une fois par mois pour les Messieurs. Le Président, lui, l’emploie à plein temps. Et sa rémunération est trois fois plus élevée que celle de ses confrères moins heureux. Question : que fait-il entre deux coupes ? La Cour du Royaume, auto saisie, après perquisition dans le salon de coiffure du Palais, diagnostique un emploi fictif. Elle agit en conséquence : communiqué au Tribunal révolutionnaire du Canard Enchainé qui vote la mise au pilori du coupable et, bien sûr, de sa famille. Qu’à cela ne tienne : le coiffeur est toujours coiffeur et le président toujours président.

En 1794, Malesherbes, arrière-grand-père d’Alexis de Tocqueville, moins chanceux, est conduit à l’échafaud avec enfants et petits enfants. Son grand péché révolutionnaire : être sorti de sa retraite pour  défendre Louis XVI. Les minutes du procès ne mentionnent pas une seule fois les mérites d’un des rares français qui auraient pu nous épargner  une révolution apocalyptique. Elles ne disent rien sur ses multiples remontrances  à Louis XV quand il était Président de la Cour des Aides, ni de la lettre de cachet qui les suivit. Ni de sa demande de convocation des Etats Généraux 18 ans avant la révolution, sous Louis XV. Pas plus que de son aide à Diderot, menacé de Bastille en 1750 pour cause d’Encyclopédie. Encore moins de sa tentative, avec Turgot, de sauver un régime  aux abois en 1775.

C’est une toute autre affaire aujourd’hui !

Un ancien premier ministre  est accusé d’emplois fictifs par le tribunal révolutionnaire du Canard Enchainé, toujours lui. Une Cour s’autosaisit du cas et, en moins d’une semaine, rassemble documents et témoignages accablants. N’entrons pas dans les échanges d’arguments qui ne sont à la gloire, ni de la démocratie française, ni de cette éthique personnelle qu’on aimerait que les politiciens respectent autant qu’ils nous demandent de la respecter.

Les emplois fictifs, qui avaient déjà coûté très cher à un ancien Premier Ministre, continuent de faire fureur au sommet de l’Etat.  On en trouve jusque dans le cuir chevelu du Président.

Nous avons besoin d’un nouveau Malesherbes qui nous aide à réformer l’Etat par le haut, avant de le réformer par le bas.  Il y a pléthore de « déclencheurs d’alertes ». La Cour des Comptes, version moderne de la Cour des Aides de Louis XV, fait son boulot mais, sans pouvoirs, ses rapports font sourire, alors qu’ils devraient mettre en rage. On connait les abus provoqués par le mandarinat d’Etat qui est le socle  du pouvoir : syndicats sans contrôles ni adhérents, mais nourris au paritarisme type 1945, corps d’Etat qui s’apparentent à des fraternelles,  cumuls des mandats qui organisent une véritable classe politique, cagnottes occultes qui fluidifient la vie des élus et de leurs proches, système des micro-partis qui permet aux dirigeants politiques de mener grand train. Et, cerise sur le gâteau, trains de vie ministériels et présidentiels dignes de l’Ancien régime, sans équivalent dans les pays civilisés.

Où est Malesherbes ?

Ce ne sont pas les forcenés de l’extrême gauche ou de l’extrême droite qui changeront quoi que ce soit. Ils ne feront qu’ajouter la brutalité aux privilèges dont ils se nourrissent déjà abondamment. Les salaires des dirigeants de l’ultra gauche et de l’ultra droite, comme celui du coiffeur du président, sont autrement plus copieux que ceux des candidats des partis de gouvernement. Ceux de la jeune  rock star, auto proclamé héros de notre temps, sont stratosphériques, car, dans les banques d’affaires branchées, on ne s’ennuie pas. 

Il faut revenir sur cette terre que le monde entier nous voit quitter avec effarement. Les partis de gouvernement nous ont offert  des primaires. Ils n’étaient pas obligés de le faire. Ils se sont donnés un mal de chien pour aligner 14 (quatorze !!) candidats  compétents. Ils nous ont proposé de voter librement. Nous sommes 6 (six !)  millions à avoir répondu à leurs invitations. Il est sorti ce qu’il est sorti. Deux candidats ont reçu l’onction. Jouons le jeu et continuons. Mais en disant fermement à l’un comme à l’autre que la récréation est terminée et qu’il faudrait bien commencer par donner l’exemple.

Et ajoutons que nous avons besoin d’un nouveau Malesherbes pour nous défendre contre les forcenés.



(12 Février 2017)