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« Il rendit le pouvoir au peuple… »

Référence de l'article : IL5750
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écrit par Christian MEGRELIS,Chef d'entreprises,(9 décembre 2016)

Supplément à l’ «  Histoire  », d’Hérodote

La chute de la « social-démocratie » aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et, bientôt, en France, est la marque d’un grand reflux : celui de la culture d’irresponsabilité qui  fleurit dans les nations démocratiques depuis une trentaine d’années (en France depuis 1981, précisément).  Même si le mythe de la « lutte des classes » n’est plus à la mode, il reste malgré tout ancré dans les esprits sous la forme d’un antagonisme latent entre « ceux qui s’en sortent » et les autres.  Les bons connaisseurs de la société française vous diront que là où l’Anglo-saxon voit une incitation à redoubler d’effort, le Français, fidèle à la tradition jacobine, cherche plutôt à tirer le voisin qui a réussi à son niveau.  C’est évidemment une caricature, mais elle recèle un fonds de vérité.

Au pied du mur, en 2017, nous devrons reconstruire une  démocratie qui rende à chaque Français la confiance et une espérance orientée vers le succès et pas seulement vers la « préservation des avantages  acquis », priorité de tous nos gouvernements depuis la petite révolution de 1981-84.

La refondation de la démocratie, on a déjà vu cela à Athènes en 501 avant J-C, et cela a marché ! Il s’appelait Clisthène, il était aristocrate. Il a renversé l’oligarchie qui s’était approprié la démocratie établie par Solon un siècle plus tôt.  Le jour venu, rare hommage, Athènes lui fit des funérailles nationales. C’est le plus grand honneur qu’elle pouvait rendre à un de ses citoyens.

De quoi s’agit-il ? Bourdieu a magnifiquement médité sur  la « métastasie » clisthénienne.
Il s’agit de clans. Solon, auteur de la première constitution démocratique d’Athènes, n’avait pas osé toucher aux privilèges des clans. Cent ans plus tard, Clisthène a le courage de les écarter du pouvoir. Il élargit l’Assemblée du Pnyx en donnant voix délibérante aux pauvres, qui en étaient privés.

  • Il s’agit de responsabilité. Il exige que chaque citoyen participe effectivement à la gestion de l’Etat en donnant une partie de son temps à la collectivité.
  • Il s’agit de religion. Clisthène substitue à la religion traditionnelle dominante une collaboration  avec l’Etat reconstituant l’harmonie du corps social.
  • Il s’agit de confiance. Rendre impossible le retour au pouvoir d’oligarchies.
  • Il s’agit,enfin, de corruption. Il établit des procédures sévères pour détecter et punir la corruption.

Voila qui nous ramène à la France post Hollande de décembre 2016.

Le système démocratique dans lequel nous vivons depuis 1958 a été construit autour d’un homme dont les mobiles étaient au dessus de tout soupçon. Il s’agissait déjà de réformer  la démocratie et de servir la France. Il a été, par la suite, utilisé par des hommes dont les mobiles étaient moins clairs et qui ont prospéré en s’en servant pour eux-mêmes. Il est finalement tombé entre les mains d’incompétents démagogues qui l’ont utilisé pour se maintenir au pouvoir. Pour y parvenir, ils ont reconstitué des clans, ils ont transformé l’Etat en infirmerie, ils ont combattu les religions, ils ont toléré la corruption. Et ils ont sapé la confiance des citoyens en eux-mêmes.

Essayons d’imiter Clisthène  !

Les clans L’opposition « oligarchie » - « France d’en bas » ? Il serait plus efficace de parler de l’opposition nantis-précaires. Dans la catégorie des nantis, les « riches » ne sont pas seuls ! Ils sont accompagnés des catégories sociales qui bénéficient de la sécurité de l’emploi : le personnel étatique et para étatique représente 6 millions d’actifs sur 25 millions. Nos presque 6 millions de chômeurs (en additionnant toutes les catégories) ne se recrutent pas parmi eux.

Les nantis sont hyper représentés : directement, et par le canal des syndicats qu’ils contrôlent. Avec 8% des  salariés, nos syndicats  ont la haute main sur tous les organismes paritaires, les comités d’entreprise des firmes nationalisées et l’enseignement professionnel. Ils gèrent, par le biais du paritarisme, des budgets globaux de 500 milliards €, soit 125 % du budget de l’Etat. Les graves anomalies décelées dans tous ces organismes depuis des lustres doivent conduire un gouvernement responsable à démocratiser ce système héritier du corporatisme de Vichy.

Dans la « France d’en haut », les rémunérations et privilèges exorbitants de nos gouvernants, de nos députés  et sénateurs et de l’immense valetaille qui les sert ne font même pas froncer un sourcil. On pourrait continuer sur des pages. L’oligarchie, elle est là ! Aujourd’hui, en France, paritarisme rime avec parasitisme.

La responsabilité. L’Etat providence nous donne beaucoup de droits. Il évite  de nous parler de nos obligations. Lorsque des responsables locaux  ont émis l’idée  de demander quelques heures de bénévolat à des assistés sociaux sans emploi, ils  ont été fustigés par les tribunaux administratifs. Le droit à l’éducation ne s’accompagne d’aucune responsabilité vis-à-vis des établissements fréquentés par les scolaires et les étudiants. L’accès illimité aux soins et aux médicaments n’est assorti d’aucune condition. Plus de la moitié des Français ne considèrent pas que voyager sans billet soit blâmable…

La religion. La loi de 1905 qui a rompu le concordat napoléonien n’est plus interprétée comme liberté d’expression  religieuse, mais comme credo coercitif stigmatisant la pratique  chrétienne tout en multipliant les actes d’allégeance aux autres religions. Les organes de l’Etat, chargés de superviser ce domaine de la vie sociale, se comportent plus en police de la pensée qu’en arbitre de la pratique religieuse. Toute interprétation, tout commentaire de mesures réglementaires ou législatives par l’institution religieuse, sont considérés  comme une mise en cause de la représentation démocratique, et donc  proches du blasphème républicain. Le moindre faux pas est pointé par les médias de façon désobligeante. Les talas font l’objet de tous les lazzis.

La corruption. Il est facile de dénoncer et de faire dénoncer les actes de corruption de ceux qui détiennent l’argent, et qui sont, d’ailleurs, davantage des entreprises que des particuliers. Il est déjà plus difficile de qualifier la corruption des tenants des pouvoirs de la République : elle est multiforme depuis l‘échange de bons procédés jusqu’à la simonie civile. Il est  plus difficile de parler des trafics d’influence de ces  oligarques intouchables que sont les syndicats et les organisations paritaires qu’ils contrôlent.

Les condamnations pour escroquerie et trafics de tout genre, heureusement assez fréquentes, sont passées sous silence par la plupart des grands médias, qui se montrent ainsi complices. Quant à la corruption des esprits, elle est malheureusement devenue le pain quotidien du modèle français de démocratie. Elle combine le déni de réalité, l’idéologie « radical chic » et la course aux bénéfices.  On appelle cela la « pensée unique », comme  en URSS lorsqu’on publiait une « nouvelle pensée »  à chaque début de règne.

En n’appelant plus un chat un chat, la « novlangue » sème la confusion dans les esprits. Tout devient relatif et le sentiment prend le pas sur la raison. Les générations Y et Z, nourries à ce brouet, finissent par ne plus pouvoir porter des jugements lucides sur les événements de tous les jours  et sont privées de repères stables pour construire leurs vies. D’où ce sentiment général qu’il vaut mieux s’occuper de ses petits bonheurs que d’essayer d’aider les autres. Les exemples de ces conduites « new look » venant de très haut, la société en arrive à penser que tout est permis et que plus un comportement est déviant, plus il a de chance d’être à la mode.

Cinq années peuvent suffire, c’est uniquement une question de personnalité

La situation n’était guère plus brillante à Athènes après la corruption de la démocratie de Solon par les deux fils de Pisistrate. Après que le premier ait été assassiné par les « tyrannoctones », le second fut chassé par Clisthène. En cinq ans, Clisthène rétablit la situation et la démocratie athénienne était prête, sous la conduite de Thémistocle, à affronter les Perses  et Sparte sous la conduite de Périclès. 60 ans plus tard, Hérodote put dire : « Il a rendu le pouvoir au peuple » (VI,131), ce que confirma Aristote longtemps après : « Il  a remis le pouvoir aux mains du peuple » (XXI -20,1).  Dans une démocratie, un nouveau chef d’Etat peut rapidement corriger les erreurs de ses prédécesseurs s’il le veut vraiment.

C’est ce que la majorité des Français attend du nouveau président, quel qu’il soit. Les errements de notre République n’ont rien de particulièrement original et peuvent être corrigés. Il est difficile de changer les trajectoires pendant une présidence. Le coup parti, il faut vivre avec. Les efforts de correction  sont difficiles et coûteux : « Mitterrand – 1983/1984 » est un cas d’école. Nous en avons vécu un autre ces dernières années avec le retour avorté à la sociale-démocratie par François Hollande.

Depuis des années, le peuple français s’est vu entrainé dans une spirale d’erreurs due à la profonde incompétence de ceux auxquels il avait confié la responsabilité de mener la Nation. Que François Hollande déclare que la seule erreur qu’il reconnaisse en cinq ans de règne est son souhait d’établir la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux  montre son niveau de désinformation et son carcan idéologique. Le rôle de « protecteur de la Nation » qu’il vient de s’attribuer (à Abu Dhabi !) rappelle les mauvais souvenirs de 1940 quand le Maréchal Pétain avait  justifié son ignominieuse capitulation dans les mêmes termes.

Clisthène nous montre qu’une des vertus de la démocratie est sa souplesse. Sa faiblesse, c’est qu’en période de domination de « pensée unique», lorsque le scepticisme règne, les responsables, élus de justesse, n’ont guère de légitimité. La responsabilité se délite. On vient de vivre une décennie de ce genre. Nous nous trouvons devant un choix historique : poursuivre le déclin ou rebondir. Il semble que nous ayons à présent de bonnes cartes en main pour rebondir. Clisthène nous montre que cinq ans suffisent. Ne  gâchons pas les cinq prochaines années.

(Mis en ligne le 9 décembre 2016)