Se connecterS'abonner en ligne

Démocratie : le pire des régimes ? (*)

Référence de l'article : IL5722
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Christian MEGRELIS,(26 Novembre 2016)

Supplément au discours de Périclès en éloge à la démocratie

 

Athènes, le 16 novembre 2016. Un président des États-Unis prend le temps de commencer ses adieux à l’Europe par la Grèce, perturbateur notoire de la nouvelle Europe avec ses faillites à répétition, ses camps de réfugiés et son Pirée chinois. Rien  à négocier, personne  à rencontrer (ce n’est pas le frêle Tsipras qui attire beaucoup l’attention), rien qu’à parler.  Un président symbole vivant du métissage du monde, dont les ancêtres, en Afrique, ont été les ancêtres  de l’humanité, dont la jeunesse s’est écoulée entre le Pacifique et l’Indonésie, improvise, au moment de sa sortie de scène, 2400 ans après Périclès, un éloge de la démocratie sur le lieu de sa naissance.
Il n’a guère remué les foules. Aucun journal français n’en a parlé.

Et pourtant ! En cette période où les peuples de grands  pays démocratiques  (USA, Grande Bretagne, Allemagne, France) procèdent au renouvellement de leurs dirigeants, les paroles prononcées par Barak Obama  devraient résonner dans nos têtes comme l’écho, enrichi par 2400 ans  d’histoire, de celles de Périclès.
Ce dernier avait créé le genre avec son éloge des soldats morts pour la République athénienne lors de la prise de Byzance, au début de la guerre du Péloponnèse. C’est dans ce discours, qu’il avait, le premier, donné le nom de démocratie au régime politique de la ville-état.
 
Qui a-t-il de commun entre les propos de ces deux dirigeants ?
 
Au moment où Périclès prononce son grand discours devant l’Ecclesia, l’assemblée du peuple, Athènes, après avoir vaincu les Perses, commence la guerre contre Sparte. En opposant Athènes à Sparte, c'est une certaine idée de la patrie qu'il veut faire triompher. Il rappelle  que les citoyens dont on pleure la mort sont des héros pour qui mourir pour Athènes a été un honneur avant d’être un sacrifice. Il explique pourquoi : ils ont été motivés par l'amour de la liberté et de l’égalité, contre la menace de l’obscurantisme de Sparte.Il montre leur fidélité à ces valeurs imposées par leurs ancêtres, puis défendues par leurs pères, qui ont  bravé la servitude des Perses. « La terre entière est le tombeau des grands hommes, ils ne reposent pas dans la tombe, mais dans le cœur de tous ceux qui partagent leurs valeurs ».
 
2400 ans plus tard, Barak Obama dit pourquoi  le  chef d'état le plus puissant de la planète ressent le besoin de faire ce pèlerinage improbable.150 ans avant lui, Abraham Lincoln avait donné une définition moderne de la démocratie : « Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple », englobant ainsi en une formule lapidaire bien de sa manière les principes fondateurs : liberté, égalité et  justice. Obama confirme que la démocratie ne peut fonctionner que si ses principes sont gravés dans des lois adoptées et respectées par tous. Il rappelle les piliers du système: liberté de parole, liberté de réunion, liberté de la presse, liberté de religion, élections libres et honnêtes, séparation des pouvoirs et indépendance de la justice. En insistant sur le « semper reformanda » des protestants, il  avoue humblement que l'objectif est encore loin de portée et qu'il faudra  beaucoup d'énergie à ses successeurs pour l'atteindre.
 
Faisant un pas de plus, il demande  que les progrès de la science et des techniques soient dorénavant contrôlés par les citoyens au même titre que la liberté et l'égalité. Il remarque aussi que la notion de citoyen a considérablement évoluée puisqu'à l'époque de Périclès, femmes et esclaves étaient exclus du processus décisionnel de la cité. Et d’ajouter, sur le ton de  plaisanterie qui traduit un profond découragement : « Dans une société multi ethnique, multi raciale, multi culturelle comme celle des États Unis, la démocratie est particulièrement compliquée. Croyez-moi, j’en sais quelque chose... ».
 
On pourrait dire qu'il n'y a pas grand chose de commun entre une ville-état de 50 000 citoyens masculins et « libres » et nos énormes nations du XXIème siècle. C'est une erreur, déclare Obama. Nous avons une commune  intuition de l'universel. Périclès proclame que les principes qui gouvernent Athènes gouverneront un jour le monde. Obama confirme en ajoutant que ce sont les seuls qui puissent apporter aux hommes cette liberté qu'ils considèrent comme leur bien le plus précieux, bien au delà de la richesse et du pouvoir.
 
Que dire de plus aujourd’hui, au moment où les spectres qui ont transformé la première moitié du XXème siècle en cauchemar se lèvent à nouveau pour nous menacer d'holocaustes apocalyptiques ? L’absolutisme théocratique qui  menace nos démocraties de l'intérieur n'est pas moins dangereux que l'empire perse à l'assaut des fragiles états de la Grèce de Périclès. Si les milliers de grecs ont fait reculé des millions de perses, c'est, comme le soulignent Périclès, Thucydide, et, après eux, La Béotie et Tocqueville, parce qu’il y avait d'un côté des hommes qui combattaient pour leur liberté et de l'autre des cohortes d'esclaves et de mercenaires qui se battaient par crainte de leurs chefs. Comment laisserions-nous aujourd’hui quelques milliers de fanatiques soumis à des bourreaux convertir des dizaines de millions de citoyens libres à une foi dévoyée? Il faudrait que nous soyons bien infidèles à nos ancêtres spirituels, dans une spirale de décadence comparable à celle qui fit sombrer l'empire romain en 476. En effet, ce ne sont pas les gouvernements qui nous tireront d'affaire, car dit-il, le titre  le plus important dans une démocratie n'est pas celui de président ou de premier ministre. C'est tout simplement le titre de citoyen.
 
Périclès n'aurait su mieux dire.
 
Qu'un homme du XXIème siècle, après avoir dirigé pendant huit ans le pays le plus puissant de la planète, se retire sereinement pour obéir aux lois de sa république est une grande leçon pour nous tous. Qu’il soit de père africain et musulman  montre la profondeur des racines de notre civilisation et la vision millénaire qui  préside à son universalité.

(*) ....à l'exception de tous les autres, comme aimait à le dire Winston Churchill.

Pour en savoir plus, l'intégralité du discours d'Obama à Athènes est disponible ci-dessous sous format PDF.

 
(Mis en ligne le 26 Novembre 2016)

 
Document mis en Annexe :