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USA : +2,8% de croissance, ou récession masquée ?

Référence de l'article : IL3032
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écrit par Alexis VARCAZ,

Le chiffre du taux de croissance pour le troisième  trimestre  2013, publié le 7 novembre, a été publié en première estimation à 2,8% en annualisé.

Outre que ce chiffre sort après un shutdown ayant perturbé l’activité de nombreux services administratifs, et que l’on puisse craindre une révision à la baisse lors de la publication des chiffres définitifs, on peut être surpris par plusieurs facteurs :

a) La moyenne des économistes interrogés par Bloomberg s’attendait à 2%,

b) La fourchette des économistes interrogés par plusieurs Agences allait de 1,1 % à 3% : quand des écarts aussi grands sont constatés, cela signale en général des problèmes de mesure et même de définitions, dont nous craignons qu’ils aillent croissants. A cet égard, la polémique sur les méthodes de calculs du taux de chômage est significative. Ce qui est gênant, c’est que les surprises ou les polémiques vont toujours dans le sens suivant : les chiffres qui doivent monter montent souvent plus que prévu, et les chiffres qui doivent baisser baissent beaucoup plus que prévu. Ce n’est pas le cas qu’aux USA, cette remarque vaut dans toutes les démocraties où ceux qui sont au pouvoir ont, quasiment chaque année, des élections les concernant, lorsque l’on additionne les élections locales, régionales, nationales ou fédérales. La course à la cosmétique, ou au toilettage des séries statistiques, s’accélère : même des Pays autoritaires y succombent (Chine aujourd’hui, URSS hier).

Mais, plus généralement, avant même d’auditer les chiffres définitifs, on peut s’interroger :

  1. Comment dans un Pays où la consommation des ménages représente 70% du PIB, et où la consommation des dits ménages ne progresse que de 1,5%, on peut avoir une progression du PIB de 2,8% ?
  2. Si cela s’explique par une augmentation des stocks, c’est donc du provisoire, une « avance » sur le ou les deux trimestres suivants. Oui, c’est le cas présent, pour 0,83%. Donc, hors stocks, le taux de  croissance est ramené à 2% au grand maximum. Si c’est dû à une augmentation des investissements ou des biens d’équipement, cela se saurait : or, les statistiques d’investissement sont orientées, soit à la baisse (les entreprises), soit à la baisse (le gouvernement fédéral), soit légèrement à la hausse (certains Etats de l’Union).
  3. Mais, mieux que d’auditer les chiffres définitifs, il faut regarder le graphique ci-dessous, que nous avons emprunté à la société Riches-Florès Research. Il représente l’évolution du taux de participation des actifs de 16 à 64 ans, de 1960 à 2013 : que peut-on observer ?


Le taux actuel de 62,8% (soit 0,4 point de moins qu'en septembre) est revenu exactement à son niveau de …janvier 1978 ! Et, sur les 5 dernières années, il est en baisse de près de 3 points. Comme les entreprises n’ont pas investi globalement en équipement dans l’industrie sur ces 5 dernières années d’une manière significative, alors que c’est dans le monde industriel que les gains de productivité sont les plus significatifs, on a peine à croire que le taux de productivité des 62,8% d’actifs occupés actuellement explique la croissance du PIB de ces dernières années. Or, depuis 2008, il y eut 3 vagues de quantitative easing, et la troisième vague est toujours en vigueur, c’est celle qui fait l’actualité depuis Mai 2013.

Résumons-nous : malgré des achats supplémentaires de 1 577 milliards de dollars de titres acquis par la FED depuis avril 2008 [1], malgré un endettement public en hausse de 7 246 milliards de USD depuis avril 2008 [2],  le taux de croissance annualisé hors stocks serait de l'ordre de 2% sur le T3 de 2013.

Questions : à combien s’élèverait-il sans ces perfusions ? Et comment comparer ce taux de "croissance" avec celui des années 1980 où 2% (ou plus) s’obtenait sans injection massive de liquidités, sans endettement excessif (37% du PIB en 1981, 110% fin 2013) et avec des taux d’intérêt supérieurs à 10% (22% en 1981 pour le prime rate, et 19,1% pour les fed funds en Juin 1981)? A-t-on le droit, intellectuellement parlant, de construire des séries statistiques qui alignent des données destinées à être comparées, alors que l'environnement de la statistique étudiée a changé du tout au tout? On revient toujours à un principe immuable, valable dans de nombreux domaines différents: des changements quantitatifs forts aboutissent à des changements qualitatifs....Le 2,8% de T3 2013, qu'il soit confirmé ou revu à la baisse, ne peut faire partie de la même série statistique que des 2,8% des années 1980 ou des années 1960. 

Une seule conclusion possible : sans le Q3 actuel, et sans l'explosion de l'endettement public, les USA seraient actuellement dans une très forte récession.

Deuxième conclusion : Après le Japon, après les USA, voilà que la zone Euro affiche un taux d'inflation de 0,7% et un taux de chômage de 12,2% (car elle s'endette moins (93,4%) que le Japon (240%) ou les USA (110%) ne l'ont fait, moyen que ceux-ci ont utilisé pour faire baisser le taux de chômage chez eux, ou, ce qui revient au même, pour l'empêcher de monter (cas très net du Japon). 

Ceci se résume en une phrase. Le monde Occidental n'est pas en crise, il est entré depuis 2008 dans une nouvelle ère : l'état stationnaire, au mieux, du PIB par tête. Et ce n'est pas la croissance de la population (organique ou importée) qui va nous sauver, car, ce qui compte, c'est la croissance du PIB par tête après gains de productivité. Les gouvernants font face à ce dilemne stressant: arrêter de s'endetter, et la décroissance du PIB par tête s'accélère (cette décroissance a commencé dans de nombreux Pays de l'OCDE depuis 2008 [3] ), ce qui entraîne une baisse du niveau de vie, ou continuer à s'endetter massivement pour masquer le processus en cours....et donc reporter la décision à plus tard.


[1] de 548,7 milliards à 2 125,6 milliards entre le 30 avril 2008 et le 6 novembre 2013 (source: Fed de Saint Louis)

[2] de 9 492 milliards à 16 738 milliards de USD entre avril 2008 et avril 2013 
(source: Fed de Saint Louis)

[3] c'est le cas notamment de la France: le PIB du T2 2013 n'est pas encore revenu au niveau du 1er trimestre 2008 en volume, alors que la population est en hausse de près de 4% depuis 2007.Bref, le PIB par tête s'est effondré de près de 6% en 5 ans.

(Mis en ligne le Samedi 9 Novembre 2013 à 14h18, et enrichi le 10 Novembre à 19h14)

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