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Philippe Poutou, candidat...à la succession de Coluche ?

Référence de l'article : IJ6011
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(6 avril 2017)

Il doit bien rigoler, le candidat du NPA.
Il a eu le débat mais il n'a pas voulu la photo !
Le voilà devenu au lendemain de ce long moment à onze, dense, profus, désordonné, excitant et inégal, la nouvelle idole médiatique (BFMTV).
Je me souviens de l'époque où on se moquait de lui, au contraire, quand il avait pris la relève d'Olivier Besancenot et qu'il faisait plus rire avec condescendance que susciter un intérêt poli.

Je le dis d'autant plus volontiers que j'avais écrit un billet pour le défendre et souligné le caractère exceptionnel et positif de l'implication d'un ouvrier dans la joute présidentielle.
J'ai dénoncé, bien plus tard, les attitudes scandaleuses à son encontre de ONPC et de la bande de Laurent Ruquier, qui avec une dérision proche du mépris lui avaient manifesté comme il comptait peu.

De là à le béatifier, à s'en prendre à Anna Cabana parce qu'elle l'a jugé "indigne, irrespectueux"! Comme si on n'en avait pas le droit et qu'il convenait toutes affaires cessantes de rattraper le peu de crédit qu'on lui avait depuis toujours octroyé par une surenchère d'estime et d'admiration !

….. ou à la succession des Guignols de l’Info ?

Personne n'a, par exemple, osé, devant son invocation permanente du travail, lui répliquer que lui et ceux qu'il soutenait, parfois avec gouaille et verve, n'en avaient pas le monopole et que les capitalistes qu'il dénonçait avec simplisme n'étaient pas déconnectés d'un labeur quotidien certes bien payé mais éprouvant et intense. Le terrorisme intellectuel d'une extrême gauche s'étant approprié la dureté de la vie avait encore frappé.

Le choquant est qu'on s'esbaudit avec un enthousiasme naïf de ses charges sommaires contre François Fillon et Marine Le Pen sans s'interroger une seconde sur des éructations prétendument drolatiques qui violaient sans aucune mauvaise conscience la présomption d'innocence.
Parce que ces saillies choquantes émanaient de Philippe Poutou, il fallait bien sûr s'en amuser au lieu de les déplorer. Il fallait les valider parce qu'elles faisaient mal à des personnalités qu'on n'appréciait pas mais s'abstenir de toute critique même la plus justifiée.

J'ai aimé que le seul à intervenir dans la joute à onze pour énoncer une double vérité ait été Emmanuel Macron. Après le réquisitoire expéditif de Philippe Poutou, il a mis en avant la présomption d'innocence, ce qui implicitement venait au secours de François Fillon et de Marine Le Pen, et considéré qu'on n'avait pas à dénigrer la justice et les juges, ce qui battait en brèche l'attitude des mêmes. Sa position, toute d'équilibre et de courage dans l'effervescence créée par un Poutou de plus en plus histrion, m'a plu. Personne ne lui a emboîté la pensée sur ce plan. Dommage.

Dans les comptes rendus médiatiques, évidemment aucun journaliste de droite ou de gauche ne prend le risque d'émettre la plus légère réserve à l'égard de ces procès si peu démocratiques.
Qui seraient excusables parce que c'était Philippe Poutou et que de lui on ne pouvait rien attendre d'autre que ces transgressions.

Je regrette infiniment que cette démarche consensuelle d'adoration spectaculaire, après la bataille, ne soit profondément que la manifestation d'un mépris qui au fond n'a jamais cessé.
Quand on respecte les gens en République, on ne les ménage pas, quoi qu'ils soient, s'ils s'égarent.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/
 
Nota : le titre et le(s) intertitre(s) sont de la rédaction

(Mis en ligne le 6 Avril 2017)

 
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