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Mourad Sadi : un innocent condamné trop vite, et pas encore rétabli dans son honneur

Référence de l'article : IJ6973
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(14 Juillet 2018)

Il n'est jamais trop tard pour écrire sur les malheurs, les détresses.
Surtout quand , à peu de mots près, ils allaient demeurer anonymes.
Cela faisait quelque temps déjà que j'avais lu dans la rubrique "Horizons" du Monde un reportage remarquable de Soren Seelow sur Mourad Sadi, "l'innocent de la rue Myrha". Je désirais en parler et j'espérais pouvoir lui faire un sort dans mon émission La Voix de Bilger (Sud Radio). J'aurais glissé le sujet dans les questionnements que notre société suscite et je me faisais une joie intellectuelle et médiatique d'attirer l'attention sur cette triste affaire.

Même si en définitive elle se termine bien, si on peut dire, puisque le véritable coupable de l'incendie de la rue Myrha, dans le 18è arrondissement de Paris, qui a causé la mort de huit personnes a été identifié, mis en examen et incarcéré. Mais Mourad Sadi a été libéré en catimini, dans la précipitation, en demeurant mis en examen avec une innocence qui n'est donc pas encore officiellement reconnue. Ce qui le blesse.



L'actualité m'a empêché d'évoquer Mourad Sadi sur Sud Radio et celui-ci commençait doucement à disparaître de ma mémoire.
Le hasard m'a permis de relire l'enquête de Soren Seelow dans une série de textes que je conservais pour mon blog et, sans l'ombre d'un doute, mon sujet était là, à portée d'esprit, d'humanité.
Pas si facile, d'ailleurs, d'expliquer pourquoi j'ai éprouvé plus d'émotion à parcourir cette sombre histoire qu'à écouter ressasser les sempiternelles doléances sur les multiples erreurs dont la justice criminelle serait coupable.

Alors que, le plus souvent, on confond certains dysfonctionnements avec une prétendue incertitude sur la culpabilité et qu'en gros toute affaire perdue par un grand avocat et nourrie par la partialité et l'ignorance médiatiques est offerte aux citoyens naïfs comme un scandale où les Zola médiocres qui sommeillent chez quelques-uns trouvent leur terrain de gloire vulgaire.

Mourad Sadi, c'est bien autre chose.

Ce n'est pas seulement, pas surtout, ce qu'énonce Me Paul Fortin son conseil pour qui "la Justice sait être expéditive pour envoyer un SDF en prison. Elle est en revanche d'une infinie lenteur pour réparer ses erreurs".

Le plus tragique est cette banalité terrifiante qui, avec une évidence qui aurait pu convaincre les esprits même les plus ouverts, a plongé Mourad Sadi dans un enfer d'une totale discrétion, vécu par l'intéressé sans révolte, avec une résignation qui semblait considérer qu'infortune et injustice étaient dévolues à son existence et à sa condition. Cette grisaille où la misère est associée à une culpabilité quasiment perçue comme naturelle fait frémir parce qu'elle laisse presque entendre que le sursaut pour s'opposer à cette morne fatalité serait lui-même inutile.

Ce ne sont pas les flamboyantes polémiques qui visent à nous berner et à instiller en nous l'impression que les vérités ordinaires et les charges incontestables valent beaucoup moins que les mensonges et les provocations sulfureux.
Mourad Sadi est un homme dont personne ne se serait occupé et qui ne doit son sauvetage qu'à des enquêteurs perspicaces.

Mourad Sadi dit doucement, sur un ton qui ne réclame rien : "J'ai été victime de la Justice mais d'un autre côté ils ont arrêté le vrai coupable. S'il était mort dans l'incendie, je serais encore sans doute en prison. Je ne sais pas quoi en penser... On m'a volé un an de ma vie. Aujourd'hui j'aimerais juste qu'on me dise : "Tu es innocent, fin de l'histoire"."

Je songe à ma vie d'hier. Mourad Sadi est dans le box des accusés. On n'a pas encore identifié le vrai coupable. Que dis-je, que fais-je de lui ? Je l'écoute, je l'accable, je requiers la continuation de sa nuit ou ou je fais advenir un peu de doute et d'aurore qui le sauvera ?
Cet innocent serait resté totalement anonyme si Soren Seelow n'avait pas écrit sur lui. Je rends trop peu de grâces aux journalistes pour ne pas célébrer, cette fois, la lumière que celui-ci a si bien projetée sur un inconnu modeste, et patient.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/ 

(Mis en ligne le 14 Juillet 2018)
 
Nota : le titre est de la rédaction du Site)
 

 

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