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Mariage au sommet : jamais l'exécutif et le judiciaire n'ont autant marché la main dans la main

Référence de l'article : IJ5910
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écrit par Roland HUREAUX,Essayiste,(18 Février 2017)

La très mauvaise opinion qu’ont les Français de leur personnel politique ne tient pas seulement aux dérives de celui-ci, moins nouvelles qu’on ne croit. Elle tient, aussi, aux pratiques de certains juges, et plus encore à l’instrumentalisation sans précédent de la justice par le pouvoir politique en place.

Nul ne doute, en effet, que l’autosaisine du parquet financier, le jour même de la parution dans Le Canard enchaîné, de prétendues révélations sur l’emploi de son épouse par François Fillon ne parte de très haut.

Sans doute François Hollande n’est-il pas candidat à sa propre succession, mais il tient toujours l’appareil d’État. Et, derrière lui, existe bien quelque chose comme un clan, qui se partage aujourd’hui les quelques centaines de postes dont dispose le pouvoir et qui ne veut pas les abandonner. Ce clan sait bien que si Macron ou Hamon – peu importe lequel des deux – est élu, il gardera la plupart de ces postes, alors que si c’est Fillon, il les perdra, immédiatement ou à terme.
Le vrai changement, ce n’est pas ce que l’on reproche à François Fillon – quoi qu’il en soit, une goutte d’eau dans l’océan des turpitudes de la République, pas seulement celles de la Cinquième -, c’est l’instrumentalisation, devenue aujourd’hui systématique, de la justice à des fins politiques.
C’est aussi l’acharnement sans précédent d’un système qu’on pourrait appeler « médiatique-mimétique », devenu depuis quelques années monolithique.

De la magnanimité de de Gaulle

Souvenons-nous, par contraste, de l’élection de 1965. Le principal compétiteur de Charles de Gaulle était François Mitterrand, lequel se trouvait encore empêtré dans l’affaire de l’Observatoire, inculpé (c’est ainsi qu’on disait alors) pour outrage à magistrat car il était soupçonné d’avoir organisé, pour faire parler de lui, le 15 octobre 1959, un attentat contre lui-même. Non seulement de Gaulle se garda bien de remuer l’affaire au cours de la campagne électorale, mais François Mitterrand put ensuite bénéficier de la mesure d’amnistie qui suivit l’élection.

On ajoutera que, des gaullistes ayant – pendant la même campagne – proposé de faire circuler la photo devenue célèbre où on voit le maréchal Pétain remettre la Francisque à Mitterrand, le Général refusa net.

Autres temps, autres mœurs. Il serait, évidemment, indécent de comparer de quelque manière de Gaulle à Hollande, mais si dégradation des mœurs il y a, elle n’est peut-être pas seulement où l'on pense.

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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/rolandhureaux/degradation-moeurs-nest-on-croit,313937 
 
(Mis en ligne le 18 Février 2017)