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Le Trump bashing : une mode "people" qui va se révéler vite contre-productive au plan économique

Référence de l'article : IJ5820
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(14 Janvier 2017)

Meryl Streep est une actrice extraordinaire qui a su jouer tous les rôles et qui s'est distinguée longtemps par une relative discrétion politique, ce qui déjà la singularisait dans le milieu artistique.
Admirant cette magnifique interprète depuis ses débuts, j'espérais ne la voir jamais se banaliser. Mais j'ai constaté tristement qu'aux Golden Globes, elle s'est livrée à une charge anti-Trump, clairement visé sans qu'il soit jamais nommé. Ainsi elle s'est jointe - de la part d'Isabelle Huppert je n'espérais rien d'autre - à la multitude qui aux Etats-Unis comme en France, sans crainte de lasser, met au plus bas le nouveau président américain sans que jamais les graves erreurs ou abstentions de Barack Obama aient été dénoncées ou soient même relevées (Le Figaro).

Avec Donald Trump, la bonde est lâchée

Parce qu'il avait une infinie élégance et que le couple qu'il formait avec son épouse Michelle était charismatique. Certes aux antipodes de la vulgarité, il aurait cependant dû imposer une vision, une analyse plus lucides, en particulier de sa médiocre politique internationale.
Mais avec Donald Trump, la bonde est lâchée, la dérision et l'outrage coulent à flots.

On dirait qu'il a volé son élection et avec quelle complaisance on évoque l'incidence russe sur le scrutin et le désastreux système électoral américain qui, bien sûr, a distingué le pire candidat. Ce qu'on oublie en France est qu'à aucun moment, dans le hasard des rencontres, un Américain avait pu laisser entendre qu'Hillary Clinton était susceptible de l'emporter. Ce n'est tout de même pas la faute de Trump si, face à lui, les démocrates avaient, si douloureusement, promu une personnalité discutable. Et qui rendait donc l'élection de Trump quasiment inévitable. En dépit, médiatiquement, de la frénésie en faveur de la femme et de l'aversion pour le peuple profond ayant assuré la victoire de l'homme.

J'imagine qu'une réélection de Nicolas Sarkozy en 2017 aurait suscité le même vent hostile.
J'admets volontiers que dans cet opprobre qui continue de plus belle malgré le décret net et clair de la démocratie américaine, Trump y a mis du sien et ne facilite pas la tâche de ses défenseurs. La multitude et l'intrication de ses activités antérieures, leur puissance financière, son étrange manière de régler même l'essentiel sur Twitter et de réagir à tout par la même entremise, sa vie personnelle agitée à une certaine époque et le possible "chantage" de la Russie, le caractère totalement atypique de sa personnalité, qui trouble même ses soutiens, ne sont évidemment pas pour rien dans l'appréhension majoritairement négative du président qu'il est devenu. Dans une conférence de presse peu ordinaire, Donald Trump a fermement démenti, notamment, tout rôle trouble de la Russie à son sujet (Le Figaro).

La responsabilité des médias qui, pour certains, publient des rapports non vérifiés portant atteinte à la légitimité et à la réputation du président est mise en cause. S'agirait-il de l'abattre sur le plan politique et de ruiner le futur de celui que l'Amérique a choisi ? Où est la déontologie de ces donneurs de leçons ?

Seul représentant de la France : celui qui a tourné Trump en dérision....

Il paraît que l'usage est de ne pas envoyer à l'investiture du président américain les plus hautes personnalités politiques de notre pays. Soit. Mais on n'aurait pas pu éviter que seul l'ambassadeur de France qui a tourné en dérision son élection soit notre représentant à cette occasion ?

Il n'empêche. Il me semble suicidaire de ne pas changer de registre et de poursuivre la même antienne condescendante voire méprisante à l'encontre de quelqu'un avec qui, bon gré mal gré, le monde devra compter, l'Europe négocier et la France dialoguer dans un esprit d'adhésion ou de résistance mais, dans tous les cas, sans que la structure des échanges ait été d'emblée gangrenée par la susceptibilité à vif et la mauvaise opinion de cet interlocuteur capital.

A écouter et à lire beaucoup des interventions françaises - laissons les Etats-Unis se débrouiller avec Trump à leur manière -, j'éprouve l'impression d'un hiatus ostensible entre le président élu et la réalité de son pays, comme s'il s'agissait de deux univers distincts et qu'on désirait à toute force maintenir étrangers l'un à l'autre. N'en déplaise aux contempteurs de Trump, durant quatre ans celui-ci sera le représentant officiel des Etats-Unis.

Sera-t-il une catastrophe ou une aubaine ? C'est en général l'alternative à laquelle nous confrontent en politique les inclassables. On verra bien. Ce qui est sûr est qu'il est prématuré de se gausser de l'équipe qu'il a choisie pour administrer le pays. Beaucoup sont riches, proches de lui, sa famille ne sera pas oubliée. Il n'est pas interdit de penser que cet affichage ostensible, correspondant au parcours et aux affinités de Trump, pourra peut-être, au grand dam de beaucoup qui seraient furieux d'une réussite, représenter un vecteur de compétence, de liberté et d'esprit d'entreprise.

Meryl Streep n'a pas donné le la. Elle a suivi un mouvement.
Pour mon admiration, je dis hélas.
Mais, pour la France, le Trump bashing doit impérativement cesser.
 
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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/ 
 
(Mis en ligne le 14 Janvier 2017)

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