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La religion catholique ne reçoit pas que des crachats !

Référence de l'article : IJ7200
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(16 Novembre 2018)

Il y a l'intelligence et le courage ingénus d'Arielle Dombasle venant présenter une publication, "Jésus", sur laquelle elle est, comme une madone, en couverture et exprimant ses sentiments sur la religion catholique avec conviction et sincérité. Sans avoir peur du qu'en dira-t-on médiatique ! (L'heure des pros du 14 novembre).
Je devine la dérision et les sarcasmes. Les prêtres de la laïcité. Les rigolards insupportables. Les badins toujours en retard d'une gravité.

J'ai aimé pour ma part que cette personnalité atypique, connue de beaucoup, avec la variété de ses dons, ait remis Jésus (ou l'église ?) au milieu du plateau de la télévision et qu'elle l'ait fait avec grâce, quel que soit le jugement que l'on porte sur elle. Elle appartient à cette catégorie d'artistes qui sont plus forts que tout ce qu'on peut dire d'eux pour le meilleur ou pour le pire. Ils résistent. Ils ne disparaissent pas des têtes : ils demeurent parce qu'ils existent tout le temps. Ce n'est pas donné à chacun.



Et il y a eu Olivier de Kersauson qui a magnifiquement exprimé ce que si maladroitement j'ai tenté parfois de formuler.

Je veux citer presque intégralement l'une de ses réponses dans Valeurs actuelles. Elle le mérite.

"...Je suis d'une civilisation judéo-chrétienne. Le catholicisme est la religion des gens qui m'ont élevé (...)de nos familles, de mes frères et sœurs disparus. Ils sont enterrés dans des tombes avec des croix. Même si je ne partage pas tout, j'ai un lien avec ce monde-là. Un lien réel, un lien charnel (...) L'éducation catholique que j'ai reçue m'a permis de discerner la notion de sacré. Que j'ai pu retrouver chez d'autres : l'homme qui a une religion, s'il ne fait pas de prosélytisme et n'est pas agressif, me plaît. La religion consiste quand même à considérer au quotidien qu'on traverse un monde qui nous dépasse. Elle nous ramène à une place cohérente. Voilà pourquoi je n'ai jamais, de ma vie, fait des plaisanteries sur une religion, quelle qu'elle soit. Sinon on fait de la peine à des gens qui ne peuvent pas se défendre. Qui ont un attachement fort."

Je comprends si bien, si douloureusement, si humblement, ces pensées et ce lien qui, aussi médiocre et imparfait qu'on soit, aussi empli de doutes et d'incertitudes qu'on se constate, aussi torturé par de multiples interrogations sur le mal et notre finitude qu'on se sente, ne nous empêchent pas d'aller au-delà de nous-mêmes. Non pas parce qu'on l'aurait décidé rationnellement, mais grâce à ces instants magiques rares qui surviennent sans prévenir et nous plongent dans une forme d'éternité, comme si, tout à coup, la transcendance s'était incarnée et était devenue tangible. Si proche qu'on aurait pu la toucher, suspendue sur notre destin comme un supplément d'âme, d'esprit et de vie. Fugitifs, ces moments s'évanouissent. Une seconde, Dieu - ou un souffle, un appel d'ailleurs, d'en haut - nous a fait un signe. Nous invitant à une expulsion troublante de nous-mêmes.

Insupportables: les bornés de la foi et les adversaires compulsifs de la religion

Il n'y a pas l'ombre d'une leçon pour quiconque à partir de ces impressions que d'autres n'ont jamais perçues. Parce qu'enclos dans et sur eux-mêmes, leur orgueil est de se croire, de se savoir, de s'imaginer suffisants à eux-mêmes.
Pécheur, je ne regarde que moi et j'ai déjà beaucoup à faire. J'ai trop de doutes pour oser la foi péremptoire ou l'incroyance décomplexée. Je cherche et me cherche.

Ce qui m'a beaucoup touché dans les propos d'Olivier de Kersauson tient à cette sympathie qu'il éprouve à l'égard de son prochain, s'il est relié, comme lui, à un au-delà de soi qui renvoie à un mystère. On est là certes mais aussi agrandi, amplifié. Nous sommes dans le monde mais on pressent qu'il n'est pas tout. Cette empathie pour le religieux, quel que soit son visage, suscite une re-connaissance. Il est des nôtres dès lors qu'il ne cherche qu'à s'approfondir lui-même, qu'il ne vise pas à embrigader les autres sous sa bannière et qu'il refuse la violence.



Ce qu'on a le droit d'exiger est que, si on fuit le prosélytisme, on nous rende la pareille, qu'on ne cherche pas à nous imposer la détestation de la religion et sa propre incroyance. Les militants bornés de la foi sont insupportables, les adversaires compulsifs de la religion tout autant.
Depuis quelques mois l'Eglise catholique n'est appréhendée médiatiquement qu'au travers des actes scandaleux de pédophilie accomplis par des prêtres ou des cardinaux dévoyés ou dissimulés par de frileuses et passives hiérarchies. Elle est coupable, forcément coupable. Elle tend avec trop de complaisance l'autre joue.

Un peu d'air frais fait du bien. Leur registre est différent, mais Olivier de Kersauson, comme Arielle Dombasle, participent de ce changement d'atmosphère, de ce climat purifié. Il faut leur en rendre grâce.
Il n'est pas un jour où, avec "les tombes et les croix", ce questionnement fondamental ne nous agite pas : "Où sont-ils ? Que deviendrai-je après ? "
Il paraît que Jean d'Ormesson ne disait pas "Je crois en Dieu " mais "J'espère en Dieu ".
J'ai bien envie de croire en cette espérance.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.philippebilger.com/ 

(Mis en ligne le 16 Novembre 2018)
 


 

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