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Il faut plus de places de prison !

Référence de l'article : IJ6021
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(8 Avril 2017)



On voudrait nous enfermer dans une alternative, sur le plan pénitentiaire, entre la surpopulation d'aujourd'hui et le laxisme, la débandade de demain.
Comme si le fait qu'on ne puisse pas avoir un rapport joyeux avec la prison et les délits ou les crimes en amont qu'elle induit devait nous interdire de répondre aux multiples défis et questions que l'incarcération soumet à notre démocratie.

Notre réflexion n'est pas caduque parce qu'elle admet le constat d'une dignité matérielle à instaurer ou à restaurer dans le monde carcéral. Qu'il s'agisse des prévenus, des condamnés ou des surveillants qui vivent de plus en plus l'enfer - il y a des lieux où les détenus font la loi -, agressés à l'intérieur ou à l'extérieur des établissements (Le Parisien).

Un collectif de sept personnalités - des artistes, un écrivain et un avocat lié à cette mansuétude par sa fonction - a publié, le 5 avril, un texte dans Le Monde sous ce titre méprisant : "Prétendre qu'il faudrait plus d'incarcération relève d'une imposture".

« Davantage de prisons, mais pour quoi faire ? » demande Le Monde

Ce même quotidien qui à l'évidence s'est fait une spécialité de ce combat unilatéral avait déjà ouvert le chemin, le 4 avril, avec un article annonçant clairement son parti pris, avec cette interrogation : "Davantage de prisons, mais pour quoi faire ?".

Le paradoxe est qu'il est précisé : "Les candidats à la présidentielle rivalisent sur la question, omettant une partie du débat".
Car celui qui "omet une partie du débat" est ce journal prestigieux et orienté qui ennoblit quelques poncifs jamais remis en cause qui structurent non seulement la vision de la gauche dite progressiste mais aussi celle d'une part de la droite conservatrice embarquée par la mauvaise conscience et l'ignorance dans la même confusion.

La perversion fondamentale est de considérer que le seul remède à la surpopulation serait de multiplier les peines de substitution sans lien avec la gravité des infractions, de libérer à outrance de manière anticipée ou de réduire à presque rien les détentions provisoires.

Et donc d'exclure l'unique solution qui à la fois assurerait la tranquillité publique, rassurerait les citoyens et offrirait le moyen, enfin, de donner au monde carcéral un avenir qui, sur tous les plans, ne soit pas désastreux. Construire de nouvelles places de prison ne sera pas, contrairement à une absurdité répandue, une opportunité pour les occuper sans nécessité mais la soupape de dignité et de sécurité dont l'enfermement a besoin pour s'humaniser.

Il est aberrant de n'appréhender la surpopulation que par rapport à la réalité quantitative du présent sans s'interroger sur une délinquance et une criminalité dont l'accroissement et la gravité justifieraient des constructions pour le futur. L'erreur est de s'arrêter à l'état actuel des prisons comme s'il constituait une ligne Maginot et donc de ne prévoir que des libérations pour répondre demain à l'insécurité et aux rigueurs inévitables de la Justice. Désemplir avec légèreté face à la surabondance de la menace serait un crime contre la société. Une authentique "imposture".

Le rousseauisme judiciaire continue de prospérer

Prendre conscience de ce risque impliquerait aussi qu'on cessât de ressasser cette antienne selon laquelle la prison serait responsable de la récidive.
D'abord, heureusement, tous ceux qui retrouvent la liberté ne récidivent pas. Il y a des libertés et des responsabilités qui s'exercent pour le meilleur. Pour les autres - la moitié environ - serait-il provocant de soutenir ce qui pourtant est la stricte vérité ? Le récidiviste a créé sa récidive. Quelles que soient les conditions carcérales, elles ne sont jamais telles qu'elles puissent effacer toute autonomie et abolir toute volonté à l'air libre. Je sais bien que l'humanité aime se consoler ainsi. Cela la rassure de penser que les prisons sont coupables plus que les personnes que la justice a dû y enfermer.

Dans les libelles anti-prisons, en particulier dans la charge du Collectif que j'ai mentionnée, la main sur le cœur et l'esprit facilement humaniste on nous déclare, certes, que les prisons sont trop pleines, qu'il faut libérer mais jamais on ne se heurte à la dure et éprouvante loi du réel et de sa malfaisance, on feint d'oublier le pire : il y a des crimes et des délits qui sans la prison seraient source renouvelée de détresses et de malheurs quotidiens. Il est alors trop confortable d'opposer à la surpopulation carcérale un monde qui, à l'extérieur, serait irénique et en tout cas n'aurait pas besoin de la prison et, à vrai dire, demain encore plus qu'aujourd'hui.

J'aurais bien envie de rendre comptables de toutes les transgressions que le rousseauisme judiciaire et pénitentiaire a facilitées, permises ou n'a pas su empêcher, les bons apôtres qui en sont les inlassables prêcheurs jamais contrits.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/

Nota : les intertitres sont de la rédaction
(Mis en ligne le 8 Avril 2017)

 
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