Se connecterS'abonner en ligne

Général de CASTELNAU : comment il nomme Pétain en février 1916 et l’exècre en 1940

Référence de l'article : IJ7184
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Régis de CASTELNAU,Avocat, ancien vice-Président du Syndicat des avocats de France, Président d'honneur de l'Association française des avocats conseils des collectivités, Auteur de nombreux ouvrages, dont "Le fonctionnaire et le Juge pénal",(9 Novembre 2018)

 

« Parlons de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse » disait Pierre Desproges. Cette citation me revient à l’esprit en ce moment où s’achève la commémoration du centenaire de la Très Grande Guerre. Je mesure dans l’agitation qui accompagne cette marche vers le 11 novembre à quel point ce que nous vivons, depuis maintenant un peu plus de quatre ans, me touche bien au-delà de ce que j’aurais imaginé. Cela entre en résonance de façon parfois douloureuse, toujours émouvante avec ce qui relève de l’intime, de l’enfance, de l’éducation et du rapport à la France.

Je m’en suis expliqué et l’on trouvera ci-dessous les liens qui renvoient aux articles où je l’ai fait. Et à l’approche de ce 11 novembre 2018 qui allait clôturer ces quatre années de commémoration, je n’éprouvais pas l’envie, ni le besoin, d’intervenir à nouveau. Considérant que la façon dont ces commémorations étaient conduites était peut-être discutable -comment pouvait-elle ne pas l’être- mais que cela ne justifiait pas de participer à des débats ou des polémiques aussi justifiées soient-elles pour certaines. Pour ma part, la conviction de l’importance de la place de la tragédie dans la mémoire de notre peuple, me rassure sur les ressources de celui-ci. Et c’est là l’essentiel.

Mais il se trouve que l’actualité immédiate produit divers télescopages par lesquels la dimension et le vécu familial reviennent au premier plan. Emmanuel Macron, avec cette capacité presque grandiose à être systématiquement à côté de la plaque, a déclenché une réaction contre lui en forme de tsunami et transformé son itinérance mémorielle en chemin de croix. Faisant référence au « grand soldat », il a rendu au militaire Philippe Pétain un hommage du type de ceux de ses prédécesseurs. Il a ramassé la foudre, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, sa parole de chef de l’État est complètement disqualifiée, et sa faiblesse politique et son narcissisme l’empêchent de sortir de la nasse. Il pourrait dire : « Il fait jour à midi » que ce serait aussitôt une tempête qui lui répondrait : « Non, il fait nuit, à cause des heures sombres ». Ensuite, le problème Pétain est insoluble, car le séparer en deux parties, comme l’avait fait Charles De Gaulle, est aujourd’hui impossible. Sa place dans la mémoire collective est désormais d’abord et avant tout celle de ce qu’il est, un traître antisémite.

Pour ma part, Philippe Pétain est « la triste enveloppe d’une gloire passée portée sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait » (Charles De Gaulle, 18 juin 1941).
Il est ensuite et aussi le traître qui fera délibérément le choix de l’ennemi y compris dans ses aspects les plus ignobles. Il n’y a qu’un tarif pour cette trahison, un poteau dans les fossés de Vincennes et 12 balles, fussent-elles symboliques comme ce sera le cas pour lui. Mais la question de ses mérites militaires dans la première guerre mondiale relève aujourd’hui du débat et de la recherche historique. Emmanuel Macron aurait dû éviter de se prendre pour de Gaulle et ne pas s’en mêler, mais nous savons maintenant d’expérience qu’il ne comprend pas grand-chose.

Lorsque je parle du retour de la dimension familiale, je pense au surgissement dans l’opinion publique à ce moment de la figure de mon arrière-grand-père, Édouard de Castelnau, qui méritait plus que tout autre d’être élevé à la dignité de maréchal de France. Et ce surgissement se fait comme le symbole contraire de celui de Pétain.

 Claude Askolovitch (!!) le résume très bien dans un tweet en forme de commentaire sur la polémique Pétain : « Pensée au général de Castelnau, qui sauva en 14 l’armée de Lorraine, qui perdit trois fils dans la Grande guerre, dont la République ne fît pas un maréchal car il était trop catholique, et qui condamna Pétain en 1940 et encouragea la Résistance. A propos de « grands soldats…».

Et l’aspect étonnant de cette forme d’intronisation comme « contre modèle » de celui qu’il avait nommé à Verdun le 23 février 1916, c’est qu’elle est absolument justifiée. Les historiens s’accordent à considérer à la fois sa stature, l’importance de son rôle, l’ampleur de ses sacrifices, et le caractère injuste de la mesquinerie politicienne dont il eut à souffrir.
Mais il y a plus. On sait peu aujourd’hui, compte tenu de l’importance de cette fin des hostilités sonnée sur la terre de France en cette 11e heure du 11e jour du 11emois de cette année 1918, que le 13 novembre, la IIe armée française commandée par Édouard de Castelnau devait lancer en Lorraine l’offensive pour permettre de rentrer sur la terre de l’ennemi. Et le mettre complètement à genoux. Je suis de ceux qui pensent que l’armistice du 11 novembre était inévitable pour mettre fin au cauchemar et qu’il est difficile d’en faire le reproche à ceux qui l’ont voulu.

Mais l’Histoire a montré ensuite, comme l’avait analysé Castelnau dès ce moment-là, que c’était une erreur stratégique majeure. Son territoire inviolé, son armée rentrant à peu près en bon ordre, la légende du coup de poignard dans le dos pouvait naître en Allemagne et amener aux conséquences funestes que l’on sait. 20 ans plus tard cette erreur allait coûter les 60 millions de morts et les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Entre les deux guerres, chaque fois qu’il appelait à la méfiance et à la vigilance vis-à-vis de l’Allemagne, on le traita de Cassandre et de belliciste. Un parlementaire lui lancera même à la face : «  Trois fils, mon général, ce n’est pas assez ? ».
Lorsque surviendra l’effondrement de 40, âgé de 90 ans, il désavouera l’armistice et l’instauration de l’État français, auquel il refusera son soutien. Deux de ses petits-fils et deux de ses petits-neveux en âge de porter les armes rejoindront, avec son approbation, les armées de la France combattante et participeront aux combats pour la Libération.

Noël de Mauroy sera tué dans les Vosges en  décembre 1944, Jean de Castelnau dans son char. Le 23 novembre en rentrant dans Strasbourg, Urbain de La Croix, le petit-fils orphelin qu’Édouard avait élevé, sera tué le 9 avril 1945 au passage du Rhin. Gérald de Castelnau, mon père, le dernier des quatre, sera grièvement blessé. Eh oui, il faut croire que le destin avait décidé que pour le service de ce pays, trois fils ce n’était pas assez. Pendant ce temps, Philippe Pétain poursuivait jusqu’au bout, jusque tout en bas, le chemin de ses trahisons.


 
Alors, Édouard de Castelnau, l’anti-Pétain, le contre-exemple ? C’est l’évidence, et Claude Askolovitch l’a bien senti. Voyez-vous, Monsieur le président de la république, une fois de plus, vous avez voulu faire le malin, en étalant maladroitement votre absence de sens politique et votre ignorance historique.
Mais la référence à ce « grand soldat » là, dont vous n’aviez probablement pas la moindre connaissance, n’apparaît pas seulement à cause de vos errances mémorielles, mais aussi à cause de ce que vous voulez faire à la France. Ce rappel intervient alors même que vous annoncez votre projet d’armée européenne avec l’Allemagne avec cette justification sidérante « pour faire face à la Russie qui est à nos frontières ».Pardon ? On rappellera pour mesurer l’inanité de cette formule que Paris et Moscou sont séparés par 2800 km et pas moins de quatre grands pays. Et pendant que vous vous moquez ainsi du monde, on apprend l’existence de discussions pour une mise en commun de la dissuasion nucléaire française et du partage du siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU. Êtes-vous inconscient au point de faire ainsi de la France une cible privilégiée de la Russie, qui n’a rien demandé et qui ne nous menace en rien ? Pour faire plaisir à l’Allemagne avec laquelle nous avons des intérêts à ce point divergents. Vous entendez donc pousser encore un peu plus loin la soumission à l’Union Européenne sous direction allemande ? Mettre en cause dans ces proportions l’indépendance de la France ? Philippe Pétain trahissait sa patrie en promulguant ses ordonnances antijuives avant même que les Allemands l’aient demandé. Et il faisait tout pour mettre les ressources de son pays au service de l’Allemagne nazie dans la guerre immonde qu’elle menait. Mais il ne faut pas l’oublier, il avait un projet politique, celui d’une France abaissée dans une Europe dominée par l’Allemagne. Ce projet-là serait-ce donc aussi le vôtre ?

Mais ce sera non, Monsieur Macron ! Comment voulez-vous que nous l’acceptions ? Nous le refuserons d’abord parce que c’est l’intérêt de notre pays alors que, vous-même, êtes en train de l’abîmer et de lui faire prendre des risques inconsidérés. Mais nous le refuserons aussi parce que nous avons de la mémoire et en particulier celle des sacrifices de ceux de 14/18 et de 39/45, et de la raison de ceux-ci.
Et que cette mémoire, aussi, nous oblige.

_______________________________________

Remarque de la rédaction de La Synthèse:

  • L'article ci-dessus comportait deux liens vers deux autres articles publiés, l'un en 2016, à l'occasion du centenaire de Verdun, l'autre en 2014, à l'occasion du début de la période mémorielle de 4 années (2014-2018) lancée par Hollande en 2014.
  • Nous avons reproduit ci-dessous celui consacré à Verdun et Nancy, ainsi qu'au portrait intime du Général de Castelnau, et avons mis en bas de page le lien vers l'article de 2014, intitulé : "La France, fille du soldat inconnu".
_________________________________________________

EDOUARD DE CASTELNAU, LE SAUVEUR OUBLIÉ DE VERDUN


Au nom du père et de l’arrière-grand-père…

Le centenaire du déclenchement de la bataille de Verdun a vu réapparaître un personnage peu connu de l’histoire de France. La plupart des historiens mobilisés pour l’occasion nous parlent d’Édouard de Curières de Castelnau, le sauveur oublié de Verdun. Chef d’état-major général des armées, sous les ordres hiérarchiques de Joffre maintenu généralissime, il mesure assez tôt en ce début d’année 1916 l’imminence d’une initiative allemande d’envergure destinée à faire pièce à la grande offensive franco-britannique prévue pour la fin du printemps, véritable secret de polichinelle. Passé en inspection en janvier sur le front de Verdun, Castelnau en est revenu inquiet.

C’est la raison pour laquelle dès les premières informations reçues concernant le début de l’attaque allemande du 21 février au matin, il demande à Joffre l’autorisation de s’y rendre immédiatement. Le problème est que le généralissime dort et qu’il est interdit de le déranger…

Castelnau insiste et reçoit, glissé sous la porte, un ordre lui donnant les pleins pouvoirs qu’il utilisera dès son arrivée sur place pour organiser la défense, donner l’ordre qu’elle se fasse sur la rive droite de la Meuse (alors en cours d’évacuation), et le 24 février, nommer Pétain commandant de ce front. Verdun est sauvé et Pétain entre dans l’Histoire.

Qui est ce Castelnau, aristocrate catholique, personnage essentiel du haut commandement de l’armée française pendant le premier conflit mondial, et par la suite homme politique influent ? Pourquoi celui dont quelques recherches, ou la lecture de biographies un peu confidentielles dévoilent la stature d’exception, est-il aujourd’hui oublié ? Il y a peut-être plusieurs raisons, mais, l’Histoire s’écrivant aussi par les témoignages, je vais essayer de montrer comment la République fut capable d’être injuste et mesquine, et aussi, de façon surprenante, rancunière.

Joffre, plus présentable politiquement

Gentilhomme rouergat né au médian du XIXe siècle, celui qui sera mon trisaïeul choisi le métier des armes, passe par Saint-Cyr, plongera dans la guerre franco-prussienne de 1870 et accomplira ensuite une carrière militaire brillante, et ce malgré son catholicisme fervent et affiché, et les opinions monarchiques qu’on lui prête.  Pourtant considéré par ses pairs comme le meilleur, c’est Joffre, plus présentable politiquement qui lui est préféré en 1912 pour prendre la tête de l’armée française. Commandant la deuxième armée au début de la guerre, il sauve Nancy complétant ainsi la victoire de la Marne.

Par la suite, Joffre ayant démontré les limites de ses capacités, il est envisagé de le remplacer. Castelnau est pressenti, mais la popularité de Joffre et les préventions de la gauche rendent les choses difficiles. Un compromis bizarre est trouvé : Joffre est nommé généralissime, Castelnau chef d’état-major général. À charge pour lui de marginaliser Joffre et de régler ainsi le problème. Peu porté sur ce genre de manœuvre, et handicapé par sa rectitude morale, Édouard de Castelnau restera parfaitement loyal au généralissime jusqu’à la fin. On peut le regretter, car il possédait deux qualités essentielles.

Tout d’abord une capacité d’analyse géopolitique, lui permettant d’appréhender le caractère mondial et pas seulement européen de ce premier conflit. Ensuite, en ces temps de république méfiante depuis les affaires Boulanger et Dreyfus, il avait une très claire conception de l’articulation des responsabilités politiques et militaires. « Le champ de bataille c’est le monde entier et on ne veut pas le voir » dira-t-il à Millerand, ministre de la Guerre, avant d’ajouter devant son refus d’instaurer un commandement interallié : « C’est une dérobade pour vous soustraire à vos responsabilités, à votre tâche. Parfaitement, Monsieur le ministre, c’est comme ça. Le gouvernement a des devoirs, les militaires en ont d’autres, mais chacun les siens. Nous autres généraux nous remplissons nos fonctions qui consistent à diriger les opérations, mais le gouvernement n’assure pas son devoir qui est de conduire la guerre ».

 Vision traditionnelle, mais tempérament visionnaire

Tout homme a ses mystères et ses contradictions, ceux de Castelnau s’articulent autour de la cohabitation d’une vision traditionnelle de la société avec un tempérament visionnaire, qui en faisait un des esprits aigus de son temps. Il le prouvera avant la première guerre mondiale en ne partageant pas la culture dépassée de l’offensive à outrance, de la « furia francese » si chère à ces militaires français toujours en retard d’une guerre. Il professera avant les autres, que le « feu tue ».

Celui qui a suivi la chute de Joffre en 1916 revient en 1918 pour prendre la tête de la deuxième armée, celle qui devait rentrer en Allemagne pour lui porter le coup de grâce. Il fut arrêté par l’armistice du 11 novembre qu’il a toujours considéré comme une erreur stratégique, la suite lui donnant malheureusement raison.

Clémenceau non seulement se méfiait de lui pour ses opinions religieuses, mais le poursuivait d’une haine comme seul le Tigre en était capable. C’est la raison pour laquelle il intrigua, appuyé par certains francs-maçons, pour que celui qu’il appelait le « capucin botté », alors qu’il le méritait plus que tout autre, n’obtint pas le bâton de Maréchal. Celui-ci étant par ailleurs généreusement distribué et pas toujours sur la base de mérites militaires incontestables. À cette occasion, la République fut mesquine et injuste, elle fut aussi ingrate à ses sacrifices.

« Messieurs, continuons »

Père d’une nombreuse famille, Castelnau avait cinq fils mobilisés au début de l’affrontement. Le premier tué à l’ennemi fut Xavier le 20 août 1914, son frère Gérald le suivit dans la mort le 6 septembre suivant, Hugues enfin les rejoint, le 15 septembre 1915 en Champagne. Un quatrième fils, Michel, fut porté disparu en octobre 1914, et il fallut attendre de nombreux mois pour apprendre qu’il était prisonnier.

Il existe une anecdote très connue où Castelnau, alors en pleine bataille des frontières, travaillant avec son état-major, apprit la mort de Xavier. Il se recueille quelques instants en silence avant de revenir vers les cartes et prononcer la fameuse phrase : « Messieurs, continuons ». La suivante est familiale et concerne l’épouse d’Édouard. Après la mort de son fils Hugues, personne ne savait comment lui annoncer le nouveau malheur. L’affreuse corvée tomba sur le curé de la paroisse qui pensait le faire après la messe où elle se rendait. Lorsqu’elle s’approcha de la table de communion, elle vit le visage décomposé du prêtre et lorsqu’il fut devant elle, le regardant dans les yeux, Marie de Castelnau n’eut qu’un seul mot : « Lequel ? ».

Après la guerre, Édouard de Castelnau fit un peu de politique en étant député de l’Aveyron dans la chambre bleue horizon puis en créant la Fédération nationale catholique, étonnant mouvement confessionnel de masse, pour s’opposer aux mesures anticléricales envisagées par le cartel des gauches élu en 1924. Si ce mouvement se rattache à une forme de droite nationale catholique, s’il fut anticommuniste vigoureux, et soutint Franco défenseur de l’Église au moment de son coup d’Etat, Castelnau eut, quant à lui, des positions souvent originales.

Ainsi, il était critique du traité de Versailles qu’il voyait, comme Bainville, gros d’une volonté de revanche allemande. Autre exemple : après avoir approuvé la condamnation de l’Action française par le Pape, il s’opposa bec et ongles à Munich. S’attirant les quolibets de cette extrême droite pour qui la défaite de 40 fut une divine surprise. Lucien Rebatet le traitant dans Les Décombres de vénérable baderne stratège de 89 ans qui osait dire : « Après la Marne, il y a la Seine et après la Seine, il y a la Loire… et après la Loire le réduit de Massif central, tout l’arrière du pays avec les immenses ressources des empires français et britanniques ».

Cela ressemble trait pour trait à l’analyse faite par Charles de Gaulle pour s’opposer à la demande d’armistice en juin 40. La gauche n’était pas en reste, puisque que Léon Blum, célébrant le Maréchal républicain Pétain, disait : « Présentez une femme et la République à Pétain et Castelnau, Pétain viole la femme et sauve la République, Castelnau fait le contraire ». On sait ce qu’il advint de Pétain et de son viol de la République le 10 juillet 40. Castelnau, lui, ne viola personne, mais s’opposa à l’armistice et à Pétain. Le cardinal Gerlier chef d’une église très favorable à « l’État français », lui avait envoyé un abbé pour demander à le rencontrer pour tenter de le rallier. Castelnau éconduit le messager avec cette phrase : « Gerlier veut me parler ? Je croyais qu’il avait usé sa langue à force de lécher le cul de Pétain ».

Privé de la joie de sa patrie libérée

Persuadé de la victoire anglo-saxonne dans la deuxième guerre mondiale, il approuva le départ de deux de ses petits-fils, dont mon père, et de deux de ses petits-neveux tous en âge de porter les armes, pour rejoindre les forces de la France combattante. Et pour faire bonne mesure, il entretint des rapports avec la Résistance en Haute-Garonne, cachant, à 93 ans des armes dans sa cave. Il mourut en mars 1944, se privant de la joie de sa patrie libérée, mais s’évitant le chagrin de ces trois nouveaux tués à l’ennemi. Son petit-fils orphelin qu’il avait élevé, Urbain de La Croix, en janvier 1945 au passage du Rhin, ses petits neveux, Jean en rentrant dans Strasbourg, et Noël de Mauroy dans les Vosges fin 1944. Mon père eut la chance de n’être que grièvement blessé.

Toutes ces histoires bercèrent mon enfance, j’en ai gardé le souvenir de la lourdeur d’un deuil jamais fini. Des séjours estivaux dans cette grande maison qui n’était qu’un sépulcre, j’ai retenu l’idée que les mots « devoir » et « sacrifice » avaient décidément un sens très concret. L’on m’y a appris l’amour de la Patrie et le respect de la République. En mettant d’ailleurs, à partir de ces exemples, la barre assez haut, ce qui ne fut pas toujours facile. J’ai partagé ce qu’Albin de La Simone décrit dans sa jolie chanson Les épaules où il craint qu’elles ne soient pas assez solides pour supporter :

« – le poids de mon nom ridicule,
   – de ce fantôme à particule,
  – qui avance quand je recule ».

Aussi, si je peux comprendre que les rivalités et les humeurs des hommes aient pu provoquer une injustice dans la période troublée de l’immédiat après-guerre, et fait subir à Castelnau ce qui fut une injustice, comment admettre que cette rancune le poursuive cent ans plus tard ?

De quoi s’agit-il ? Depuis de très nombreuses années, beaucoup de promotions des élèves officiers de Saint-Cyr ont souhaité porter le nom du grand capitaine, mon aïeul. Pour des raisons obscures ce fut systématiquement refusé par les états-majors et les ministères successifs, jusqu’en 2012 où Gérard Longuet ministre de la Défense signa l’arrêté. Quelques jours plus tard Jean-Yves Le Drian, arrivant dans les fourgons de François Hollande, lui succéda.

Dès lors, son cabinet n’eut de cesse que d’essayer de faire rapporter la décision. Une petite campagne de presse fut lancée par le Canard enchaîné pour dénoncer l’horrible factieux représentant des heures les plus sombres. Bien que relayé par des sites gauchistes, ce fut insuffisant : l’arrêté était signé et exécutoire. Alors le ministère imposa un compromis boiteux, ridicule et assez déshonorant : la promotion s’appellerait « Castelnau père et fils » pour rendre hommage à deux saint-cyriens puisque Xavier le premier tué de 14 sortait comme son père de cette école. À cela s’ajoutèrent d’autres avanies, dont la plus minable fut d’interdire dans la Revue Défense nationale – au contraire de l’usage – toute recension d’une biographie d’Édouard de Castelnau parue ce moment-là.

Si, pour la mesquinerie de Clémenceau, il peut y avoir des explications à défaut d’excuses, pour celle du ministère de la Défense actuel, il n’y en a aucune. Alors Messieurs, de quoi avez-vous peur ?

_______________________________________

Voici le lien vers le deuxième article, celui publié en 2014, et intitulé : " La France, fille du soldat inconnu":

http://www.vududroit.com/2014/01/la-france-fille-du-soldat-inconnu/

 ___________________________________________________________________________
Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.vududroit.com/2018/11/general-edouard-de-castelnau-anti-petain/ 
 
(Mis en ligne le 9 Novembre pour le premier article, puis le 10 Novembre 2018 à 9h45 pour le deuxième)
 

Articles similaires
« Mur des cons » : mais où est l’impartialité de...Champs-Elysées (!) : honte, mais pour qui ?Acquittement de Coutances : la raison prise en...Ah! si Emmanuel Macron était Georges...La religion catholique ne reçoit pas que des...France : la liberté d’expression bien mal en...Jair Bolsonaro : un coup de tonnerre ou une...Emmanuel Macron et les années 30 : ignorance et...Comment je n’ai pas « questionné » Marine Le...Onfray, Garcin et BHL : le jour et la nuit !Le genre, l'animal, la mort : quand la...Police, gendarmerie : suicides en forte hausseOutrage sexiste : ça y est, Chère Madame...Emmanuel Macron : ni Bonaparte, ni surtout pas de..."Metoo" contre l'état de droit:...Charles Aznavour avait-il lu Destin français...Succession du Procureur François Molins :...Téléfilm Sauvage sur TF1 : autopsie d’une...Il ne faut pas libérer Jean-Claude Romand...Et maintenant, une expertise psychiatrique : la...Affaire Méric : quand la Justice prend des...L'insécurité ou Ubu en République !Affaire Darmanin : le droit pénal pour les NulsEncore et toujours Frédéric Taddéi !Emmanuel Macron en marche... sur les pas de...USA, France, Italie : la justice pénale contre le...Eglise catholique : le temps est venu de mettre...Selon que vous serez ministre ou misérable.....Res publica : qui doit détenir le pouvoir réel ?...Des barbouzes en carton-pâte....Macrongate : c’est bien pire qu’imaginéAffaire Halimi : Kobili Traoré déclaré...Affaire Benalla : le code pénal ? Mais à quoi ça...Peut-on encore se promener nu chez soi ?Mourad Sadi : un innocent condamné trop vite, et...Juillet 2018 : pourquoi la loi « Fake news » est...Juillet 2018 : quand Laurent Fabius fait du droit...Juillet 2018 : trois agressions graves contre les...Le Conseil constitutionnel continue de piétiner...Xavier Bertrand : déclaration (non datée) de...Fête de la Musique très chic, très BCBG à...Jean-Jacques Urvoas proche de la roche Tarpéienne...Le football (JEU simple + esprit de COMPÉTITION )...Pour les Bleus malgré tout !Comptes de campagne de Macron : la tricherie...François Hollande rebat la campagne....!Droit au retour des djihadistes ? Mais, en quel...Violer la loi lorsque l’on ne risque rien est une...Mamoudou Gassama : derrière le moment de grâce,...Reconquérir la France !Jérôme Cahuzac : une lutte inoubliable contre la...Ainsi on peut frapper Robert Ménard impunément...