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François Hollande sous-estime son rôle dans la montée du Front National

Référence de l'article : IJ5957
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(12 Mars 2017)

 

Suffisance et insuffisance vont souvent de pair. Comme s'il y avait dans l'excès de confiance en soi un signe masquant les défaillances professionnelles ou prétendant les sublimer. Les lucides attendent d'avoir démontré pour éventuellement se pousser du col. A supposer que cette attitude ne soit jamais bonne, ce que je dénie. La vanité est un défaut capital qui parfois est le pire ennemi de personnalités pourtant brillantes. On ne se méfie jamais assez de soi.

François Hollande qui est encore, pour si peu de temps, notre président de la République, est tombé dans ce piège. Il n'a jamais douté de lui et de ses qualités. Alliés et adversaires ont rarement trouvé grâce à ses yeux. Il a eu la dent dure et le jugement sévère.

Durant les derniers mois cette tendance s'est aggravée. Il y a eu là un effet presque mécanique. Ayant décidé d'abandonner le terrain présidentiel, il lui fallait compenser par une trop élevée conception de lui-même qui au moins symboliquement pouvait lui donner l'assurance d'être quelqu'un, la certitude d'être le meilleur. Sans doute est-ce l'une des manières, détestable, de surmonter les désastres : gagner avec soi quand on a perdu avec les autres, à cause d'eux.

Car il convient qu'ils soient médiocres. Sinon le rehaussement de soi est inconcevable.

Ainsi le président de la République, se plaçant sans vergogne dans la suite de François Mitterrand et de sa phrase : "En fait je suis le dernier des grands présidents", semble croire que, par contagion, elle s'appliquera à lui.

S'esclaffer, la dérision seraient une piètre réaction. Il y a du drame dans ce narcissisme aveugle. Parce que cette suffisance a créé l'insuffisance, le triste bilan de ce quinquennat raté, et l'insuffisance, cette délirante appréciation de son être politique, pour ne s'arrêter qu'à celui-ci.
Là où il ne peut plus être, tout devient mauvais, tout se dégrade et ce qui l'a servi hier avant son élection de 2012 - la primaire socialiste - est maintenant à récuser.

La campagne est "inédite" et "sa qualité assez basse". Hamon et Macron sont "fragiles". Les primaires ne correspondent pas à la Ve République et elles affaiblissent les partis". Les débats organisés par TF1 (le 20 mars) et par France 2 (le 20 avril) : une idée "épouvantable et dangereuse" qui va aboutir à un "nivellement par le bas".

Dans cette acrimonie généreusement dispensée, on ne pourrait voir que la manifestation d'un je qui ne supporte plus de s'être mis hors jeu alors que lui-même et quelques inconditionnels se persuadent dorénavant qu'il aurait fait triompher la gauche. Je devine les frissons de plaisir en même temps que de frustration que le soutien de Bernard-Henri Lévy et de Christine Angot a dû susciter chez lui. Il n'y a pas de petits profits pour quelqu'un qui se juge grand. N'importe quel miel fait l'affaire.

Sa responsabilité est engagée dans cette montée

François Hollande n'est cependant pas qu'un vaniteux qui souffre. Quand il ose célébrer ce qu'il a accompli et dissimule sa faillite sous la surabondance des mots et des inventaires disparates, il n'est plus seulement un président qui se rengorge mais un président qui s'égare.

Son combat principal, voire exclusif, paraît-il, est consacré au FN dont il est convaincu qu'il peut l'emporter. Cette perception n'est pas absurde et d'ailleurs il n'est pas le seul à l'exprimer. Mais dénoncer le péril que représente le FN alors que son quinquennat, sur le plan économique, social, judiciaire et avec sa politique étrangère, l'a fait augmenter sensiblement - comparons le FN de 2012 avec celui de 2017, d'autant plus que François Hollande craint qu'il soit sous-évalué - relève d'un déni qui ne laisse pas d'inquiéter au sujet de sa psychologie et de son intelligence. On attendrait de lui qu'il pourfende s'il en a envie mais en ayant l'honnêteté de souligner que sa responsabilité est engagée dans cette montée et dans cette démocratie à portée d'extrémisme. Elles ne sont pas nées de rien, mais de la perversion mêlant un discours moralisateur à une impuissance dans l'action.

Il me semble que ressasser l'obligation, pour les partis dits républicains, de ne se préoccuper que du FN prive sans doute leur programme d'une vision d'avenir au bénéfice d'une dénonciation systématique qui, paradoxalement, donne une aura sulfureuse à cet adversaire exclusivement ciblé.

Est-ce offenser le président que de douter de son aptitude à entraîner les Français sur le chemin qu'il estime souhaitable ? Avant même l'annonce de son abandon, il n'était plus écouté, plus crédible (Le Parisien).
Ironie du sort. Des nouvelles positives surviennent, notamment sur le fait que la France, depuis des années, n'a jamais créé autant d'emplois (TF1).
Trop tard pour que sa suffisance s'en empare, pour que son insuffisance en soit heureusement affectée.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/ 
 
(Mis en ligne le 12 Mars 2017)

 
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