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France : comment on devient président de la République...

Référence de l'article : IJ6093
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écrit par Régis de CASTELNAU,Avocat, ancien vice-Président du Syndicat des avocats de France, Président d'honneur de l'Association française des avocats conseils des collectivités, Auteur de nombreux ouvrages, dont "Le fonctionnaire et le Juge pénal",(12 Mai 2017)
 
 

Emmanuel Macron a donc été élu président de la République et cela constitue, qu’on le veuille ou non, une surprise assez phénoménale. Il est aujourd’hui en théorie le président de tous les Français, et bénéficie, ce qui est habituel du spasme d’adoration des premiers temps, peut-être encore un peu plus déplaisant, alourdi qu’il est par la course à la gamelle des perdants dont l’absence totale d’amour-propre finit par être vertigineuse. Les gazettiers, qui adorent ça, spéculent sur la composition du premier gouvernement et sur le résultat des élections législatives. Les Français, dont une majorité conséquente déteste Macron et ce qu’il représente, sont dans l’expectative et c’est bien normal.

Ce n’est pas cette campagne électorale absurde qui a permis de deviner qui était le nouveau président et quelles étaient ses intentions. Le temps viendra de l’étude détaillée de cette étrange victoire. Jusqu’assez récemment on pouvait penser à une simple et habituelle bulle médiatique. Les congédiements d’Alain Juppé, et de Nicolas Sarkozy, puis ensuite la pantomime de la primaire socialiste, montrèrent que dans les couches supérieures de la société, le dégagisme était puissant, ce qui permettait de donner une certaine consistance à l’hypothèse Macron. Mais cette explication est insuffisante. Et à la question de cette victoire est-elle le fruit, je crois que parmi d’autres, trois réponses se dégagent qui ne sont pas réjouissantes.

Emmanuel Macron doit en premier lieu son élection à une forme de coup d’État, qui a impliqué la haute fonction publique, les médias, et le grand Capital. Ensuite, à l’absence de réaction des forces politiques et démocratiques devant cette manipulation qui a pourtant abouti à retirer à l’élection présidentielle  2017 son caractère de sincérité et de légitimité. En troisième lieu cette confiscation a été permise par une prise de pouvoir totale de la haute fonction publique d’État et de ses réseaux, pour porter l’un des siens à la présidence.

Une élection faussée par une forme de coup d’État

Ce début de l’année 2017 m’a permis d’appréhender la dimension pratique des expressions « s’égosiller en vain » et « sentiment de solitude ». Je renvoie pour éviter de rabâcher aux textes que j’ai publiés au fur et à mesure. L’offensive médiatico-judiciaire foudroyante lancée contre François Fillon, personnage certes particulièrement vulnérable, au début de la campagne électorale a mobilisé justice et médias, sur la base d’un accord frauduleux qui aurait dû sauter aux yeux de tout observateur de bonne foi.

La disqualification méthodique du candidat des Républicains par une juridiction d’exception et l’utilisation de ses matériaux par une presse amie alimentée, entache déjà complètement la légalité du scrutin. Le traitement déséquilibré des médias, lancés dans une invraisemblable propagande au profit du candidat choisi par le système, a dévoyé le débat dont chacun s’accorde à considérer qu’il n’a pas abordé les vraies questions. Malheureusement ce déséquilibre a été complètement couvert par les instances de contrôle. Qui ne se sont manifestées que pour venir au secours du candidat officiel dès lors qu’il aurait pu se trouver en difficulté. Ou qui se sont gardés d’intervenir lorsque des accusations précises étaient porté contre lui ou certains de ses soutiens. 

Déjà illégal, le scrutin est aussi insincère. Et enfin, le financement opaque de cette campagne, et l’évidence qu’il y aurait à réintégrer tous les débours exposés par l’État et les grands médias en appui direct de la candidature de Macron, comme l’exige la loi, devraient rendre impossible la validation de son compte de campagne. La loi de 1990 sur le financement public de la vie politique a considérablement étoffé et durcit le droit électoral. Pour deux raisons, la première est la nécessité d’assurer la transparence et l’équité dans la conquête des suffrages, la deuxième est que le financement de l’État est proportionnel aux résultats électoraux. Assurant ainsi la légitimité des élus et la justice dans le financement des partis, les scrutins doivent être irréprochables. Ce n’est pas le cas de ceux de l’élection présidentielle de 2017. Et c’est une situation dangereuse.

Une étonnante passivité face à une opération grossière

Les mauvaises habitudes d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, ont amené tous les adversaires de François Fillon et de Marine Le Pen à se réjouir de leurs ennuis. L’évidence de la partialité, l’acharnement et les manipulations ne les a pas gênés, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon qui a trouvé cela très bien, mise en examen ou simple mise en cause des adversaires, valant condamnation lorsque l’on bat les estrades. C’est assez lamentable, mais ce n’est pas nouveau.

Et plutôt que de voir le danger, s’inquiéter des atteintes aux libertés publiques qui ont sous-tendu ces manipulations qu’elles soient judiciaires ou médiatiques, les politiques, les militants et les citoyens ont regardé, rigolards, se débattre leurs concurrents dans la nasse, persuadés que cela ne pouvait pas leur arriver. Jusqu’à Philippe Poutou le faux rebelle télécommandé venant en pyjama sur les plateaux insulter Fillon et Le Pen devant le candidat du CAC 40 buvant du petit lait. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon a compris quand, annoncé en hausse dans les sondages, il a vu se dresser contre lui un mur médiatique autrement plus violent que celui que subissait Marine Le Pen ? Staline était de retour, et les chars russes annoncés près de Brest (Finistère).

Malheureusement, chaque camp s’est occupé de son résultat et de la façon de s’en servir, passant à l’étape suivante sans se préoccuper de la catastrophe démocratique qui s’était produite. Les couches populaires restent à juste titre, avec le sentiment diffus de s’être fait avoir ce qui annonce peut-être des moments difficiles

La prise du pouvoir par les hauts fonctionnaires d’État

Le 26 août 2014, sur le perron de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet annonçait dans un sourire béat la nomination au poste de ministre de l’économie de son poulain, élevé à la meilleure avoine sous sa direction à l’inspection générale des finances de Bercy avant d’aller parfaire son entraînement dans un haras de confiance, la banque Rothschild. Huit jours plus tard Emmanuel Macron, parfait inconnu du grand public jusque-là, avait droit à sa première une de magazine accompagnée d’une interview en page intérieure de l’Obs.

Cette Une, qui compte tenu du bouclage d’un hebdomadaire de ce type, a été décidé et composée avant la nomination, nous annonce clairement la couleur. Photo avantageuse du nouveau ministre avec un sous-titre qui barrait toute la page « L’homme de la situation ? » Et en appel de couverture : « Son credo social libéral, ses réseaux patronaux, ses ennemis à gauche ». Dès ce moment, on a la feuille de route, et constate qu’Emmanuel Macron a reçu l’onction des Seigneurs. Cette noblesse d’État identifiée en son temps par Pierre Bourdieu et qui au fur et à mesure de l’affaiblissement des fonctions politiques, de l’avènement de la médiocrité insigne du personnel, a pris directement le pouvoir sur les rouages. Elle est surplombée par l’inspection des finances, et beaucoup de ses membres ne se donnent même plus la peine de se lancer directement en politique. Jeu de chaises musicales dans les grandes institutions de l’État, dont certaines sont particulièrement rémunératrices. Pantouflage systématique dans les grandes entreprises et les banques où ils se mettent au service de l’argent, grâce à ce capitalisme de connivence à la française, ne négligeant pas parfois les allers-retours gratifiants. L’élection présidentielle vient de les voir à l’œuvre, chacun à des postes stratégiques que ce soit directement à l’Élysée, au Conseil Constitutionnel, au CSA, à la Commission des Comptes de Campagne, au Conseil d’État, dans les grands médias, les grandes entreprises, les banques etc…

La catastrophe politique du mandat de François Hollande sur lequel beaucoup d’entre eux avaient misé, leur a montré qu’il n’était plus possible de laisser les manettes à des Harlem Désir, des Jean-Vincent Placé, des Barbara Pompili, des Cécile Duflot, des Bruno Le Roux, pour ne parler que des pires. Exit la classe politique fourbue, il a donc fallu mettre les mains dans le cambouis et avec la promotion d’un jeune inconnu, faire semblant de tout changer pour que surtout rien ne change.

En ne s’embarrassant guère de scrupules démocratiques. Comme le démontre la liste des candidats aux législatives, triste inventaire à la Prévert qui ne peut masquer la fonction de blanchisseuse du parti socialiste et l’évidente mainmise de la caste dont la candidature de Gaspard Gantzer est le symbole obscène.
Et c’est là que le bât blesse vraiment : la réussite de la confiscation de l’élection semble les amener à se croire tout permis.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.vududroit.com/2017/05/de-quoi-lelection-demmanuel-macron-fruit/
 
(Mis en ligne le 12 Mai 2017)

 
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