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Expertises psychiatriques pour Le Pen et Gilbert Collard : l'affaire, déjà en marche, progresse...

Référence de l'article : IJ7617
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écrit par Régis de CASTELNAU,Avocat, ancien vice-Président du Syndicat des avocats de France, Président d'honneur de l'Association française des avocats conseils des collectivités, Auteur de nombreux ouvrages, dont "Le fonctionnaire et le Juge pénal",(15 Juin 2019)

 

Nous avons appris hier le renvoi devant le tribunal correctionnel de la présidente du premier parti politique de France, comme vient de l’établir le résultat des élections européennes. Elle sera accompagnée sur le banc d’infamie par son collègue parlementaire l’avocat Gilbert Collard.

Quel est donc ce pays ?

Il existe donc en Europe un pays, ou le premier parti d’opposition, après avoir vu la quasi-totalité de ses dirigeants mis en examen, se multiplier gardes à vue, perquisitions et auditions multiples, ses ressources légales saisies, sa présidente convoquée pour subir une expertise psychiatrique judiciaire (!), constate maintenant que celle-ci est renvoyée devant les tribunaux pour un prétexte grotesque.

Mais quel est donc ce pays ? La Russie de Poutine ? La Hongrie de Orban ? L’Autriche ? Ou un autre où les lépreux votent mal ? Eh bien non, on ne rêve pas, c’est bien la France d’Emmanuel Macron. Où se multiplient les atteintes aux libertés fondamentales et l’instrumentalisation de la justice à des fins de répression et d’intimidation politique. Où l’on constate au travers d’une foultitude d’exemple, qu’une partie de la magistrature a décidé de veiller à protection du pouvoir en place et à apporter sa pierre à la lutte contre la bête immonde.

Revenons sur le déroulement de cette histoire ahurissante. En décembre 2015, Jean-Jacques Bourdin interrogeant Gilles Kepel, avait trouvé astucieux d’établir un lien d’équivalence entre le FN et Daesh. Fous de rage devant l’insulte, Marine Le Pen et Gilbert Collard avaient surréagi et publié sur leur compte Twitter des photos d’atrocités de djihadistes accompagnées du commentaire « Daesh c’est ça ! », avant de les retirer.

Aubaine pour tous ceux qui soutenant les politiques qui font monter le RN, s’en remettent à la police pour le combattre. Le parquet de Nanterre a été saisi de l’horrible crime, et a naturellement demandé et obtenu l’ouverture d’une information judiciaire pour délit « de diffusion message violent susceptible d’être vu ou perçu par un mineur », prévus à l’article 227-24 du Code pénal. Plein de zèle, le magistrat instructeur alors que sa procédure n’en avait nul besoin, a sollicité la mainlevée de l’immunité parlementaire de Gilbert Collard qui lui a été refusée le bureau de l’Assemblée nationale à majorité socialiste.
Histoire d’être conséquent dans le combat contre la bête immonde, les convocations de Marine Le Pen, dans une affaire qui ne présentait aucune urgence, ont bien évidemment été délivrées pendant la campagne de l’élection présidentielle. Le Parlement européen n’a pas eu les pudeurs démocratiques de l’Assemblée nationale française d’avant le macronisme et a accordé la levée de l’immunité de la présidente du Rassemblement National.

La protection de l’enfance détournée

Les résultats des élections européennes sont sans appel. Le RN est devant le parti de Macron bien que celui-ci ait utilisé sans vergogne les moyens de l’État au profit de son parti et bénéficié du ralliement de la bourgeoisie apeurée. La gauche est effondrée et les écolos comptent pour du beurre. Alors on va nous dire que finalement vu ce qui s’est passé à la présidentielle de 2017, de l’efficacité de la stratégie du castor, le parti de Marine Le Pen est le meilleur ennemi de Macron, la garantie de sa réélection. C’est encore à voir, et le risque de son arrivée au pouvoir en 2022, est une éventualité sérieuse. L’opération Macron de 2017 avec la fusion du bloc élitaire, la destruction des deux grands partis d’alternance, et la mise en œuvre d’une politique massivement impopulaire, est bien une stratégie de fusil à un coup.

Alors, l’exécutif va utiliser la technique qui a fait ses preuves et qui est désormais une habitude, l’instrumentalisation de la justice. Et l’on est contraint de constater que comme pour la répression des gilets jaunes, comme pour la protection judiciaire des amis d’Emmanuel Macron, celle-ci ne semble pas se faire prier.

Alors, bien sûr, comme ils l’avaient fait au moment de l’invraisemblable convocation de Marine Le Pen chez le psychiatre, les syndicats de magistrats, forts muets sur les dérives liberticides récentes dont la France est le théâtre vont nous servir comme ils l’ont fait aussi dans l’affaire Fillon que tout ceci est parfaitement normal qu’il faut faire confiance à la justice. Et les professeurs de morale, juristes approximatifs ne vont pas manquer de nous donner des leçons de droit pour justifier ce nouvel épisode. On demandera à tous ceux-là de cesser leurs hypocrisies, eux qui savent le scandale de cette procédure absurde par la qualification pénale utilisée.

Parce qu’il faut rappeler que les incriminations de l’article 227-24 du Code pénal que l’on souhaite appliquer à Marine Le Pen et Gilbert Collard, relèvent dans le Code de procédure pénale, du « titre XIX : De la procédure applicable aux infractions de nature sexuelle et de la protection des mineurs victimes ». Il faut lire attentivement dans l’article 706-47 du CPP la liste des infractions concernées par ce titre. C’est édifiant. Tout ce qui relève de la protection de l’enfance y est détaillé et l’on perçoit à quel point, les auteurs de ces faits font partie d’une humanité particulière que la justice entend, à juste raison, traiter de façon particulière. Pour être clair, c’est la criminalité des détraqués, des pervers, des psychopathes et autres dérangés. C’est la raison pour laquelle ont été prévues pour ces gens-là en plus de la peine, des obligations de soins. Tranquilles comme Baptiste, le parquet et le juge d’instruction saisi acceptent, soi-disant au nom du droit, de psychiatriser l’opposition politique à Emmanuel Macron.

Importance de la libido

On rappellera que c’était donc bien dans la perspective des peines qui leur seront infligées que l’on avait demandé aux deux députés du RN de se rendre chez un psychiatre assermenté afin que celui-ci se prononce, outre sur leur état mental, mais aussi et surtout sur l’opportunité d’une injonction de soins. Assorti de la prescription d’un traitement inhibiteur de libido pour nos deux parlementaires ? Il s’est bien trouvé un magistrat instructeur pour trouver tout cela normal et faire diligence. Alors qu’il suffisait de constater l’absence d’élément moral de l’infraction, c’est-à-dire de l’intention de la commettre, pour rendre une ordonnance de non-lieu. On pourra aussi compter sur un parquet diligent pour prendre à l’audience des réquisitions pour que soit appliquée à nos deux pervers, enfin démasqués, une peine complémentaire d’inéligibilité.

Comment accepter que la justice par un tel excès de zèle ait impliqué Marine Le Pen et Gilbert Collard dans une procédure pénale où ils n’avaient rien à faire ? La protection des mineurs est une chose très sérieuse et il faudrait peut-être éviter d’en dévoyer les procédures destinées à essayer de l’améliorer. Ce genre d’opérations se multiplie et leur caractère politique relève de l’évidence, le RN étant manifestement une cible privilégiée. Quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir de ce parti, dont la représentante a quand même rassemblé près de 40 % des voix à la présidentielle, qui vient de « remporter » les élections européennes, la démocratie et les libertés publiques ne se divisent pas.

Malheureusement, cette dérive dangereuse vers la mise en place de ce qui commence à ressembler à un État policier ne suscite chez les belles âmes aucune véritable réaction. On pétitionne pour le rapatriement des djihadistes, on tonne contre Poutine, Erdogan, Trump, ou Nétanyahou, on donne des leçons à la terre entière, cherchant les pailles dans les yeux des autres, sans daigner voir la charpente de chêne qu’on a dans le sien. Mais s’il n’y avait que ces antifascistes estampillés, de salon ou de pacotille prenant la pose « no pasaran », et applaudissant ces méthodes utilisées contre « la lèpre populiste ».

Le pire, c’est le silence de tous ces politiques, parlementaires, élus, dirigeants de partis qui regardent muets cette dérive dangereuse pour la République. Qui probablement ricanent de ce qui arrive à leurs adversaires, comme François Fillon en avait fait l’expérience. Ce qui en dit long sur la faiblesse de leur culture démocratique.
On leur confirmera simplement qu’être la cible de cette instrumentalisation de la justice et de ces atteintes aux libertés politiques, telles que les pratique le pouvoir actuel, en général, c’est chacun son tour....

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.vududroit.com/2019/06/le-pen-et-collard-devant-le-juge-macron-aux-petits-soins-pour-son-meilleur-ennemi/
 
(Mis en ligne le 15 Juin 2019)
 

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