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Emmanuel Macron en marche... sur les pas de Nicolas Sarkozy

Référence de l'article : IJ7030
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(1er Septembre 2018)

 

Non, je n'ai pas changé d'avis. La campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy a été formidable et son quinquennat plus que discutable. Le moins qu'on puisse dire est que la cause de l'état de droit n'était pas son obsession fondamentale et que, par ailleurs, il n'avait guère de scrupule à favoriser ses soutiens et ses amis et même, si on l'avait laissé faire, son fils Jean.

La présidence de François Hollande, à l'exception de son soutien calamiteux et tactique à Christiane Taubira, n'a pas été médiocre sur le plan de la Justice et de l'état de droit. Il a beaucoup nommé et la promotion Voltaire à laquelle il avait appartenu a été un vivier au sein duquel il puisait systématiquement.

Le président Emmanuel Macron a tenu sur une ligne impeccable et maîtrisée durant à peu près un an. Puis, comme une corde qui se détend, une tension qui se relâche, de nombreux signes dérisoires ou plus importants ont montré qu'il empruntait le registre, pouvait-on penser, de Nicolas Sarkozy. Mais il a plutôt inventé sa propre voie, un mélange d'autorité et de désinvolture. Avec une indifférence totale à l'égard des récriminations politiques des oppositions et des critiques médiatiques.

On attendait beaucoup de lui. Son élection avait représenté un immense espoir sur le plan de la morale publique et pour la dignité, la rectitude du comportement présidentiel. On avait l'impression qu'après des quinquennats pour le moins perfectibles, enfin la démocratie allait trouver son héros et son héraut.

Une concession exclusive du commerce de la vie privée

Laissons de côté pour être aimable un certain nombre de nominations et de choix qui directement ou indirectement peuvent laisser percevoir plus des dilections personnelles ou des critères corporatistes - la promotion de l'ENA du président de la République n'a pas été vraiment oubliée - que des lucidités techniques incontestables. Laissons de côté les soutiens abusifs et suicidaires maintenus à des personnalités et à des causes douteuses.
Par exemple, celle de Françoise Nyssen. Laissons de côté Bertrand Delais, Stéphane Bern et Alexandre Benalla même si je les mêle de manière indélicate, même si sans doute on en a trop parlé. Jusque-là l'argumentation du pouvoir pouvait encore être recevable car Emmanuel Macron n'avait pas encore décidé de franchir le Rubicon de l'arbitraire et du bon plaisir.

Je ne voudrais pas négliger le commerce de sa vie privée et de ses expositions médiatiques concédé exclusivement à Michèle Marchand par le couple présidentiel, ce qui m'a d'emblée surpris.
Je ne crois pas surtout que la prochaine nomination de Philippe Besson comme consul général à Los Angeles soit du même ordre (20 minutes).



D'abord parce que, pour lui, on a probablement modifié par décret, en les faisant échapper à la diplomatie classique, la règle sur les emplois réservés qui, dorénavant, seront à la discrétion du pouvoir pour promouvoir ou récompenser ses amis.
Et surtout à cause de lui.

Philippe Besson est un proche du couple présidentiel - il a été à la Rotonde, donc tout est dit ! -, un écrivain estimable pétillant et sympathique mais sans vouloir l'offenser il est difficile d'identifier la valeur ajoutée qu'il apportera à ce poste infiniment désiré par rapport aux diplomates qui auraient pu l'espérer sans avoir démérité.
Mais j'oubliais : c'est un ami du couple présidentiel. Ostensiblement, clairement.

Par plaisanterie, j'avais souligné que tous deux nous avions un point commun. Nous avions écrit des livres dithyrambiques sur Emmanuel Macron. Le sien n'était pas bon et le mien - pour ne pas jouer le faux modeste - était perfectible. Mais j'étais excusable puisque je prêtais au président à peine élu un monologue où forcément il s'exprimait de manière très favorable sur lui-même.

C’est mon ami, mon bon plaisir et je fais ce que je veux

Plus sérieusement, j'ai surtout été choqué par la faible défense d'Emmanuel Macron au sujet de cette promotion qui trouble bien au-delà de moi. En effet, si je résume, on ne peut rien lui reprocher ni douter de son impartialité parce qu'il a voulu un gouvernement totalement pluraliste avec un Premier ministre qui n'était pas de son camp. Il est trop intelligent pour ne pas savoir que le pouvoir et son abus se dissocient, qu'il y a les grands desseins politiques qui ont leur logique et les petits plaisirs régaliens qui ont leur volupté. Que ces univers sont radicalement différents : on peut être ouvert par tactique et impérial par désir. Ce qui relève de Philippe Besson ne correspond pas à la part de lumière, aussi discutable qu'elle puisse apparaître à certains, du président mais de sa part "royale" : c'est mon ami, mon bon plaisir et je fais ce que je veux.

Contrairement à ce que semble penser Emmanuel Macron, ce n'est pas rien. Parce que justement la politique est discussion, dialogue, contradiction, doute, incertitude et équivoque, il conviendrait que l'éthique de la pratique présidentielle soit absolument exemplaire et, au sens propre, incontestable. Un bloc. Parce qu'elle ne devrait pas susciter le moindre aménagement ni la plus petite entorse. Parce qu'elle n'a de sens que si elle est entière et absolue. Et ce n'était tout de même pas au-dessus des forces présidentielles que de ne pas lancer Philippe Besson dans cet arbitraire purement amical et narcissique !

Emmanuel Macron est passé de l'autre côté. La banalité l'a atteint. Les sérieux, les responsables se moqueront en affirmant que seule la baisse du chômage compte. Mais l'indignation feutrée ou explicite n'est pas rare.

Réhabiliter Nicolas Sarkozy ? Pourquoi pas ? Finalement, la différence entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron devient de plus en plus ténue…

Mais puis-je avouer que mon humeur critique va bien au-delà d'Emmanuel Macron dont on attendait tant sur ce plan et qui a brisé le cercle magique de la vertu au pouvoir ? Ma mélancolie est profonde qui m'oblige à m'avouer, une banalité peut-être mais une souffrance démocratique, qu'il y a une fatalité, que les dérives sont plus fortes que les tempéraments, qu'il y a un moment, pour reprendre Paul Valéry, où "le pouvoir sans l'abus n'offre aucun charme".

Il faudrait donc cesser d'espérer que la singularité honnête et honorable pèse davantage que les processus qui implacablement, avec désinvolture, fantaisie et bonne conscience, n'ont pour vocation que de la dégrader. Ainsi rien ne change jamais, à peine les aurores sont-elles levées que les ombres les détruisent, c'est donc cela un pouvoir présidentiel qui hier s'avançait éclatant et qui maintenant s'affadit ? Chaque présidence ne serait que le perroquet de l'autre ? Hors la vie publique et ses différences, il n'y aurait donc que les mêmes coulisses malodorantes ? Eternel recommencement des illusions perdues !

Réhabiliter Nicolas Sarkozy ? Pourquoi pas ? En tout cas, cesser de le traiter comme s'il avait été une exception dans une immoralité publique. L'immoralité publique est la règle et la déontologie serait une exception. On attend toujours son surgissement bienfaisant. Le considérer comme équivalent. Rien de plus, rien de moins. Emmanuel Macron ne l'a pas fait oublier, il nous apprend qu'il faut être indulgent à son égard puisque lui tombe dans les mêmes travers. La sagesse sera dorénavant de ne pas accabler le présent puisque l'avenir lui ressemblera.

Tout cela n'est pas gai.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.philippebilger.com/
 
(Mis en ligne le 1er Septembre 2018)
 
Nota : titre et intertitres sont de la rédaction du Site

  

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