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Emmanuel Macron dos au mur

Référence de l'article : IJ7256
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(14 Décembre 2018)


Dans une émission spéciale des Vraies Voix sur Sud Radio, se prolongeant jusqu'à 21 heures, j'ai pu écouter le discours du président de la République. Court et dense, il a duré un peu moins de 13 minutes.

Contrairement à certains, je n'ai pas été choqué par le fait qu'il l'ait enregistré. La solennité était là et j'ai perçu cette précaution comme la volonté de nous offrir le meilleur propos possible.

Il fallait admettre qu'au bout de dix-huit mois de mandat, son intervention apparaissait quasiment comme celle de la dernière chance, l'ultime moyen de sauver son quinquennat. Cette impression était sans doute exagérée, mais partagée par beaucoup, et pas seulement par les Gilets jaunes (GJ) dont la majorité, j'en suis sûr, l'écoutait. Elle créait comme une atmosphère dramatique que le visage grave, fatigué, du président ne démentait pas. Mais sans la tonalité désastreuse et crépusculaire de l'une de ses précédentes prestations.

En l'appréhendant à gros traits, il me semble qu'on pouvait distinguer quatre séquences dans la structuration de son allocution, d'inégale longueur mais toutes signifiantes.

La première traitait de la restauration de la tranquillité publique, du scandale des violences et des dégradations, de l'obligation de les réprimer sévèrement. Avec un mea culpa délicatement renouvelé : pour lui, c'était beaucoup.
Je regrette, pour ma part, s'il y a fait une allusion en évoquant l'attitude inconsidérée de certains politiques, qu'il n'ait pas davantage insisté sur le coup de force antirépublicain qu'avec l'exigence de sa destitution et de sa démission, des GJ excités prétendaient opérer.
Je déplore également qu'il n'ait pas directement dénoncé le colossal coût économique et social, la baisse  commerciale engendrés par ces manifestations dévastatrices à répétition.

La deuxième séquence se rapportait à une sorte d'inventaire consciencieux et douloureux de tout ce que les pouvoirs avant lui et le sien propre n'avaient pas perçu avec assez d'acuité et de vigilance. C'était une contrition habile de sa part qu'il noyait dans une responsabilité plus générale.



La troisième séquence concernait ce qui était attendu avec le plus d'impatience, sinon d'espérance de la part des GJ. En dépit de la déception de quelques-uns ou du doute d'autres retardant leur satisfaction jusqu'au moment de la réalisation concrète de ces engagements, les mesures ponctuelles proposées étaient claires, nettes, chiffrées et peu ou prou dans la lignée des revendications identifiables et plausibles. Hausse du SMIC de 100 euros, heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées, suppression de la CSG pour les retraites jusqu'à 2 000 euros, une prime exceptionnelle de fin d'année défiscalisée de la part des entreprises prêtes à l'octroyer. Il est à craindre qu'elles ne se précipitent pas.

Les maires étaient conviés miraculeusement à participer comme partenaires privilégiés à cette réflexion collective et à ces visées opératoires. On les avait négligés, ces derniers jours, au fort de la crise, ils s'étaient rappelés au bon souvenir du président.

La dernière séquence ressemblait, dans ses aspirations et son volontarisme répété, par son flou généreux et multiforme - par exemple l'immigration à "affronter" et la représentation démocratique du pays - à un nouveau projet présidentiel renvoyant dans un futur à moyen ou long terme la solution des défis que le harcèlement immédiat et quotidien des GJ n'avait pas rendu prioritaires.
Cette intervention convaincante, pour peu qu'on n'impute pas à Emmanuel Macron une mauvaise foi systématique, aurait sans doute dû placer sa première séquence à la fin en exposant d'abord les avancées et les propositions puis en assurant qu'elles n'auraient de sens que dans un cadre républicain, un dialogue démocratique, sans désordre ni violences.

Il était clair - nous en avons eu la preuve avec les premiers auditeurs de Sud Radio - que les GJ adopteraient une attitude contrastée à l'égard de l'exercice présidentiel. Les uns confiants et prêts à ne plus manifester, les autres toujours sur le pied de guerre. Il serait pourtant suicidaire de continuer ces expéditions mi-GJ mi-casseurs, les uns ayant vu leurs revendications légitimes satisfaites, les autres ne devant plus trouver d'opportunités pour saccager et piller. Il serait également tristement paradoxal de voir un combat contre une détresse sociale et un pouvoir d'achat médiocre provoquer, par ses déplorables et inutiles répétitions, les mêmes effets pervers chez d'autres non impliqués dans la lutte.

L'irresponsabilité et le maximalisme, la passion du désordre et de la violence qu'il permet ne devraient plus trouver dorénavant de grain à moudre. Je ne me dissimule pas pourtant que la haine de certains GJ à l'encontre d'Emmanuel Macron est plus forte que tout ; on ne veut pas être convaincu, on veut le chasser.
En tout cas, avec son allocution du 10 décembre, le président de la République aura enfin donné à la masse des GJ démocrates et respectables une occasion fondée de mettre fin à leur lutte.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.philippebilger.com/ 
 
(Mis en ligne le 14 décembre 2018)

 

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