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Dois-je m'excuser de travailler à Sud Radio ?

Référence de l'article : IJ7559
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,,(18 Mai 2019)

 

A plusieurs reprises, avec une bienveillance attristée, certains de mes commentateurs, me reprochant de dilapider ce qu'ils appelaient aimablement "mon talent", se sont au mieux étonnés de me voir travailler à Sud Radio.
Il m'a semblé que je leur devais une réponse et, au-delà d'eux, à ceux qui, me lisant et m'écoutant, pourraient douter de ma sincérité quand je parle de cette radio qui, à l'évidence, ne cesse pas de monter.

J'ai pu comprendre aussi l'agacement de quelques-uns à cause de mes références trop fréquentes à Sud Radio dans mes posts.
Je vais donc profiter de cette opportunité qui m'est offerte pour expliquer ma démarche et démontrer sa nécessité par rapport à ce que je suis, mon tempérament et mes priorités.

D'abord, qu'on veuille bien considérer que, n'ayant jamais répugné à dénoncer le pire, j'ai le droit qu'on ne mette pas en doute ma franchise quand elle décrira le meilleur. Mes appréciations pourront être jugées excessives, discutables, mais elles ne seront jamais mensongères, seulement inspirées par une comédie médiatique ou une hostilité commerciale de principe.
Que Sud Radio m'ait fait confiance, que j'espère mériter, a donné un cours inattendu à mon destin professionnel et j'en suis ravi.

Deux raisons fondamentales justifient mon adhésion convaincue à cette radio.

La première est qu'elle est populaire et authentiquement libre. Je n'éprouve même pas le besoin de me faire pardonner l'adjectif "populaire". Il n'a jamais été une honte, bien au contraire, et c'est l'honneur de cette radio que savoir être accessible à tous et parler pour tous. Si des élites réelles ou prétendues font la fine bouche face à elle, ce n'est pas la faute de Sud Radio, mais la conséquence d'un snobisme ou d'un mépris qui préfèrent ne jamais écouter de peur d'avoir à changer d'avis.



La liberté de ton et d'expression est indéniable qui permet de tout dire - jusqu'à la censure légitime qu'impose la loi ou sa propre conscience. Ce climat de liberté totale ne constitue plus les échanges, les dialogues, les contradictions et les controverses comme un espace qui serait sous la menace absurde d'une constante épée de Damoclès mais, au contraire, comme l'état naturel d'une radio qui a pour vocation démocratique de laisser parler, d'écouter, d'être aussi bien pour les sans voix que pour les voix officielles, une occasion unique de faire connaître et partager leur point de vue. Sans risquer d'être interrompues parce qu'elles ne seraient pas conformes.

Cette liberté, tous les médias prétendent en user, mais on sait bien, on sent intuitivement que beaucoup sont tenus dans le corset subtil ou ostensible de tous les "corrects" qu'on peut imaginer. Qui ne sera jamais, pour Sud Radio, celui de devoir taire, par décence ou lâcheté, un élément capital dans un débat, de ne pas jeter une pierre stimulante et provocatrice dans un jardin déjà substantiel. Cette liberté ne crée pas par elle-même la vérité mais, sans la première, la seconde ne serait, de toutes manières, pas possible.

Ma seconde motivation est précisément que dans un univers où tout a le droit de se penser, de se dire et de se confronter, où tous, sans condescendance ni mépris, ont la chance d'intervenir et de s'impliquer sur tous les tons, j'ai la faiblesse de m'attribuer une place pour, en particulier, l'importance de la nuance, la faculté de réfléchir contre soi, la qualité, je l'espère, du verbe et cette répugnance, qui peut frôler la gravité ennuyeuse, à tomber dans une vulgarité qui n'est pas forcément drôle. Il y a plusieurs familles au sein de l'esprit français et j'ai toujours préféré Sacha Guitry ou Raymond Devos à Jean-Marie Bigard, les jeux du langage, le dessus de la ceinture plutôt que le dessous.

Dans l'émission Les Vraies Voix à laquelle je participe chaque jour de 17 à 19 heures et qui progresse à proportion de son rythme et de l'écoute attentive de ceux qui offrent leurs lumières, je me vois ce rôle. Contre des auditeurs majoritairement hostiles au président de la République et favorables aux Gilets jaunes - voire Gilets jaunes eux-mêmes -, tenter d'instiller, s'il le faut, une contradiction, des infléchissements, de la mesure. Je n'ai jamais été dérangé par le fait d'être minoritaire, encore moins face à de sympathiques antagonismes.

Pour aller au fond, je suis exaspéré par la réputation usurpée de certains médias alors que Sud Radio est bien meilleure dans certaines de ses émissions. Je continue, pour n'évoquer qu'elle, à soutenir que sa Matinale, avec Patrick Roger aux manettes, l'emporte sur toutes les autres si on veut bien ne pas être circonvenu par les classements officiels. Didier Maïsto, le président de Sud Radio, soutient, pour son compte, la cause des Gilets jaunes avec fougue et constance et revendique une liberté d'expression dont je peux témoigner qu'il laisse Sud Radio la porter au plus haut.

Ai-je encore besoin de convaincre qui que ce soit ? Non, je n'ai pas à m'excuser d'être à Sud Radio. Pardon de dire que je m'y sens bien parce qu'elle est bien.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.philippebilger.com/
 
(Mis en ligne le 18 mai 2019)

 

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