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Comment je n’ai pas « questionné » Marine Le Pen

Référence de l'article : IJ7148
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(27 Octobre 2018)

  

Dans le cadre de mes entretiens vidéo "Philippe Bilger les soumet à la question", je devais avoir Marine Le Pen comme invitée le 30 octobre à 11 heures. Cela ne se fera pas, et il ne me paraît pas inutile d'expliquer pourquoi.

Au sortir d'un débat chez Jean-Marc Morandini, je fais part à Sébastien Chenu de mon désir d'interroger la présidente du RN en lui indiquant qu'à plusieurs reprises, mais sans succès, j'avais déjà proposé un tel dialogue. J'ajoute également que lorsque je m'abandonne à une pure curiosité et à la volupté de l'effacement pour laisser toute la place à l'autre, cela n'a rien à voir avec celui qui, engagé ailleurs, profite de sa liberté d'expression. Sébastien Chenu en prend acte et me promet de revenir vers moi dès qu'une décision aura été prise.

Il tient parole et m'annonce que Marine Le Pen accepte le principe d'un entretien et, dans le même mouvement, sans que j'y voie tout de suite malice, elle me convie à participer à une matinée à l'Assemblée nationale au sujet de laquelle j'ai peu d'informations : la date - 17 novembre -, le sujet, quelque chose comme "De la délinquance à l'ensauvagement", et un seul nom de participant dont d'ailleurs je ne raffole pas.

Parce que le thème m'intéresse et qu'immédiatement je me sens en mesure de développer mon point de vue sans que de mauvais esprits m'affilient au RN — de manière regrettable, au fil des années, j'ai été contraint de montrer patte blanche en affichant mon opposition nette de citoyen sans être en désaccord forcément avec ce qui relève de la sécurité et de la Justice et qui est si proche des positions vigoureuses des LR  —, je donne un accord de principe.

Quelques jours plus tard, après une réflexion approfondie, j'explique longuement à Sébastien Chenu par SMS les raisons qui me conduisent à décliner ma participation au colloque. La première tient à une crainte qu'on estime celle-ci comme le tribut que j'aurais eu à payer pour pouvoir questionner Marine Le Pen le 30 octobre. La seconde se rapporte à la certitude que ma participation au colloque rendrait caducs, biaisés et frappés de suspicion et de partialité, tous mes propos ou écrits sur le RN.

Un message téléphonique de Sébastien Chenu me communique la surprise de celui-ci et la possibilité que Marine Le Pen dans ces conditions ne se rende pas à mon invitation du 30 octobre. Car le colloque aurait été organisé pour moi et autour de moi : je ne suis pas dupe de cette importance qu'on me prête pour les besoins de la cause !



Je comprends alors que ce dont il n'avait jamais été question et qu'honnêtement j'avais évoqué se réalise : la politique du donnant-donnant. L'entretien, mais s'il y a le colloque !

Je réponds que mon seul souci est de savoir si Marine Le Pen sera présente ou non le 30 octobre.
Sébastien Chenu - parfait messager - ne traîne pas et m'annonce le refus de Marine Le Pen qui juge "cavalier" mon désistement pour le colloque et par rétorsion décide de me priver de sa présence le 30 octobre.

Je réplique que ce qui est "cavalier" est plutôt son abandon à elle. En proclamant ostensiblement qu'avec elle, on n'a rien sans rien !

Heureusement que tous ceux qui m'ont fait l'honneur d'accepter d'être questionnés par moi n'ont jamais eu le culte vulgaire d'une telle réciprocité. Une attitude très navrante.
Le RN est-il si peu sûr de sa dédiabolisation qu'il soit incapable de séparer l'utilité d'un dialogue approfondi et courtois avec sa présidente d'une "récupération" partisane ?
Ces péripéties ont eu pour heureuse conséquence de ne pas me faire regretter l'annulation du 30 octobre.
J'en pâtirai moins qu'elle.

Elle aurait eu, pour la première fois, sans aucune vanité de ma part, l'opportunité d'un entretien où elle n'aurait jamais été interrompue dans ses réponses et où ma seule motivation, sans éprouver le besoin médiatiquement cultivé de montrer animosité et antipathie de principe, aurait été de mieux la faire connaître politiquement et humainement. Paradoxalement, la partialité qu'elle subit réduit le champ et l'intelligence des questions. Elle aurait pu profiter d'une autre climat. Elle ne l'a pas voulu.Tant pis.
C'est dérisoire, mais cela en dit long sur le RN.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.philippebilger.com/

(Mis en ligne le 27  Octobre 2018)

 

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