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Ce que je pense d'Emmanuel Macron....

Référence de l'article : IJ6398
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écrit par Philippe BILGER,Magistrat honoraire, Président de l'Institut de la parole, Ancien avocat général à la Cour d'assises de Paris,(20 Octobre 2017)



Le 13 octobre, j'étais convié à débattre sur Emmanuel Macron et son entretien à venir dans l'excellente émission 24 heures Pujadas (LCI). Il m'a semblé que les autres invités m'ont écouté avec une sympathique ironie défendre, seul, la personnalité du président de la République et ne pas accabler les premiers mois de son quinquennat.
Après l'avoir entendu répondre durant plus d'une heure le 15 sur TF1 à trois journalistes qui n'ont pas démérité, j'estime qu'il a mis brillamment du sien pour servir ma cause.

Ils n'ont pas démérité mais en même temps ils ont eu du mal parce que le président, sans doute un peu par tactique mais beaucoup à cause de sa nature et de sa volonté pédagogique, ne leur a pas laissé beaucoup de place pour leurs interrogations même si en définitive tous les champs essentiels ont été abordés.
D'abord la vérité du langage et le langage de la vérité. Je ne dis pas que le président a forcément convaincu l'ensemble des téléspectateurs sur les sujets qui l'ont vu s'exprimer parfois assez longuement.

Mais la vérité, en tout cas, était sa finalité et on a pu d'autant plus s'en convaincre que son analyse sur ses propos absurdement controversés reliait bien son souci d'user du langage non pas comme d'une langue morte mais d'une manière parfois drue, vivante et familière à sa volonté de mettre au jour le réel sans se contenter des poncifs habituels. Il était paradoxal qu'Emmanuel Macron ait dû justifier l'emploi de vertus : liberté, sincérité, authenticité et proximité, dont en général le défaut est reproché aux titulaires du pouvoir par la classe médiatique.



Compréhension, élucidation, explication et démonstration. Quoi qu'on pense de l'exercice, il était clair qu'il était totalement éloigné de l'arrogance intellectuelle comme d'un quelconque narcissisme personnel. Il était limpide aussi que sa conception régalienne du pouvoir ne visait pas à sauter par-dessus les corps intermédiaires mais à offrir à un peuple en attente d'allure présidentielle cette chance. Ce qu'un président se doit, et ce qu'il doit au pays.

La psychologie la plus élémentaire permettait à elle seule de réduire à néant l'accusation de mépris et de condescendance que des observateurs mal avisés ressassent au sujet de son caractère. Arrogant, on l'est tout le temps tout entier ou on ne l'est pas. Absurde de confondre la sûreté intellectuelle, la force de l'affirmation avec un contentement éperdu de soi et la sous-estimation de ses concitoyens !

On s'est moqué de la pente gouvernementale qui répudiait le terme de réforme au profit de celui de transformation. Pourtant cet entretien a manifesté comme le président avait le désir de sortir la politique des aménagements, des retouches et des corrections à la marge pour engager la France sur des chemins plus ambitieux. Dans tous les pans fondamentaux de la vie nationale - emploi, formation, enseignement, sécurité notamment - j'ai relevé à quel point les réponses du président relevaient d'une dissection minutieuse et approfondie de ceux-ci, de leur structure, de leurs carences et de leurs dysfonctionnements pour y apporter des bouleversements radicaux et positifs qui en modifieraient l'esprit et amplifieraient les réussites.

Ce n'était plus de réformisme qu'il s'agissait mais de révolution si on veut bien considérer que cette dernière n'est pas nécessairement de feu et de sang mais d'acharnement à tirer du réel partout les enseignements extrêmes qu'il porte en son sein mais que ses prédécesseurs ne voulaient pas voir ou n'avaient pas le courage d'exploiter.

Contre la "jalousie" française qui déteste les riches pour pouvoir gémir sur les pauvres et au-delà des deux axes, des deux piliers - protéger et libérer - qu'Emmanuel Macron promeut pour la France, sur les problèmes du chômage, de la sélection, de l'ISF et des reconduites à la frontière, de l'adaptation à un monde qui change, je l'ai trouvé persuasif, en tout cas suffisamment global et maître de ses sujets, ni péremptoire ni sommaire, pour que l'espérance ne soit pas un vain mot. En revanche, pour la CSG et les retraites, il m'a semblé qu'il était plus mal à l'aise, un tantinet embrouillé comme s'il percevait lui-même, en parlant, qu'il y avait là une brèche évidente dans la volonté de justice et d'équité du gouvernement.

Après Nicolas Sarkozy, et surtout François Hollande, quel changement !

Je me doutais - son tempérament tout d'empathie le garantissait - qu'il aurait le ton qui convenait contre le harcèlement et le sexisme et j'ai aimé ses hésitations, presque sa maladresse verbale quand on l'a questionné sur la PMA. Sujet intime, personnel, de conscience, à appréhender tranquillement, avec un souci d'apaisement et de respect pour tous : critique implicite de la manière dont l'opposition au mariage pour tous a été malmenée...

Sur le plan international, alors que la facilité aurait été de vitupérer Donald Trump, j'ai apprécié l'entêtement dans une méthode qui cherche à embrasser, à comprendre, à ne pas faire souffrir d'une quelconque exclusion pour que le pire soit évité et le risque de mauvais choix écarté. Un humanisme non naïf, une première dans un monde fragile ?

L'ensemble des échanges n'étant pas dénué d'une forme de prudence de la part du président qui s'est bien gardé, se rappelant le chômage et François Hollande, de s'engager dans des délais précis qui font de l'effet à court terme mais à moyen ou long terme ne sont plus mentionnés qu'à cause de l'impossibilité de les respecter. Seulement a-t-on noté une référence à deux ans pour que la France ressente les bienfaits de ce qui est mis en œuvre aujourd'hui...

On me pardonnera d'avoir écouté avec attention cet entretien et de m'être senti fier - Nicolas Sarkozy et François Hollande ne m'avaient pas donné cette joie - d'être représenté par ce président et cette parole. Non pas le président des riches mais un président intelligent pour tous.

Demeure une ultime inquiétude que Jean-Luc Mélenchon a exprimée (Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro) tout en ne contestant pas la légitimité de l'élection de notre président. Il a soutenu que celui-ci l'avait largement emporté parce que la France refusait la victoire de Marine Le Pen mais que ceci ne valait pas adhésion majoritaire à son projet. Ceux qui auraient voté en faveur d'Emmanuel Macron n'auraient pas été forcément partisans de ce qu'il prévoyait pour la France. Ce n'est pas une querelle sans importance. Valide, elle serait de nature à compliquer la tâche de notre président.

Mais je reste dans ce que j'ai vu et entendu : nous avons un président rare et la République n'en sera pas honteuse.

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.philippebilger.com/ 
 

(Mis en ligne le 20 Octobre 2017)
 

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