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Affaire Urvoas Solère : Filochard et Ribouldingue font du droit

Référence de l'article : IJ6527
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écrit par Régis de CASTELNAU,Avocat, ancien vice-Président du Syndicat des avocats de France, Président d'honneur de l'Association française des avocats conseils des collectivités, Auteur de nombreux ouvrages, dont "Le fonctionnaire et le Juge pénal",(15 Décembre 2017)



 
Alors comme ça, le Garde des Sceaux, violerait ses obligations qui sont celles de diriger une administration chargée du contrôle du respect de la loi dans un État de droit. Ah bon ? Si l’on en croit les gazettes, Jean-Jacques Urvoas, récemment Ministre de la justice en exercice, aurait sollicité de ses services une information sur une enquête préliminaire en cours. Il en a le droit, et c’est ainsi qu’une note émanant du parquet de Versailles et « blanchie » pour que n’y apparaisse aucune référence est arrivée sur son bureau.

Elle concernait Thierry Solère, ci-devant parlementaire LR soupçonné d’avoir pris des libertés avec un certain nombre de règles fiscales et financières. Le ministre socialiste la lui a prestement adressée, mais cette fois-ci il n’en avait pas le droit ! Commettant à cette occasion une violation de la loi protégeant le secret de l’enquête. Bel exploit de la part d’un Garde des Sceaux. Et d’une !

Transmission dont Urvoas connaissait le caractère rigoureusement illicite puisque, soucieux de discrétion, il a utilisé la messagerie cryptée Télégramme, vous savez celle dont précisément raffolent les terroristes, car elle met leurs échanges à l’abri de la curiosité policière. Et de deux !

Et pourquoi cette faute lourde, doublée d’une infraction pénale ? Si l’on en croit les gazettes, pour permettre à Thierry Solère qui l’avait sollicité, d’organiser sa défense, et éventuellement de ne pas être gêné dans la mise en œuvre de la trahison politique de ses amis pour rejoindre les adversaires de la veille. Et de trois !

Sans illusion sur ce qui se passe dans les cuisines d’un État où il arrive que l’on prépare des tambouilles malodorantes, force est de constater que nos Filochard et Ribouldingue, par ailleurs grands pourvoyeurs de cours de morale, viennent de nous donner une jolie leçon d’exigence de probité à géométrie variable. En affichant un sentiment d’impunité nourri de la bonne conscience du camp du bien. Auquel Urvoas appartient depuis longtemps, et que Solère s’efforce sinueusement de rejoindre de préférence en gardant ses armes et ses bagages dès lors qu’ils sont lucratifs, comme l’a montré l’épisode de la questure.

Ajoutons quelques remarques, histoire d’épicer le plat. Jean-Jacques Urvoas, on nous l’a assez répété lors de son arrivée place Vendôme, est un fin juriste. Il aura du mal à plaider l’ignorance lorsqu’on lui demandera quelques explications sur sa fulgurante innovation visant à donner à l’enquête préliminaire un caractère contradictoire.
Le présumé receleur Thierry Solère nous avait déjà fait une démonstration de l’élasticité de ses convictions politiques, les malintentionnés prétendent que cette élasticité serait également présente dans ses pratiques fiscales et financières. Eh bien cette fois-ci, la violation à son profit de la loi par un ministre, adversaire politique par ailleurs, lui apparaît banale. 

Tellement banale, qu’il a pieusement conservé le message crypté sur son téléphone et que sa défense nous fait aujourd’hui savoir qu’en fait tout cela était légitime, puisque des éléments de l’enquête le concernant avaient été transmis à la presse, et publiés. Et pour compenser une violation du secret de l’enquête, il fallait en faire commettre une autre au ministre de la justice lui-même ! Normal on vous dit, où est le problème ? Une petite forfaiture ? Tout de suite les grands mots.

Continuons à céder à nos mauvais penchants, pour constater qu’en matière de justice politico-médiatique, le deux poids deux mesures règne en maître. Lors des polémiques sur les conditions fulgurantes, concertées et parfaitement inhabituelles, dans lesquelles avait été lancée l’opération judiciaire de destruction de la candidature Fillon aux présidentielles, dans un communiqué commun qui constituait une grande première, le Premier Président et le Procureur général de la Cour de cassation, pour justifier la célérité compulsive du Parquet National Financier, et du Pôle du même nom, nous avait expliqué qu’en matière de procédure pénale c’était chacun son rythme.
 
Concernant les soucis d’Urvoas et Solère, les faits sont connus depuis le 26 juin, et le parquet de Versailles les a transmis…le 5 décembre dernier au procureur général de la Cour de cassation qui a la compétence pour saisir la Cour de Justice de la République ! Tout doux, tout doucement, comme ça la vie, c’est épatant, nous disait Henri Salvador.

Mais non, chacun son rythme, nous répète-t-on. Et puis, ne soyez pas de mauvaise foi, regardez pour Richard Ferrand, le classement sans suite est arrivé très vite.
Vous voyez bien.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
http://www.vududroit.com/2017/12/affaire-urvoas-filochard-ribouldingue-droit/ 
 
(Mis en ligne le 15 Décembre 2017)
 

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