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Ouf ! De 47% d'emplois supprimés, on passerait plutôt à 34% de supprimés ou de modifiés

Référence de l'article : IG5388
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écrit par Alexis VARCAZ,(23 Mai 2016)

La Synthèse on line avait publié début avril 2016 un très intéressant article sur la disparition possible d’un grand nombre de métiers, et donc d’emplois, sous l’influence grandissante de l’automatisation, de la robotisation et de l’intelligence artificielle. Or, l’OCDE vient de publier la semaine dernière un résumé de l’analyse de plusieurs études ayant été réalisées dans un grand nombre de pays : USA, Union européenne, et Japon principalement. Parmi ces études, publiées pour la plupart entre 2010 et début 2016, figurait la « célèbre », car jugée un peu polémique, étude de Frey, C. et M.Osborne (2013), qui affirmait qu’aux USA, 47% des emplois seraient menacés par le tsunami technologique en cours.

Dans l’article publié le 1er avril 2016, Olivier Passet démontrait bien qu’il n’était pas vraisemblable que 47% des emplois seraient supprimés, même sans être un « Schumpeter-maniac ». Que x %, et même 47%,  des métiers et des emplois soient affectés, c’est sûr, mais ce n’est pas parce qu’un grand contenu de l’emploi ou du métier est affecté que l’emploi lui-même est totalement supprimé : il sera modifié de plusieurs manières, dont Olivier Passet fournissait quelques traits en prenant pour exemple son métier d’économiste :

« L’accélération numérique a fait ressurgir la grande angoisse de l’éviction de l’homme par la machine. Autrement dit du chômage technologique. Des travaux scientifiques récents ont tenté d’objectiver cette menace, trouvant un large écho dans les médias. Ceux de Frey et d’Osborne notamment, passant au crible 702 métiers aux États-Unis,  estiment que près de 47 % des métiers existants aux Etats-Unis seraient susceptibles d’être pris en charge par des machines intelligentes.  Répliqués dans d’autres pays, d’Europe du Nord notamment, ou en Israël, ces travaux donnent les ordres de grandeurs tout aussi impressionnants, compris entre 35 et 45 %. 

Il ne s’agit pas pour autant, pour ces auteurs de prédire que le volume de travail va diminuer inévitablement de 47 %, laissant sur le tapis l’essentiel de la classe moyenne. Confiant dans le processus de destruction créatrice, ils soulignent que ces tâches, prises en charge par des algorithmes peuvent être remplacées, sans que l’on puisse les lister encore avec précision, par des métiers de perception, de manipulation fine, d’intelligence créative et sociale. […]On se dit néanmoins, présenté ainsi, et compte tenu de l’accélération de l’histoire numérique, que la course de vitesse n’est pas gagnée d’avance. Même en étant Schumpeter-maniac, peu de chances que les compétences se réinventent à la vitesse du tsunami destructeur.

Et c’est peut-être là, qu’il faut prendre ses distances avec l’approche de Frey et Osborne aussi bien qu’avec la version édulcorée de la destruction créatrice, dans sa version simplifiée véhiculée par Philippe Aghion par exemple. Une vision binaire, où le vieux, inadapté, meurt, et peine à mourir parfois, et est remplacé par du neuf, tout beau, tout productif. Car se dire que 47 % de tout beau, tout neuf, mais tout petit aussi,  va surgir comme par enchantement, et compenser ce qui disparaît à brève échéance, déclenche nécessairement un certain désarroi.

Commençons d’abord par une petite introspection : le numérique a-t-il jusqu’ici allégé, vidé de sa substance notre métier, ou bien l’a-t-il complexifié et épaissi ? Si je me livre à cet exercice pour moi-même, et que je raisonne comme Frey et Osborne,  je dois me souvenir du temps où la moitié de mon temps était consacré à la saisine manuelle de données. Où la consultation de documents nécessitait l’accès à des bibliothèques physiques. Où les modèles rustiques, laborieusement élaborés, tournaient sur plusieurs jours à base de cartes perforées, etc… Je constaterai alors que Frey et Osborne auraient prophétisé  le risque de prise en charge à 90% de mon métier par des machines et sa perte de substance. Que s’est-il passé à la place ?L’accès aux données numériques a permis d’explorer les choses avec un degré de granularité beaucoup plus fin. La micro-économie et la formalisation mathématique ont pris leur envol etc…, bref mon métier s’est déplacé et s’est complexifié par hybridation, notamment avec les mathématiques. Je pourrais aussi me référer aux métiers de la finance, premiers touchés par le big bang numérique, et dont le nombre et la complexité ont explosé.
Cherchons l’erreur. Elle est simple.
Le numérique ne consiste pas seulement à automatiser le champ cognitif. Le numérique  multiplie les possibilités interconnections. Il crée des liens qui permettent d’hybrider les produits comme les métiers. Les métiers ne disparaissent pas nécessairement pour être remplacés, ils se recomposent, s’enrichissent grâce à la data, et s’inventent de nouvelles routines. C’est cela aussi le pouvoir du numérique, celui de mixer les choses, de la même manière que dans le domaine scientifique biologistes et chimistes finissent par accoucher de biochimistes. Certains métiers disparaitront ne le nions pas. Mais la plupart évolueront de façon incrémentale et gagneront plutôt en épaisseur

Bref, laissons tomber un peu Schumpeter, et rallions nous à Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…. Et se complexifie » [1].

C’est là que le travail de synthèse réalisé par l’OCDE, et  publié à la mi-Mai, apporte un ordre de grandeur de chiffrages possibles. Selon cet organisme, 9% des emplois disparaitraient "seulement", et 25% seraient directement affectés, car, pour ces emplois, comme dans l’exemple développé ci-dessus par Olivier Passet, 50% des tâches anciennes seraient automatisables.

Gouvernance mondiale : comment rassurer ?

Par conséquent, suggèrent les auteurs de l’étude, soit les personnes concernées sauront remplacer les 50% de « leur temps de travail supprimé » par des travaux nouveaux où leurs compétences et leur créativité feront que des nouvelles tâches seront, soit « non automatisables », soit « pas tout de suite », et ils garderont un emploi à temps complet, soit ils rejoindront les cohortes de ceux qui travailleront de plus en plus à temps partiel.

Cette étude de l’OCDE [2] comporte un tableau très intéressant, décrivant comment ont évolué les emplois :



Un gros regret : que le tableau ci-dessus n’ait pas été complété par le même tableau, mais en « évolution des salaires ». Il aurait été très intéressant de connaître, pour chaque silo, et notamment ceux de droite, comment ont évolué les rémunérations sur la même période. Car si les silos de droite voient leur rémunération moyenne s’effondrer, ce qui est le cas aux USA, pas la peine de s’interroger sur la stagnation actuelle et future des PIB au sein de l’OCDE, puisque la consommation représente plus de 70% du PIB des USA, de l’UE et du Japon….


__________________________________________
Notes:

[1] :http://www.lasyntheseonline.fr/micro-eco/gestion_et_management/le_numerique_va-t-il_vraiment_detruire_47_des_emplois,31,5262.html

[2] : pour accéder à l’étude de l’OCDE“Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique”, Synthèses sur l’avenir du travail, Éditions OCDE, Paris », merci de cliquer sur le lien situé en bas de cette page.

(Mis en ligne le 23 mai 2016)

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