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La Mondialisation à bascule

Référence de l'article : IG3297
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écrit par Olivier PASSET,XERFI

Une fois n’est pas coutume, les pays avancés tirent la reprise. Les dernières projections du FMI le confirment.

L’accélération prévue de la croissance mondiale, de près d’un point entre 2013 et 2015, sera principalement le fruit de la reprise des pays avancés.

On avait pris l’habitude depuis quelques années de présenter les émergents

comme les locomotives de la croissance mondiale. Ce n’était pas faux en termes de contribution. Mais étaient-ils vraiment les locomotives des pays avancés ? Longtemps a prévalu, pour nombre d’économistes,

l’idée que l’incorporation de composants à faible coûts dans les chaines de valeur ne pouvait être que bénéfique. La mondialisation n’était pas coupable, pour paraphraser Paul Krugman.Le débat est relancé aujourd’hui aux États-Unis, où la prise de conscience des dégâts collatéraux occasionnés par l’ouverture des échanges, et notamment par l’entrée de la Chine dans l’OMC, avance à grand pas. En témoigne d’ailleurs le récent camouflet de Barack Obama au Sénat, lorsqu’il a tenté d’obtenir la pleine autorité sur la négociation des nouveaux accords de libre-échange transatlantique et transpacifique. Son propre camp a considéré qu’il y avait danger à avancer sur ce terrainau moment où le débat politique se concentre sur la stagnation des salaires. Alors que de plus en plus d’éléments empiriques confirment l’impact de libéralisation des échanges sur la montés des inégalités de revenu et sur la destruction massives d’emplois industriels. 

Basculement des idéologies et basculement de la croissance. Voilà d’ailleurs quelques années que la croissance mondiale fonctionne par vases communicants plus que par effet d’entraînement.

La crise ou le ralentissement des uns semblant faire le bonheur des autres et réciproquement. En 1997 déjà, la crise des émergents avait redonné une bouffée d’oxygène à la reprise des pays avancés. En 2000, le krach des pays développés avait fourni un coup de starter aux pays émergents, dopés par la réorientation des capitaux. Dans les années 2000, la folle accélération des émergents avait mis à la peine la croissance des pays avancés, en lutte sur des marchés internationaux submergés de produits low cost. Aujourd’hui c’est la reprise du monde développé qui révèle les fissures et les insuffisances des modèles émergents de développement.Le paradigme de l’après-guerre est bien fini. Selon lequel, c’était par le marché des marchandises que s’opérait la transmission de la croissance. Plus de croissance aux Etats-Unis, c’était plus d’exportations pour les autres et une contagion positive à travers ce que l’on appelait le multiplicateur du commerce international.

Dans un monde où les flux financiers représentent plusieurs dizaines de fois les flux de marchandises, les transmissions sont autres. La croissance du leader détourne les capitaux des autres économies. Ce jeu provoque des crises à bascules, soit au sein du monde développé, soit au sein des émergents.

A ce jeu la croissance a aujourd’hui changé de camp.

Et le mouvement de rattrapage des pays émergents, qu’on le mesure en volume ou surtout en valeur (baisse des monnaies et guerre par les prix aidant) a pris du plomb dans l’aile. Autrement dit, penser la croissance mondiale et le rapport de force entre les régions en extrapolant les tendances des années 2000 serait plus que jamais une erreur.

(Rédigé le 7 Février 2014)
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