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Les 5 inégalités les plus criantes reprochées (à tort ?) à l'Union Européenne

Référence de l'article : IG5484
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,(9 Juillet 2016)

L’opinion publique ne témoigne plus du désintérêt envers l’Europe et ses intuitions, mais carrément de l’hostilité. En cause, cinq grandes lignes de fractures. La première, la divergence des dynamiques économiques ne rapproche plus les niveaux de vie entre les partenaires, mais les éloigne.

Il y a pourtant bien eu un rattrapage de la périphérie des années 90 jusqu’au milieu des années 2000, notamment des pays du Sud, comme le montre l’évolution du PIB par habitant de la Grèce, de l’Espagne ou de l’Italie, par rapport à celle de l’Allemagne. La crise de 2008 montre que ce n’était qu’un feu de paille reposant, pour certaines économies, uniquement sur la formation de bulles. Le réveil est très brutal : pour les Grecs, c’est le retour à la case départ ou presque ; la trajectoire est similaire pour l’Italie ; quant à l’Espagne, elle s’en sort à peine mieux.  Surtout, la capacité de rebond de ces économies a largement été entamée avec la concentration de l’industrie dans un petit nombre de pays principalement situées au Nord. Les autres fractures sont internes aux pays européens avec ce trait commun : la majorité, voire tous, sont concernés, même si c’est à des degrés divers. Il y a d’abord la montée des inégalités de revenus et de la pauvreté.

Pour évaluer la montée des inégalités, l’indicateur choisi est la mesure dite « S80/S20 », qui rapporte la masse des revenus détenus par les 20% les plus aisés à ceux détenus par les 20% les plus pauvres.  Un indicateur qui passe de 4,7 à 5,2. En d’autres termes, la part des revenus totaux détenus par les ménages les plus riches est 5,2 fois supérieure à celle détenue par les 20% les plus pauvres et l’écart se creuse notamment sous l’effet de la part croissante des revenus détenue par les 1% les plus riches. Si l’on ne peut parler à proprement parler d’explosion des inégalités, cette tendance de fond recouvre un autre phénomène inquiétant : le surplace des classes moyennes, qui bénéficient moins que par le passé, des fruits de la croissance. Autre fracture, la montée de la pauvreté.

17,2% des Européens, soit plus de 86 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté (aides sociales comprises) si l’on retient le seuil à 60% du revenu médian national.C’est 5 millions de plus environ par rapport à 2006, en hausse de 6,4%. Mais il y a plus inquiétant encore. En retenant maintenant le seuil à 40% du niveau de vie médian national, c’est-à-dire en se focalisant sur la grande pauvreté, la progression est près de deux fois plus rapide, en hausse de 11,5% sur la même période, soit l’équivalent de 3,2 millions de « très pauvres » supplémentaires. Petit rappel, en mars 2010, l’UE s’était fixé comme objectif à l’horizon 2020 de réduire de 20 millions le nombre de pauvres par rapport à 2008. Et il ne faut pas croire que le problème se concentre uniquement dans le Sud. En Allemagne, malgré une économie beaucoup plus robuste que la moyenne européenne, le taux de pauvreté progresse dangereusement et atteint désormais 16,7% de la population, soit plus de 13 millions de personnes.

C’est un million de plus depuis 2008. Et oui, l’Allemagne fabrique aussi des pauvres en masse, c’est la face obscure des mini-jobs, de la montée du temps partiel et des contrats temporaires. Une autre fracture, territoriale, est également apparue eu fil du temps, celle qui coupe les territoires ruraux des grands centres urbains. Eurostat a estimé les PIB par région européenne en standards de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en prenant en compte les écarts entre les niveaux de prix nationaux. Sans surprise, les régions les plus prospères sont celles qui s’articulent autour d’une grande ville.

En tête de classement, le centre du Grand Londres « l’Inner London », où le PIB par habitant s’établit quasiment à 86 400 euros. C’est 3,25 fois plus que la moyenne européenne qui pointe à 26 600 euros. Viennent ensuite, la région de Luxembourg (68 500 euros) et de Bruxelles (55 100).  En fait parmi les 10 premières régions, 7 sont des régions capitales. Bien entendu, ce classement est biaisé du fait des flux pendulaires ou des « navetteurs », c’est-à-dire ces travailleurs qui exercent leur activité dans une région et qui vivent dans une autre. Cela gonfle artificiellement certains résultats, notamment celui de Londres. Mais l’important n’est pas là. C’est juste un marqueur de l’écart croissant entre le dynamisme des grandes métropoles et le reste du territoire. Comment s’étonner alors qu’une partie de la population se sente fortement lésée et mise hors-jeu au sein de chaque pays. Autre ligne de fracture, jeune – senior.

Premier témoin de ce divorce, le taux de chômage. Bien entendu c’est structurel, le taux de chômage des jeunes (ici les 20-24 ans) est plus élevé que celui des seniors, c’est-à-dire les 50 – 64 ans. En 2008, les taux correspondants sont respectivement de 13,9 et 5,5%.  En 2015, les niveaux sont passés à 19,1 et 7,1%. En d’autres termes, l’écart entre les deux s’est creusé en valeur absolue comme en valeur relative et tous les indicateurs, notamment concernant la qualité des emplois montrent un déclassement d’une partie de la jeunesse.  Montée des inégalités, de la pauvreté, divergence de dynamique des niveaux de vie entre les pays, mais aussi au sein d’un même territoire entre zones rurales et métropoles, entre les jeunes et les seniors, l’Europe est fracturée et pour beaucoup elle n’est pas la solution, mais vécue à tort comme le problème.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Ces-5-lignes-de-fractures-qui-peuvent-disloquer-l-Europe_3647.html 
 
(Mis en ligne le 9 juillet 2016)

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