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La France face au Tsunami NBIC : lettre ouverte aux candidats à la Présidentielle

Référence de l'article : IG5429
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écrit par Laurent ALEXANDRE (*), Thierry BERTHIER(**) et Bruno TEBOUL(***),(Voir les biographies résumées en bas de page),(15 Juin 2016)

Un débat politique d’envergure est devenu nécessaire pour réfléchir sur les conséquences, positives ou négatives, de la convergence des NBIC : entre le « tout transhumaniste » cher à la Silicon valley et notamment à Google, et le « statu quo » excessivement prudent des bioconservateurs, notamment français, un juste milieu doit être trouvé, ne serait-ce que pour répondre aux exigences géopolitiques ou militaires qui affecteront les Pays qui resteraient trop frileux. Il s’agit clairement d’un débat de souveraineté, à la fois pour la France ET pour l’Europe continentale. Au-delà des aspects géopolitiques ou militaires, il ne faut pas sous-estimer les aspects économiques, car les emplois de ces filières NBIC feront partie de surcroît des (trop) rares emplois de demain à forte valeur ajoutée (NDLR).

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A une année de l'élection présidentielle, les candidats définissent leur stratégie. C'est ainsi le meilleur moment pour les appeler solennellement à intégrer au sein de leurs programmes les enjeux et défis sociétaux engendrés par la convergence des NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, Sciences cognitives). Les progrès réalisés dans les quatre grands domaines NBIC dessinent désormais une interconnexion entre les sciences et les technologies de l’infiniment petit (particules élémentaires), la fabrication et la transformation du vivant (gènes), les machines et systèmes apprenants  (intelligence artificielle et apprentissage automatique) et l’exploration du cerveau animal et humain (neurones). Ces champs scientifiques et technologiques multidisciplinaires en plein essor nous obligent à repenser la condition de l’homme, initialement voué à la finitude et la déchéance physique ou mentale. La convergence NBIC repousse des limites que l'on croyait figées et permet d’envisager aujourd'hui de combattre efficacement les maladies chroniques et le vieillissement.  Elle introduit aussi le concept d’homme « augmenté » par l’utilisation d’artefacts exogènes (prothèses, exosquelettes…) ou bien par l’implantation de neurochips (ou prothèses neuronales, pour traiter certaines maladies cérébrales).

En transformant l'homme et son environnement, la convergence NBIC ne peut  être réduite à une simple révolution "Schumpetérienne" de type "destruction créatrice". Elle provoque un véritable changement de civilisation qui s'inscrit  comme une rupture darwinienne sur l'échelle de notre évolution. Nous vivons aujourd'hui cet instant "darwinien" où l'homme peut agir sur sa condition, sa longévité et son biotope, pour le meilleur ou pour le pire. Lors des précédentes ruptures darwiniennes, les espèces devaient s'adapter ou disparaitre. Désormais, l'espèce humaine est en mesure d'influencer sa propre évolution et tient entre ses mains sa destinée.

Trop discret pour l'instant, le débat sur les NBIC oppose deux postures idéologiquement  irréconciliables.

D'un côté, on retrouve une pensée transhumaniste venue de la Silicon Valley qui a tendance à sous-estimer les turbulences induites par les NBIC et fait souvent preuve d'une forme de déni face à la complexité des enjeux. En un mot, les transhumanistes américains s'embarrassent peu des questions éthiques ou sociétales liées aux changements disruptifs qu’ils promeuvent.

A l’opposé, les bioconservateurs cultivent un refus systématique du progrès technologique, sur des peurs irrationnelles et des fantasmes idéologiques qui déforment les problématiques. La France est d'ailleurs le seul pays à craindre à ce point les dérives transhumanistes, ce qui la fait passer à côté d'une réflexion de fond sur ces enjeux. Un débat politique est indispensable pour relever les défis scientifiques, économiques, géostratégiques, philosophiques et éthiques de la révolution NBIC. Leur maîtrise  déterminera les chances de réussite de notre nation dans  une compétition mondialisée qui redistribue les cartes en permanence. Comment rééquilibrer l’emprise grandissante des géants Google, Apple, Facebook, Amazon sur le numérique, la robotique et l’Intelligence Artificielle ? De quelle marge de manœuvre disposent l'Europe et la France pour répondre à une suprématie technologique et à une domination américaine sans partage ?  Comment les NBIC peuvent-elles transformer nos industries vieillissantes et fournir un élan économique utile aux générations futures ? Comment créer des filières de formations transdisciplinaires aux NBIC, pour faire éclore les métiers de demain, à l’ère de la technomédecine, des data sciences et des neurosciences ? Comment accélérer la recherche fondamentale et appliquée dans le domaine des NBIC, où les universitaires américains et chinois excellent, en publiant des articles dans les plus prestigieuses revues scientifiques internationales ? Comment maintenir l'Europe dans la course tout en conservant un seuil minimal de souveraineté numérique ?

Le prochain quinquennat devra être celui de l'orientation technologique des politiques publiques à toute échelle et pour tous les citoyens. La France ne peut plus sous-estimer les effets et les turbulences engendrés par la convergence NBIC. La montée en puissance de l'intelligence artificielle et de la robotique n'impactera pas seulement les joueurs de Go, mais bien l'ensemble des acteurs économiques de la nation. Aucun secteur, aucun écosystème ne pourra faire l'économie d'une adaptation rapide aux mutations technologiques. La révolution NBIC va modifier en profondeur le marché du travail,  la finance, l'industrie, l'économie, la santé publique, l'éducation, la recherche et  la défense nationale. Chaque Ministère du futur gouvernement devra accompagner et gérer des ruptures technologiques qui détruiront les consensus et les équilibres traditionnels. Face à ces ruptures, la France doit mener un combat exemplaire pour s’adapter. Il faut désormais que les candidats s'interrogent et nous interrogent sur l'avenir technologique de la Nation : allons-nous subir la révolution des NBIC ou au contraire, agir et profiter de ses innovations et du développement économique qu’elle entraine ? C'est finalement la question principale qui devrait guider la rédaction d'un programme politique pour 2017. La société civile, quant à elle, ne peut plus rester à l'écart de l'action politique. Les entrepreneurs, les innovateurs, les créateurs de progrès, les chercheurs, les enseignants, les médecins seront les réels artisans du prochain quinquennat. Ils contribueront au succès de la Nation, ou à son déclin, s'ils ne sont pas entendus par le pouvoir. Ainsi, le chômage des jeunes, longtemps considéré comme une fatalité comptable, doit aussi être combattu sur le terrain de la formation et de l'orientation vers les nouveaux métiers technologiques. Pour profiter réellement de la révolution NBIC, notre pays devra apprendre à surmonter ses corporatismes et transcender les clivages politiques traditionnels. C'est à ce prix que la France construira et confortera sa place dans la compétition mondiale. Elle développera alors une économie de la connaissance favorisant son industrie et les nouvelles formes de travail à l’ère numérique, en exploitant les forces de la convergence NBIC.
 
Notes sur les auteurs de cette Tribune:

(*) Laurent Alexandre, né en 1960,  chirurgien, urologue, diplômé de Sciences Po, MBA de HEC, ancien élève de l'ENA. Co-fondateur du site Doctissimo, Président-fondateur de DNA Vision, Membre du Siècle, auteur de plusieurs ouvrages, dont "La mort de la mort " en 2011.

(**) Thierry Berthier, né en 1966, Docteur en Mathématiques (théorie algébrique des nombres), et Maître de conférences à l'Université de Limoges. Enseigne la cryptographie, la théorie des graphes et les probabilités. Effectue ses recherches au sein de la Chaire de Cybersécurité & Cyberdéfense Saint-Cyr-Thales. Membre de l'Institut Fredrik Bull (comité Prospective du Numérique). Ses travaux de recherche portent notamment sur la cyberstratégie, l'étude des contextes de concurrences et de duels algorithmiques, sur le cyberespace, ainsi que sur le hacking d'influence.

(***) Bruno Teboul, DEA de l'X, EHESS, MBA de HEC, directeur scientifique R&D et Innovation du Groupe Keyrus, Membre de la Chaire Data Scientist de l'X, enseignant à l'Université de Paris-Dauphine, auteur du livre "Ubérisation = économie déchirée ?" (Editions Kawa, 2015).

 
(Mis en ligne le 15 Juin 2016)
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