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La France face à l'intégration productive de l'Allemagne

Référence de l'article : IG3704
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écrit par Olivier PASSET,XERFI

Nous l’avons maintes fois dit au fil de vidéos et d’articles. L’Europe qui se voulait un vaste projet intégrateur au service du rattrapage des économies et de l’harmonisation fiscale et sociale, vire au fil des années à l’inféodation de la périphérie par le cœur. Le donneur d’ordre rhénan met peu à peu au pas le reste des régions pour l’intégrer à sa chaîne de valeur, avec pour seule alternative de l’approvisionner à faible coût ou de disparaître. J’aimerais vous convaincre en quelques chiffres que cette lecture inquiète de la dynamique industrielle européenne, même si elle est simplificatrice, correspond à une réalité forte .

Lorsque l’on parle de polarisation industrielle,

il est bon d’avoir en tête l’hyper-domination allemande sur quelques secteurs stratégiques. L’énumération parle d’elle-même. L’Allemagne, c’est 53 % de la valeur ajoutée européenne dans l’automobile en 2011. La France 5%, c’est 46 % dans les équipements, la France 7, c’est 34 % dans l’informatique et  l’électronique, la France 6, c’est 33% dans la Chimie, la France 13, 31 % dans la plasturgie, la France 12, 30% dans la métallurgie, la France 11. Voilà aujourd’hui les écarts entre la première et la seconde industrie d’Europe.

Il faut ensuite avoir en tête ce qui est au cœur de la machine à exporter allemande. L’Allemagne c’est

aujourd’hui  51- 52 % d’exportation de biens et de services par rapport à son PIB, mais c’est surtout 45-46 % d’importation.  C’est considérable pour une économie de grande taille. En France ces ratios sont respectivement de 27 et 29 %.  (Slide 3) Mais si l’on regarde maintenant la part de la valeur ajoutée produite sur le territoire et exportée, le ratio n’est plus de 52 mais de 26 %. Autrement dit l’industrie allemande est une formidable machine à intégrer les composants du reste du monde, pour y ajouter sa valeur propre,  la valeur de la marque allemande.

Lorsque l’on regarde maintenant

la hausse des importations par origine géographique, que voit-on ? Que les hausses les plus fortes depuis 2007 sont observées dans les PECO, les pays émergents d’Asie, les Pays-Bas, pays de transit des matériaux venus du reste du monde, l’Amérique du Sud, le Portugal, la Turquie.

Autrement dit, les plus fortes progressions sont observées dans les pays à faible coût du monde ou d’Europe.

C’est bien ce que montre la corrélation suivante : Les taux de croissance des importations décroissent plus l’on se rapproche de pays à coûts du travail élevé.

Concentration et capacité d’intégrer sont les avantages compétitifs de sa périphérie européenne et des émergents. Voilà pour simplifier ce qui fait la force du cœur rhénan.

La France ne peut plus aborder sa stratégie industrielle  en faisant abstraction de sa position de challenger.  Tout l’enjeu pour la France est bien d’inverser le sens de l’histoire dans une union monétaire qui renforce inexorablement la polarisation industrielle autour d’une puissance centrale. D’éviter la vassalisation économique face à un pays qui détient les atouts majeurs pour intégrer ses partenaires dans une plateforme de production servant ses intérêts néo-mercantilistes. Les alliances, le plus souvent extra-européennes, un déplacement vers des spécialisations différentes ou complémentaires à celles de l’Allemagne, l’appui de l’État seront nécessaires pour aborder ce rapport de force dont on ne prend pas aujourd’hui suffisamment en compte de caractère inégal.

Nota : cet article est également disponible en version video :
http://www.xerficanal.com/emission/Olivier-Passet_La-France-face-a-l-integration-productive-de-l-Allemagne_1625.html

(Mis en ligne le 6 Juin 2014)
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