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La crise Chinoise met l'Europe face à ses responsabilités mondiales

Référence de l'article : IG4802
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écrit par Olivier PASSET,Directeur des Synthèses,XERFI (28 Août 2015)

La dégringolade de la bourse de Shanghaï ne peut étonner que ceux qui n’ont pas vu l’épuisement inexorable du modèle de croissance extraverti de la Chine. Elle est aussi le révélateur de la fin d’un phase de la mondialisation où les firmes multinationales voyaient dans les pays émergents un stimulant de leur offre par la baisse des coûts de production, et un catalyseur de la demande avec de nouveaux débouchés. Mais les émergents sont en panne et le monde a rebasculé vers les pays occidentaux avancés....


Pour autant, pour avoir joué le jeu de la mondialisation sauvage, nombre de pays avancés se sont englués dans des politiques d’offre dont on voit aujourd’hui le caractère vicieux. La généralisation à l’ensemble des pays d’un modèle de croissance exclusivement extraverti, consistant à mobiliser les armes de la dévaluation interne et externe sape in fine la demande mondiale et étend le problème de la déflation rampante. La crainte d’une japonisation du monde qui pointait en 2008, est bel et bien en train de se concrétiser.

La déstabilisation chinoise sanctionne ensuite l’impasse des stratégies non coopératives de résolution de la crise. La stratégie du chacun pour soi, qui consiste à se refaire une santé sur le dos des autres a provoqué un autre cercle vicieux, qui ne fait que déplacer le problème du déficit de demande mondiale sans jamais le résoudre, chacun dévaluant à son tour.  Et au sein même de l’Europe, les pays ont opté pour ce mode de résolution de crise, essayant de reprendre pied à base de dévaluation salariale et fiscale. Mais dès qu’une zone économique va mieux, parce qu’elle siphonne une demande mondiale en décélération, elle met en difficulté une autre région du monde.

La panne de l’eldorado chinois et des pays émergents met aussi les firmes multinationales face à un virage stratégique majeur : il leur faut revenir d’urgence vers les pays avancés pour retrouver des relais de croissance et maintenir la profitabilité. Or ces stratégies de recentrage s’inscrivent dans un environnement occidental marqué par des taux d’intérêt historiquement bas et l’absence de vrai moteur pérenne de demande. Dans ce contexte, la stratégie des grandes entreprises ne peut qu’accorder la priorité à la consolidation du système productif par une fuite en avant dans les fusions-acquisitions. Ce n’est pas bon pour la demande, ce n’est pas bon pour la croissance. Cela signifie de nouvelles destructions de capacités de production, cela signifie de nouvelles érosions de la demande. On voit ici les limites extrêmes, voire les effets pervers, des politiques monétaires accommodantes.

On voit là l’immense danger pour l’Europe de s’acharner à contribuer à déprimer la demande mondiale. Bien au contraire, c’est maintenant à son tour de prendre le relais des Etats-Unis, qui ne peuvent pas rester la seule locomotive de la croissance. Sous cet angle, l’Europe porte une lourde responsabilité : car elle est, pour les années à venir, la seule région capable de stimuler la croissance mondiale. 

Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.lasyntheseonline.fr/idees/gouvernance_europeenne/la_crise_chinoise_met_l_europe_face_a_ses_responsabilites_mondiales,31,4802.html      

(Mis en ligne le 28 Août 2015)        
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