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Face aux GAFA, l’Europe peut-elle faire le poids ?

Référence de l'article : IG4947
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écrit par Farid GUEHAM,(6 Novembre 2015)
 
 
 

L’Europe peut-elle rivaliser avec les 4 fantastiques de la Silicon Valley, Google, Apple, Facebook et Amazon ?

Entre l’incantation, la formule magique et le mauvais sort, l’acronyme GAFA nous parle bien d’un conte de fée : celui du miracle californien de l’innovation digitale. C’est l’histoire des 4 fantastiques de la Silicon Valley, Google, Apple, Facebook et Amazon. Ces géants du net qui sont aussi devenus les symboles moins reluisants de l’emprise du numérique sur nos vies. Lorsque Google répond à toutes nos questions, Facebook vient à la rescousse de nos vies sociales et Amazon nous livre le produit que l’on souhaite, quand on le souhaite. Avec Apple et son « cloud », nous nous sentons tous nomades, mobiles, mais toujours connectés.

Les GAFA : ces nouveaux écosystèmes qui fascinent autant qu’ils inquiètent 

Les géants semblent hors de contrôle : le quatuor pèse désormais plus lourd que l’ensemble des entreprises du Cac 40 : 1675 milliards de dollars pour les GAFA contre 1131 milliards de dollars pour les entreprises du Cac 40. Leur taux de croissance dépasse même celui de la Chine. Mais dans l’ère de la disruption, l’innovation est cannibale et les GAFA sont à deux doigts de passer de mode, menacés par les nouveaux maitres du monde, les « NATU », comprenez Netflix, Airbnb, Tesla et Uber. Pour Éric Sadin, auteur de « la vie algorithmique », « ce qui lie les GAFA, c’est une vision du monde ; plus encore que de vendre des services, il s’agit de conduire les existences et d’instaurer un assistanat algorithmique de nos vies. Avec les Google Glass, ce qui est à l’œuvre, c’est une vision d’accompagnement de l’existence […] Google Robotics l’a bien compris en étendant l’accompagnement à d’autres domaines ».

Face à l’expansion des GAFA, l’Europe veut fixer des limites 

Car depuis plusieurs années, l’Europe se montrait fataliste, acceptant la domination américaine lorsque la Chine, avec Baidu, ou Alibaba, ou la Russie avec Yandex, favorisaient l’essor de leurs champions nationaux, capables de faire face à l’hydre à quatre têtes. Et malgré les amendes déjà imposées par Bruxelles, la défense européenne n’est pas des plus efficaces. Depuis 2010, la donne change et depuis l’arrivée de la nouvelle commission en 2014 : la résistance à l’offensive numérique américaine est assumée. Dans un courrier commun envoyé à l’automne dernier à la Commission européenne, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron et son homologue allemand Sigmar Gabriel ont de nouveau sollicité Bruxelles, pour la mise en place urgente d’un « cadre réglementaire assurant une concurrence équitable entre les acteurs numériques ». Un courrier qui ne fait pas franchement écho aux positions d’Emmanuel Macron au niveau national. Car pour ce qui est de l’économie nationale, le ministre se revendique clairement d’une doxa qui fait de l’innovation le vecteur suprême de la croissance, contre laquelle on ne peut rien, celle qui faut encourager R&D et laisser-faire, coûte que coûte.

L’Union européenne semble enfin vouloir se doter d’une véritable politique numérique. Dans les priorités affichées de cette nouvelle mandature, un « Marché unique numérique », porté par le Commissaire Günther Oettinger. Le but serait d’harmoniser les réglementations européennes afin de lever les blocages qui empêchent l’émergence d’un champion européen du numérique. La guerre est ouverte : car il n’y aura pas de marché unique du numérique sans régulation des télécoms, sans défense du commerce transfrontalier et sans protection  des données personnelles. Pour faire court, pas de marché unique sans contrôle de tout ce qui fait la puissance et la richesse des GAFA.
 

Margrethe Vestager : la dame de fer du numérique européen

En attendant l’avènement du marché unique européen, les GAFA ne sont pas ménagés. La nouvelle Commissaire européenne en charge de la concurrence, Margrethe Vestager en a même fait sa bête noire. En l’espace d’un an, la commissaire danoise est devenue la terreur de géants du net. En avril dernier, elle a porté un coup dur à Google, débloquant une procédure d’enquête pour abus de position dominante, qui traînait depuis 2010. Une première : le célèbre moteur de recherche s’est vu accusé d’avoir enfreint la loi antitrust en favorisant ses propres services de shopping au détriment de ceux des services commerciaux de ses concurrents.
 

L’axe Franco-allemand, colonne vertébrale du numérique européen


Le réveil du politique est pour le moins tardif : mais pour la France comme pour l’Europe, reprendre la main sur le destin numérique est possible. Les donneurs d’ordres, tant publics que privés, semblent enfin réagir face au pouvoir disruptif du numérique. Et ces dernières semaines, cela s’est traduit par plusieurs actualités internationales fortes : propositions de l’OCDE pour lutter contre l’optimisation fiscale, accord politique de l’UE sur la transparence des taxes rulings (accords fiscaux secrets entre une entreprise et une administration fiscale) au sein des États membres et enfin le jugement de la Cour de justice européenne qui invalide le transfert de données personnelles d’internautes européens vers les États-Unis (cas du Safe harbor). Il faut également saluer la tenue de la conférence numérique franco-allemande, annonçant la mise en œuvre d’une coopération bilatérale, pour accélérer la transformation numérique de l’économie.
 

Ce que prévoit la coopération Franco-allemande pour l’économie numérique


À cette occasion, les PDG de Publicis, Maurice Lévy, d’Orange, Stéphane Richard et Gerhrad Cromme, le président de Siemens, ont signé la création d’un nouveau fonds d’investissement du numérique doté de 500 millions d’euros. Qwant, le  « Google européen » va obtenir 25 millions d’euros. La Banque européenne d’investissement (BEI) a, quant à elle, annoncé son soutien à la startup franco-allemande Qwant à hauteur de 25 millions d’euros.L’Allemagne et la France veulent jouer le rôle de moteur déjà endossé dans d’autres secteurs et ainsi définir un cadre adéquat pour un marché unique ouvert, qui permettrait par exemple aux startups de croître pour devenir des acteurs d’envergure européenne. Enfin, la numérisation de l’économie va entraîner une modification des conditions de travail et des compétences. Cette transformation offre l’opportunité de favoriser l’emploi. Elle doit être anticipée, comme c’est le cas avec la création de l’Académie franco-allemande de l’industrie du futur (Mines-Télécom / Technische Universität München). Question big data : la France et l’Allemagne souhaitent également créer un label pour garantir la sécurité et l’intégrité des données stockées sur le cloud, à distance. Objectif : renforcer la confiance du grand public envers ce type de solutions. Le moteur franco-allemand donne le La, mais combien d’assauts faut-il attendre de la part des GAFA avant que le concert des nations européennes ne parvienne à jouer la partition ? « Nous avons besoin d’innover davantage et plus vite […] et d’un marché unique européen, en apportant des réponses à 28, des régulations à 28 »,  soulignait Emmanuel Macron, appelant à plus de réactivité.
 

Déclarer la guerre au GAFA ? L’Europe s’en défend


Bruxelles n’a pas intérêt à déclarer la guerre aux géants du web ? L’UE tente avant tout de protéger ses intérêts et ceux du consommateur. Elle aurait du le faire depuis bien longtemps. Mais les GAFA sont aussi nécessaires pour l’économie européenne. Google, Facebook, Apple et Amazon, stimulent l’innovation et encouragent la création de richesse grâce à leurs nouveaux services. Toutefois, les GAFA ont bien compris que l’Union n’entend plus se laisser faire. L’intensification de leur lobbying et l’initiative fiscale d’Amazon le prouvent. Le message est bien passé.



Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.contrepoints.org/2015/11/06/227985-face-aux-gafa-leurope-peut-elle-faire-le-poids#avzQk9ipvIdBXmmd.99
 
 
(Mis en ligne le 6 Novembre 2015)

 
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