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Europe: la débâcle, ou l'audace du retour aux sources

Référence de l'article : IG5486
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écrit par Olivier PASSET,Directeur des Synthèses,XERFI (9 Juillet 2016)

Chacun pressent que le Brexit appelle une réponse forte de l’UE, une relance susceptible  de clarifier au plus vite la situation.

Car au risque politique qui mine les démocraties de l’intérieur, liée à la grande collusion des perdants de la mondialisation, s’ajoute aussil’inquiétude d’une rechute de la croissance. Et ce scénario replacerait sur le devant de la scène l’agenda stérilisant de la gestion de nos déséquilibres financiers et de nos vulnérabilités bancaires.  

Cela, il faut l’éviter à tout prix. Car il confine les exécutifs dans la gestion de l’urgence, dans l’expertise comptable, quand l’Europe a besoin d’audace.
Mais comment appeler à l’audace sans tomber dans l’incantation.

Le saut vers un gouvernement économique (autrement dit une ébauche de fiscalité européenne, l’émission d’instruments européens de dette, une extension de certaines compétences) etc.,l’affirmation du rôle du parlement face aux différents conseils (européen ou des ministres) paralysée par la règle de l’unanimité,  la limitation des différentes formes de dumping, social, fiscal réglementaire, la rupture avec la ligne de rigueur qui mine les découchés internes… Je suis là dans une litanie bien française. Celle qui conçoit l’Europe comme une extension de la France...et qui fait du surplace depuis 15 ans. Mais je ne peux ignorer le fait que l’Allemagne rêve d’une Europe qui soit son prolongement, avec une super agence de régulation à son sommet. Ou que d’autres ne veulent que d’un espace de libre échange, etc. 
Mais si, face à au grand blocage de la divergence des intérêts, je me replis vers l’éternelle stratégie des petits pas…du plus petit dénominateur commun,  je suis très en deçà des attentes.

Je peux certes étoffer la puissance de feu des agences européennes d’investissement en faveur de la transition énergétique, des investissements d’avenir, de l’éducation, la recherche... Une sorte de stratégie de Lisbonne dotée de moyens financiers réels. C’est mieux que rien. Mais la portée symbolique n’y est pas ;

Je peux aussi avancer sur un projet d’Europe régalienne, de mutualisation des moyens de sécurité, voire de défense. Je me déplace là sur un terrain à plus forte portée symbolique, la France partant avec un réel pouvoir de négociation puisqu’elle part en position dominante.
Je peux enfin resserrer le cercle de la négociation :

celui des pays fondateurs, le trinôme franco-italiano allemand… ou plus simplement le binôme franco-allemand pour réduire les lignes de fractures et du chacun pour soi.
Mais le piège de ce type d’approche est de se focaliser sur les moyens. Or relancer le projet européen, c’est d’abord se repencher sur les fins. Et la lecture du traité fondateur nous révèle immédiatement en quoi le projet s’est perverti et se pervertissant s’est affaibli :  Que dit le traité ? Promouvoir un

développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l'ensemble de la  Communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l'environnement, un haut degré de  convergence des performances économiques, un niveau d'emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les  États membres.
Et si le pacte européen se fissure, c’est précisément  parce qu’il a perdu de vue les fins qu’il poursuit. Le Brexit de ce point de vue est riche d’enseignements : il amène à relativiser la focalisation française sur

les dysfonctionnements de l’euro zone. Car au fond, le ras-le-bol populaire du Royaume uni à l’égard de l’UE s’est construit sur les mêmes fractures que les autres, sociales, générationnelles, spatiales. Le cas britannique montre qu’une économie n’a nul besoin  des règles européennes pour être abonnée à la rigueur. Le fait d’être excentré du cœur industriel, concentré  sur les services, crée une propension aux déficits qui appelle inévitablement la rigueur. Nul besoin du 6 pack pour cela. Ce n’est pas un hasard si Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Grèce Italie ou Irlande sont happés dans une même logique de moins disant social, fiscal et budgétaire.

Cette rigueur est d’abord inhérente au processus de mondialisation.

Les fossés qui se creusent entre PME et grands groupes, entre qualifiés et non qualifiés, entre jeunes et vieux, entre régions, entre métropole et zones rurales, sont des tendances lourdes qui dépassent le périmètre de l’UE ou de l’eurozone La faute originelle de l’Europe, c’est in fine d’être dans la dénégation de ces asymétries et de ne pas se fixer pour première mission de les contenir. L’urgence est là. L'Europe doit redevenir d'abord un grand marché intérieur, une économie plus équilibrée, moins extravertie, qui stimule la marche des affaires pour affronter les mutations technologiques, mais dans un compromis social qui permet de rétablir....les cohésions indispensables. Les moyens peuvent varier pour y parvenir. Mais ce que l’on attend après le Brexit, c’est la relance de cette vision inclusive de l’Europe.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Europe-la-debacle-ou-l-audace-du-retour-aux-sources_3646.html 
 
(Mis en ligne le 9 juillet 2016)

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