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Comment se préparer à l’après-OTAN ?

Référence de l'article : IG6681
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écrit par Henri TEMPLE,Docteur en droit, Avocat, Professeur émérite de droit, Auteur de « Théorie générale de la Nation : l’architecture du Monde »(*),(25 Février 2018)


Bruxelles tente d’organiser l’« après-Brexit », mais avec beaucoup de difficultés car il faudrait, pour cela, que les nations d’Europe aient une seule et même philosophie de la perspective européenne. Et se voient restituer le droit de l’exprimer. Face au dogmatisme extrémiste de l’ultra-fédéralisme, si elle ne veut pas connaître de nouvelles crises de rejet démocratique, elle devra sans aucun doute renoncer à ses utopiques lubies et s’atteler à une prochaine et nécessaire refondation totale de l’usine à gaz bruxelloise, au profit d’une Europe des nations souveraines.

Simultanément, et pour des raisons comparables, le président Trump a entrepris une grande opération de démondialisation économique dont les Européens n’ont pas encore compris toutes les conséquences, focalisés qu’ils demeurent sur les facéties d’un homme qui n’a pourtant évidemment pas tout réussi par hasard. Mais Bruxelles s’est servilement coulée dans le cadre mondialiste, jusqu’à sanctifier l’OMC dans ses traités, où elle a aussi mentionné le rôle de l’OTAN.
Or, il ne faut jamais tisser des systèmes internationaux interdépendants les uns des autres. Car on institue ainsi un écheveau inextricable, qui devient un piège irréversible, et sans issue au cas où des effets imprévus et néfastes surgiraient. Les alliances militaires compliquées ont entraîné plus de guerres qu’elles n’en ont prévenu (en 1918 et en 1939).

USA : maintenir ou non un climat de guerre froide ? Deux camps s’affrontent…

Après la chute de l’URSS, l’OTAN a subi un vieillissement accéléré. Ne fût-ce, d’abord, que pour sa raison d’être. À quoi sert une alliance sans ennemi identifié ? Il fallait donc s’en inventer un. D’où le rôle pervers de l’OTAN dans la crise ukrainienne ; Obama et Merkel, n’ayant pas compris les ressorts de cette crise, ne pouvaient plus la régler par la diplomatie. C’est ce manque d’intelligence qui la fait se prolonger encore à ce jour, faisant quotidiennement des victimes civiles innocentes, méprisées par l’oubli médiatique organisé.

Le président Trump lui-même, lors d’un meeting pour les primaires républicaines, avait jugé l’Alliance atlantique « obsolète » et défavorable à Washington. Il ajoutait même que Russie et USA pouvaient devenir alliés. Il est plus que probable que la bataille incroyablement féroce à laquelle se livrent, sur fond de scandales en série au FBI, les puissants parrains des démocrates et des républicains relève de cet enjeu : maintenir ou non un climat de guerre froide. Fût-ce en surdimensionnant et surmédiatisant l’influence du Kremlin dans la présidentielle américaine. Car si tout cela était aussi vrai, serait-il avisé d’étaler une telle déliquescence du FBI, de la CIA et/ou de la NSA ? Et d’alimenter une telle guerre civile politique au sein des classes dirigeantes yankee ?

Erdogan de plus en plus menaçant

Les événements du Maïdan, la présence de fusées américaines en Europe et, dans les pays baltes, d’une brigade blindée américaine à partir de février 2017, ont maintenu une tension artificielle qui pénalise tout le monde. Il serait temps de refermer la boîte de Pandore. Car voici qu’un nouvel épisode vient de démontrer, une fois encore, l’incongruité de l’OTAN : le face-à-face entre les troupes américaines et leurs alliés kurdes de Syrie avec les troupes turques et leurs supplétifs djihadistes requalifiés de « rebelles syriens »…

Des menaces à peine voilées ont été proférées par Erdoğan contre les forces spéciales américaines si elles se maintenaient dans la zone d’opération. Désormais se font face deux blocs : Iran/Turquie/Russie (accord d’Astana) et Arabie/Israël/USA. Les incidents dans le ciel entre Syrie et État juif en sont une autre illustration. La guerre contre Daech n’est pas encore finie que, déjà, les alliés d’hier se font face.

Comment ne pas tirer les conséquences de ce désordre conceptuel pour se mettre d’urgence à penser l’après-OTAN ?

Il semble que quelque chose se dessine afin de se mettre d’urgence à penser l’après-OTAN et que les nations européennes aient entrepris un début de réflexion sur leur défense collective.

À la conférence de Munich, le 16 février dernier, deux ministres de la Défense, l’Allemande Ursula von der Leyen et la Française Florence Parly, sont intervenus pour recommander une augmentation des budgets militaires, la mise en commun de programmes d’armement et des opérations communes. L’Allemande a insisté sur la nécessité d’une « culture stratégique commune ». Elle s’est réjouie du projet de coopération structurée permanente (CSP) lancé l’année dernière. L’Europe doit être capable de « peser plus militairement, d’être plus autonome et de porter plus de responsabilités propres au sein de l’OTAN». Donc, pour les Allemands, le principe de l’OTAN est conservé.

Pour le ministre des Armées français, « lorsque nous serons menacés dans notre voisinage immédiat, au sud notamment, nous devrons être capables de faire face, y compris lorsque les États-Unis ou l’Alliance souhaiteront être moins impliqués ». Une bien pusillanime autonomie et une divergence radicale, quoique feutrée, avec l’Allemagne : « L’Europe a besoin de suffisamment de capacités militaires pour mener à bien une telle mission sans que les États-Unis n’aient à retirer de leurs propres missions des pétroliers et d’autres équipements».

L’industrie chez soi, c’est stratégique

Mais les carriéristes de l’OTAN ont bien l’intention de préserver leur rente de situation, et ni d’écouter le président Trump, ni d’entendre les gouvernements européens : lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, les 14 et 15 février à Bruxelles, les délégués américains se sont enquis de l’initiative lancée par vingt-cinq pays de l’Union européenne en décembre 2017 (coopération structurée européenne), qui doit leur permettre de développer conjointement des capacités de défense et d’investir dans des projets communs. En réalité, la préoccupation n’est pas d’ordre stratégique, mais industrielle, car la CSP pourrait protéger l’industrie européenne de défense au détriment de l’industrie de défense américaine. Crainte excessive, car le président Trump a déjà anticipé cette objection en projetant de réduire les frais improductifs de l’ubiquité de l’armée américaine au bénéfice de la recherche industrielle militaire.

Au demeurant, il serait absurde pour la France d’accepter ou favoriser quelque partenariat stratégique que ce soit avec l’Allemagne, puissance économique de premier ordre, mais nain militaire, géopolitique, et diplomatique. Et, désormais, politique. Intervenant à son tour, le samedi 17 février, le Premier ministre britannique Theresa May a appuyé sur l’urgence de négocier une coopération sécuritaire privilégiée avec l’Union européenne après le Brexit, faute de quoi la sécurité des Européens se trouverait menacée : « Ce n’est pas une époque où nous pouvons permettre que notre coopération soit inhibée, que la sécurité de nos citoyens soit mise en danger par une concurrence entre partenaires, des rigidités institutionnelles et des idéologies bien ancrées. » Pour elle, « les Européens ne peuvent pas reporter cette discussion » et doivent « urgemment mettre en place un traité pour protéger tous les citoyens européens ».

Celui-ci devra établir des mécanismes pour organiser le respect de la souveraineté de chacun, et prévoir que les juridictions européennes seront compétentes dans certains cas et les Britanniques dans d’autres. Elle englobe donc – semble-t-il – les questions de sécurité et justice intérieure et celles de la coopération de défense. « Nous devons faire ce qui est le plus utile, le plus pragmatique, pour assurer notre sécurité collective ». Ainsi, déjà, vendredi dernier, les directeurs des services de renseignement extérieur britanniques (MI6), français (DGSE) et allemands (BND) s’étaient présentés ensemble – fait exceptionnel – pour rassurer : le Brexit n’entamera pas leur coopération.

La France a, à présent, un intérêt supérieur national à mettre en œuvre toute son intelligence politique pour penser le futur de sa coopération stratégique et militaire avec le Royaume-Uni et avec les États-Unis de Trump, mais aussi avec la Russie du dernier mandat de Poutine, en mars. Tant au plan de l’après-Brexit, de l’après-OMC qui s’annonce et de l’après-OTAN qui s’esquisse.

(*) : 


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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/penser-apres-lotan-2/
http://www.bvoltaire.fr/penser-lapres-otan-1/

Nota : titre, intertitres et mots soulignés en gras sont le fait de la rédaction de La Synthèse

(Mis en ligne le 24 Février 2018)
 

 
 
 

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