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Les classes moyennes supérieures devenues les vaches à lait de Bercy

Référence de l'article : IF5395
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et des prévisions,XERFI (27 Mai 2016)

Qui sont les classes moyennes supérieures ou aisées ? Comment ont évolué leurs revenus ces dernières années ? Personnes ne le sait véritablement, car il n’en existe pas de définition objective. Pour clarifier l’analyse, premier postulat : pour intégrer les classes aisées, il faut faire partie des 20% des foyers les plus riches de France.

En d’autres termes pour un célibataire, c’est de disposer d’un revenu après impôts sur le revenu et impôts locaux d’au moins 30 000 euros environ par an, pour un couple, la barre monte à plus de 44 000 euros. Avec un enfant de moins de 14 ans, il faut disposer de 53 244 euros et jusqu’à 62 000 pour un couple avec deux enfants. Second postulat, excluons les 5% de la population la plus riche : pour une personne seule la barre supérieure est proche de 47 000 euros et monte jusqu’à près de 98 500 pour un couple avec deux enfants. C’est entre ces deux bornes que se situe la classe moyenne supérieure. Pour beaucoup, il s’agit des cadres supérieurs, des professions libérales et des chefs d’entreprise, en dehors bien entendu des vedettes du CAC 40 dont les rémunérations sont hors-normes. Parmi ces professionnels (hors chef d’entreprise et indépendants) les mieux lotis sont, sans surprise,

les cadres dirigeants des institutions financières, avec un salaire mensuel brut moyen de 13 584 euros, soit un peu plus de 163 000 euros par an selon l’Observatoire des inégalités. A titre de comparaison, c’est plus de 6 fois le salaire mensuel moyen et l’équivalent de 9 SMIC. Ils devancent les DAF et les cadres commerciaux des grandes entreprises (11 904 euros mensuels) et les agents les mieux rémunérés de l’aviation civile Les médecins hospitaliers (sans activité libérale) arrivent en 5ème position, avec un salaire de 8 000 euros devant les avocats 7 963 euros. Même si certains peinent à l’admettre, cette population des classes moyennes supérieures ou aisées  fait partie des privilégiés. C’est vrai en termes de niveau de vie mais pas seulement. Les clivages se retrouvent dans le domaine des conditions de travail, de la santé, des conditions de vie. Deux exemples sortis de l’Observatoire des inégalités :

L’espérance de vie à 35 ans chez un cadre supérieur est 47,2 ans contre 40,9 ans pour un ouvrier. 82% des cadres supérieurs partent en vacances 47% pour les ouvriers. Privilégiée, la classe moyenne supérieure n’est pourtant pas sortie indemne de la période récente.

En prenant l’évolution du niveau de vie des 90% les plus riches comme marqueur de la tendance générale de la classe moyenne supérieure, l’orientation est à la baisse (-3,2%) depuis 2011 en rupture totale avec la tendance historique (+1,1% l’an sur la période précédente). Malgré tout, la baisse a été plus tardive que pour la moyenne des Français mais s’est prolongée sur 2014 et 2015. Ce décalage a une double explication.

Le taux de chômage de la classe moyenne supérieure est d’abord resté relativement insensible à la crise, coincé sous la barre des 4,5% contre 19,5% pour les ouvriers non-qualifiés. En d’autres termes en haut de la distribution, les revenus liés à l’activité ont beaucoup mieux résisté que dans les catégories inférieures. En revanche, ce sont les catégories aisées qui ont été le plus mises à contribution par Bercy à partir de 2010 : alourdissement de l’imposition sur les revenus du patrimoine, création d’une tranche supplémentaire d’imposition, plafonnement du quotient familial la liste est longue. Sur la seule année 2013, au moment où le niveau de vie des classes moyenne supérieures décroche le plus, le poids de la fiscalité directe grimpe à 28% du revenu disponible : c’est près de 2 point de plus que l’année précédente contre une hausse de 0,8 point pour le reste de la population et la tendance s’est maintenue depuis.

Le constat s’impose : les classes moyennes supérieures donnent de plus en plus et reçoivent de moins en moins, ce sont les vaches à lait de Bercy : une mise à contribution qui, non seulement, n’a pas permis d’endiguer la hausse du taux de la pauvreté en France ces dernières années, mais qui de surcroît bute aujourd’hui sur une sérieuse usure du consentement à payer l’impôt. 


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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-revenu-des-classes-moyennes-superieures-est-affaibli_3480.html

(Mis en ligne le 27 Mai 2016)

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