Se connecterS'abonner en ligne

De la différence entre riche et pauvre selon que l'on parle d'argent privé ou public

Référence de l'article : IF4528
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Guillaume NICOULAUD,(24 avril 2015)

 

 

Combien vaut le versement, garanti par l’État, d’une rente de 12 000 euros par an pendant les 20 prochaines années ?

Au 31 mars 2015, ça valait un peu plus de 227 000 euros.

On sait calculer ce genre de choses assez facilement : il suffit d’actualiser ces revenus futurs sur la base d’une courbe zéro-coupon1 et de faire la somme des valeurs obtenues. Conceptuellement, ça revient à calculer le montant qu’un individu devrait investir aujourd’hui sur des obligations zéro-coupon2 pour s’assurer, avec une garantie équivalente à celle de l’État, qu’il touchera bien 12 000 euros, capital et intérêts, l’année prochaine et les dix-neuf qui suivront. Sur la base des taux du 31 mars 2015, il fallait un peu plus de 227 000 euros pour espérer obtenir cet effet ; on en déduit donc que la valeur actuelle de cette rente est de 227 000 euros.

Si j’en crois les révolutionnaires fiscaux, avec un patrimoine de 227 000 euros, vous faites partie des 18% des Français les plus riches.

Et maintenant, considérez le cas théorique d’un individu qui, selon l’administration fiscale (et selon les révolutionnaires fiscaux) dispose d’un patrimoine de zéro – il n’est pas propriétaire de son logement, sa voiture ne vaut plus rien et son compte en banque est désespérément vide (etc.) – mais qui partira à la retraite l’année prochaine avec une pension de 1 000 euros par mois et une espérance de vie à la retraite de 20 ans.

En principe, vous devriez me voir venir. Concrètement, nos retraites sont des rentes garanties par l’État et à ce titre ont une valeur patrimoniale qui est loin d’être négligeable. Jugez du peu : une retraite de 1 000 euros par mois, c’est loin d’être Byzance mais ça correspond tout de même à ce que peut produire un capital de 227 000 euros au regard du niveau actuel des taux. Seulement voilà : l’État – admettez que c’est piquant – estime que ça ne vaut rien.

Et encore, 227 000 euros c’est une estimation très conservatrice parce que notre système de retraite recèle quelques aménagements supplémentaires qui rendent nos droits encore plus précieux : votre pension est garantie à vie3, elle est protégée contre l’inflation et, bien sûr, le régime fiscal de ce patrimoine invisible est infiniment plus doux que celui qui s’applique à ceux qui ont l’outrecuidance de capitaliser.

Autrement dit, si vous bénéficiez de notre système de retraite public vous êtes réputé pauvre tandis que si vous constituez vous-même le capital nécessaire à produire les mêmes effets, vous êtes réputé riche. Autant dire qu’au regard des montants en jeu, les données sur le patrimoine des Français dont on nous abreuve régulièrement sont fausses et pas qu’un peu.

 
  1. J’utilise la courbe zéro-coupon de l’EIOPA – un grand merci à Fabrice Borel-Mathurin pour le lien !
  2. On utilise des taux zéro-coupon afin de contourner le problème du réinvestissement des coupons d’obligations classiques. 
  3. Et peut même, dans certain cas, être étendue partiellement à votre conjoint. 

Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur:
http://www.contrepoints.org/2015/04/23/205422-le-patrimoine-fantome-des-francais

(Mis en ligne le vendredi 24 avril 2015)
Articles similaires
La retraite de demain : pour une réforme...Quelle est vraiment la stratégie fiscale de...Nombreuses taxes fiscales annulées : incompétence...Non ! Marisol Touraine n’a pas vaincu le déficit...La loi travail : 6% de cas avec coûts de...Les 5 raisons qui militent pour reparler de...Faut-il réformer la taxe d'habitation ?France : pas de véritable choc fiscalRetraites : que penser du dernier Rapport du COR...France : la compétitivité des services s'est...Le diable Jupitérien est dans les détailsQuel est l'impact économique du report du...La flexisécurité génére-t-elle de bons résultats...Le financement de la protection sociale...Diminution charges sociales, hausse CSG : les...Pourquoi la contribution additionnelle de 3%...En 2016, 55 000 entrepreneurs au chômage : un...Chômage : adieu les faux remèdes électoralistes,...Patrimoine de Macron: le Procureur de la...Retraites: les 5 programmes des 5 principaux...Taxer les robots : bonne ou mauvaise idée ?Les 5 approches très différentes de la fiscalité,...Faut-il accorder une indemnité chômage aux...Comment ponctionner 28 milliards d'euros aux...Coût du travail qualifié: comment se situe la...Les délires extravagants du loyer fictif, tels...Quand le RSI double l'addition et envoie ses...Le projet fou de taxer les loyers fictifs...L'ancien dircab de Valls, et ancien préfet...Politique fiscale française : confessions...Pourquoi la baisse de l'IS serait une mesure...Où en serait Agnès SAAL, si on lui appliquait la...Bitcoin et blockchain: comment le fisc va-t-il...Les classes moyennes supérieures devenues les...Fiscalité: il faut favoriser la prise de risques,...Le revenu de base universel: une dangereuse...Comme l'ISF ruine l'Etat à petit feu,...Coût du travail: cette incapacité chronique à...Dès 1898, Yves GUYOT décrivait très bien les...Swissleaks, Luxleaks, Panama Hack : le coup de...Evasion fiscale : concurrence ou connivence en..."Panama Papers": réunion de l'OCDE...Panama : le monde de la fraude fiscale en émoiLa loi Travail vaut-elle encore la peine...La loi El-Khomri : déjà en retard d'une...Fiche de paie simplifiée : le véritable objectif...Pression fiscale sur les ménages : un bien triste...La loi El-Khomri : un coup de maître politique?Les pièges du projet de loi El-KhomriUE : RV mercredi 27 contre l'optimisation...L'impunité fiscale, ou la forte tolérance...Qui sont les privilégiés, en richesse, revenus,...