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Pas d'argent pour changer les draps, mais jusqu'à 47 jours de congés par an !

Référence de l'article : IF6034
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écrit par Eric VERHAEGHE,ENA, Ancien Président de l'APEC, Ancien Administrateur de l'ACOSS, de la CNAV, de l'UNEDIC,(14 Avril 2017)

Les hôpitaux de Marseille vont mal. Le prochain départ de la directrice générale, probablement remplacée par le directeur général du CHU de Lille, en constitue l’un des symptômes. Au passage, rien n’exclut que cette directrice générale soit promue par Marisol Touraine à Lyon. L’affaire en dit long sur le désordre qui règne dans l’hôpital public, pourtant porté au pinacle par notre désastreuse ministre de la Santé.

Les syndicats ont eu la peau de la directrice générale

Le départ de Catherine Geindre, directrice générale de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille intervient deux ans après sa nomination. Elle-même succédait à un directeur général demeuré deux ans en poste. Voilà qui en dit long sur la difficulté du poste. L’intéressée avait une mission: économiser 60 millions d’euros sur un budget de plus de 2 milliards, c’est-à-dire une mission de “cost-killing” d’environ 3%.

Pour les syndicats marseillais, c’était déjà trop. Ligués contre une direction déterminée à réussir, ils ont obtenu sa peau. Il faut dire que Catherine Geindre n’a pas forcément fait dans la dentelle. Mais enfin, la situation était devenue intenable.

Un logo à 150.000 euros, et pas d’argent pour acheter des draps

On lira avec effroi l’article que La Provence (pas foncièrement libéral…) avait consacré à la situation de l’hôpital de La Timone (dont on retiendra qu’il ne faut jamais le fréquenter):

Est-il normal, a commencé Yves Castino, délégué CGT de La Timone, que des patients doivent attendre sept heures pour être montés à la radio ? Que des toilettes soient faites à midi à cause du manque de personnel ? Est-il normal que des opérations à cœur ouvert soient reportées parce qu’on manque de lits en réanimation ? Qu’une dame de 87 ans, transportée aux urgences le matin avec une suspicion d’AVC ne soit conduite en chambre qu’à 20 h ?”

“Est-il normal, a tonné le syndicaliste, que des aides-soignants arrivés il y a quinze jours soient lâchés tout seuls en réa ? Que des infirmières soient déplacées du jour au lendemain dans des services dont elles ne connaissent pas les techniques ? Que la consigne soit donnée de ne changer qu’un drap sur deux parce qu’on en manque ? Que les effectifs de sécurité ne soient pas respectés dans les réanimations ?” (…)

Une infirmière raconte comment la semaine dernière, sa collègue, affectée en oncologie, a été déplacée la nuit, au service digestif pour pallier une absence. “Elle s’est retrouvée toute seule, affolée, car incapable de prendre en charge les malades. En plus, il n’y avait pas les bonnes seringues, pas les bons médicaments. À 23 h 30, elle a téléphoné en larmes au cadre de nuit, en menaçant d’abandonner son poste.” (…)

Une autre infirmière, en poste en cardiologie dans le service du Pr Habib, raconte que “des patients doivent attendre deux jours pour aller passer une radio ou un scanner, ce qui nous oblige à prolonger leur hospitalisation”. La raison de ces délais ? “On ne trouve pas de brancardier !”

Même problème avec les ambulances. “Comme il n’y a pas assez de véhicules, la direction sous-traite à des privés. Mais quand on les appelle pour conduire des patients en prégreffe cardiaque, qui doivent aller en consultation à La Conception, ils ne sont libres qu’à 18 h. Trop tard pour la consultation ! Et ce sont des patients en attente de greffe ! C’est une honte.”

Indignée, cette soignante comme d’autres persifleront sur les priorités de la direction de l’AP-HM : “Vous n’avez pas assez d’argent pour acheter des ambulances, mais pour faire un nouveau logo à 150 000 euros, si !”

Certains disent leur honte, aussi : “Avant-hier, une jeune femme de 29 ans, atteinte d’un cancer très grave a été hospitalisée pour une intervention cardiaque qu’elle devait subir avant de reprendre sa chimio. Elle est repartie dans la nuit, parce que dans sa chambre, ça grouillait de cafards !”

Au service du Pr Habib encore, une infirmière raconte qu’un vendredi elle a dû gérer 20 patients, “toute seule avec une ASH. À 18 h, l’un d’eux, un homme de 50 ans, a fait un arrêt cardiaque et un autre, une jeune de 18 ans s’est mis à décompenser. Je me suis posé la question : qui dois-je sauver ? Et croyez-moi, j’ai passé un week-end de merde ; je ne veux plus mettre en jeu mon diplôme et ma santé. Vous comptez faire quoi ?”
Bravo le service public !

Une pénurie de personnel? Vraiment?

On ne manquera de fureter sur le site de la CGT de l’AP-HM les règles applicables en matière de congé des personnels:

Connaissez vos droits pour les faire respecter :

Les Congés Annuels

§  Les CA doivent être pris au titre de l’année en cours entre le 1er janv et le 31 décembre
§ Faire des heures supplémentaires en étant en CA est illégal, et donc ces heures ne sont pas payées par l’administration !
§  En maladie on ne perd plus ses CA d’une année sur l’autre. En effet, la loi européenne oblige le report des CA pour les agents malades.
§  Actuellement 27 CA pour un agent de jour à 100% de temps de travail.
§  Les CA doivent être posés et validés au plus tard le 31 mars de l’année courante.
§  Le chef d’établissement doit permettre à chaque agent de bénéficier au minimum de 3 semaines de CA lors de la période estivale entre le 21 juin et le 21 septembre.
§  Les congés annuels peuvent être constitués de 31 jours consécutifs au maximum, sauf pour les congés bonifiés.
§  Les CA ne peuvent être donnés « de façon perlée » sauf accord explicite de l’agent.
§  Un agent dont les CA se terminent la veille de son RH doit bénéficier de ce dernier.
§  L’agent en maladie durant ses CA est placé en Congés Maladie et conserve le bénéfice de ses congés, sous condition d’envoyer son arrêt de travail immédiatement.

Les RTT (Récupérations du temps de travail)

§  Elles doivent être planifiées à l’année ou systématiquement lors de la remise du planning mensuel
§  Les RTT doivent être intégrées dans le cycle de travail et le planning prévisionnel
§  1 par quatorzaine en assurant la continuité des soins et en tenant compte des souhaits des agents :
§  20 RTT par an pour 39h de travail hebdomadaire (7h48’ par jour), 15 RTT par an pour 37h30’ (7h30’ par jour), 0 RTT pour 35h (7h par jour).
§  En cas de maladie, AT, jour enfant malade, jour administratif, congés de maternité etc.… à l’exception de jours de formation, un abattement de 37’ par jour d’absence est appliqué sur le quota de RTT pour un agent à temps plein (proratisé pour les tps partiels)

Les Fériés

§  Pour les agents en repos variable si un férié tombe sur un RH, on donne le férié du jour et le repos est à reprogrammer dans les jours suivants.
§  Les agents en repos fixe (samedi et dimanche) perdent le férié qui tombe sur ce repos
§  Pour la nuit : 11 fériés X 6h30’ = un crédit de 71h 30’. Sur ce crédit et en fonction de la durée de la vacation, il est retiré 10h ou 12h pour chaque férié pris.
§  Le férié tombant sur un jour de maladie est perdu.

Soit un total de 47 jours de congés par an pour les personnels qui travaillent 39 heures par semaine. On notera cette formulation dans le guide du temps de travail officiel des hôpitaux marseillais:

Application du décret n° 2002.9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l’organisation du travail dans les établissements mentionnés à l’article 2 de la loi n°86.33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la Fonction Publique Hospitalière : à compter du 1er janvier 2004, la durée annuelle de travail effectif des agents de nuit est réduite à 1470 heures hors jours de congés supplémentaires susvisés.

Ben oui ! 1470 heures, au lieu des 1607 heures prévues dans le cadre des 35 heures, cela crée un manque de personnel. ..Que le contribuable doit rembourser, bien entendu.

____________________________________________________________________________
Article paru à l’origine sur :
http://www.entreprise.news/hopitaux-de-marseille-dargent-changer-draps-jusqua-47-jours-de-conges-an/

(Mis en ligne le 14 avril 2017)
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