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Hollande se moque de la Cour des comptes : Migaud réplique par écrit

Référence de l'article : IF5985
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écrit par Bruno BOTELLA,Directeur de la Rédaction,Acteurspublics.com (25 Mars 2017)
 
 

Les propos de François Hollande sur les magistrats de la Cour des comptes – qui dormiraient au bureau – ont ulcéré son Premier président, Didier Migaud, qui a adressé un courrier au chef de l’État. Ce dernier lui a répondu. Acteurs publics dévoile le contenu des deux lettres. 

De mémoire de magistrat de la Cour des comptes, c’est un épisode inédit dans l’histoire des relations entre la Rue Cambon et l’exécutif. Le Premier président, Didier Migaud, a envoyé une lettre courroucée au président de la République, François Hollande [cliquez ici pour la lire] pour protester contre les propos tenus récemment par le chef de l’État à l’égard de la haute juridiction.

Dans son édition du 14 mars, Le Figaro a publié un article sur les derniers jours de François Hollande à l’Élysée. Beaucoup de pots de départ en cette période, notamment celui de Vincent Feltesse, le 24 février. Cet ex-conseiller politique du Président a été “recasé” à la Cour des comptes comme conseiller maître. Le chef de l’État a eu beau avoir imposé son ami à la Rue Cambon, cela ne l’a pas empêché de se moquer ouvertement de la Cour. François Hollande, toujours conseiller référendaire en détachement, a ainsi lancé dans les salons de l’Élysée : “Je connais bien cette institution. Je l’ai choisie après l’ENA pour pouvoir trouver le temps de faire, parallèlement, de la politique… D’ailleurs, les membres sont deux par bureau, pour que chaque personne puisse vérifier que l’autre n’est pas en train de dormir.”

En 1989, François Hollande, déjà

Évidemment, cette plaisanterie a provoqué des remous à la Cour des comptes et ulcéré le Premier président, Didier Migaud qui, dans une lettre datée du 16 mars qu’Acteurs publics s’est procurée, écrit : “Je n’ose croire que le président de la République, garant des institutions, ait pu s’exprimer ainsi. Si vous les avez bien prononcés, vous comprendrez que ces propos ne peuvent qu’être mal interprétés et porter préjudice à une juridiction à laquelle vous appartenez au demeurant.” Et de rappeler à François Hollande que la Cour a évolué depuis qu’il y est entré, il y a trente-cinq ans.

Perseverare diabolicum. En 1989, le jeune député François Hollande avait déjà dressé un tableau peu reluisant de la Cour des comptes. L’élu de Corrèze expliquait qu’il avait été un privilégié en étant payé à ne rien faire rue Cambon… [voir la vidéo].

Dans sa lettre, Didier Migaud fait la leçon à François Hollande comme président de la République qui doit s’abstenir de critiquer les institutions, mais il sermonne aussi un magistrat de la Cour – certes en détachement, mais qui fait toujours partie du corps. En l’occurrence, François Hollande aurait violé le serment qu’il a fait en intégrant la Cour après l’ENA : se “conduire en tout comme un digne et loyal magistrat”“Ne pas nuire à la réputation” de la Cour figure aussi dans la charte de déontologie de la Rue Cambon.

Dévouement des magistrats

Dans un courrier du 20 mars qu’Acteurs publics s’est également procuré [cliquez ici pour lire cette lettre], François Hollande ne dément pas les propos repris par Le Figaro“Soyez convaincu que j’ai pour la Cour des comptes le plus grand respect. Je m’honore d’en être membre depuis ma sortie de l’ENA en 1980”, écrit le chef de l’État, qui dit aussi savoir “l’importance et le dévouement des magistrats qui composent cette grande institution de la République” et reconnaît que “la Cour s’est modernisée au point qu’elle est une référence pour nos administrations”.

Pas plus d’excuse que lors de la polémique de l’automne dernier sur des propos tenus sur les magistrats de l’ordre judiciaire dans le livre Un Président ne devrait pas dire ça…. François Hollande, qui avait alors parlé d’une “institution de lâcheté”, avait reçu à l’Élysée le Premier président et le procureur général de la Cour de cassation – respectivement Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin – pour leur exprimer son respect pour la magistrature…

Dans sa lettre à Didier Migaud, François Hollande, sibyllin, salue au passage “la manière avec laquelle vous présidez la Cour depuis votre nomination en 2010, fort de l’expérience de vos fonctions électives et en toute indépendance”. Une manière de rappeler que son ancien collège socialiste à l’Assemblée nationale a été nommé par Nicolas Sarkozy…

Relations exécrables

Cet échange de lettres, inédit, marque, derrière les formules de politesse, un nouveau palier dans les relations exécrables qu’entretiennent la Cour des comptes et l’exécutif depuis 2012. Certains parlementaires socialistes et ministres se sont régulièrement emportés contre les mises en garde de la Rue Cambon concernant les finances publiques, soulignant à demi-mots que Didier Migaud oubliait d’où il venait…

Le ministre des Finances, Michel Sapin, s’est agacé à plusieurs reprises des doutes de la Cour sur les prévisions de déficit public, estimant en septembre 2016 que “la prudence de la Cour des comptes est inhérente à ses attributions. C’est normal, la Cour des comptes est là pour s’inquiéter”. Ces propos avaient déjà fortement agacé Didier Migaud, qui lui avait répondu verbalement.

D’ailleurs, dans sa lettre à François Hollande, le Premier président souligne que “si le portrait d’une Cour pour partie assoupie était exact, certains de nos interlocuteurs, parmi lesquels des ministres, ne seraient pas amenés à regretter parfois la fréquence ou la sévérité de nos travaux”.

Si François Hollande avait l’idée de revenir partager un bureau rue Cambon en mai, après son départ de l’Élysée, pas sûr qu’il serait le bienvenu…

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Article reproduit avec l'autorisation de l'Auteur :
https://www.acteurspublics.com/2017/03/24/exclusif-acide-echange-de-lettres-migaud-hollande-apres-les-moqueries-du-chef-de-l-etat-sur-la-cour-des-comptes 
 
(Mis en ligne le 25 Mars 2017)
  
 

 
 
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