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Finance et Mondialisation : inventaire et propositions

Référence de l'article : I4228
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écrit par Jean-Louis BANCEL et Bernard MERIAUX,Rapporteurs de la Session "Finance",Groupe de Travail Mondialisation des Anciens Élèves de Sainte-Geneviève


 Déclenchée par la crise des subprimes, la faillite de la banque Lehmann, en Septembre 2008, a eu des  effets désastreux sur les systèmes financiers et les établissements bancaires dans presque tous les pays du monde. Ce séisme ayant ébranlé tous les gouvernements venus aux secours de ces banques, c’est ensuite en 2010 la crise de la dette publique Grecque qui a de nouveau révélé les faiblesses politico-financières de pilotage du système financier. Et pour le pire, tout un chacun continue de percevoir ce qu’est  l’interconnexion extrême du monde de la Finance.

Cette mondialisation n’est pas le fruit du hasard, mais la résultante d’une construction humaine de 30 ans.
Après un rappel des éléments principaux de la Finance et des étapes de sa mondialisation, les principaux enjeux de cette évolution seront présentés, accompagnés de propositions et de convictions visant à remettre l’Homme au cœur la Finance pour donner  du sens à ce volet de la mondialisation.


Sommaire


 

 

1         Structure de la Finance

 
Le paysage financier mondial peutse dessiner avec une première distinction entre 2 secteurs financiers très différents et en interactions permanentes :
·la Finance publique,
·la Finance privée.
 

1.1       Finance publique

 
Le champ d’actions et de responsabilités de la Finance publique comprend les éléments suivants :
·  L’émission et la gestion de la monnaie,  pour chaque pays à l’intérieur de ses frontières ou de sa zone monétaire, et entre pays par les actions des banques centrales,
·  L’établissement, la mise en application et le contrôle des lois et réglementations applicables au secteur financier,
·  La fiscalité dans chaque pays,
·  L’établissement, la mise en œuvre et le contrôles des budgets de dépenses publiques aux niveaux nationaux comme régionaux dans chaque pays.
·  Les règles relatives à la circulation des hommes, des marchandises et des capitaux
 
Depuis les grandes crises financières de 1907 et de 1929, c’est également par la Finance publique de chaque pays que l’inflation des prix est contrôlée en agissant sur les taux d’intérêt directeurs et sur le rythme d’émission et de circulation de la monnaie.
Très proches de ces missions de régulations financières, se trouvent entre les mains des autorités publiques toutes les politiques de développements des infrastructures de nos sociétés (routes, ports, réseaux, …), dont tous les autres secteurs économiques privés tirent parti dans leurs activités.
Le principe de souveraineté de chaque pays s’appliquant à tous ces éléments sous le contrôle des dirigeants politiques, la Finance publique mondiale est en première approche d’une extrême diversité malgré l’existence de quelques grandes institutions de régulations comme la BRI (Banque des Règlements Internationaux),  le FMI ou la Banque Mondiale, et depuis peu le G20 et le Financial Stability Board (FSB) créé en 2009 et hébergé par la BRI, et enfin, certaines Banques Centrales comme la BCE dans la zone Euro.
 

Qui fait quoi dans la Finance publique mondiale ? (source Wikipédia)

BRI: La Banque des Règlements Internationaux (BRI)  a pour fonctionsd'assister les banques centralesdans leur poursuite de la stabilité monétaire et financière, d'accueillir la coopération internationale dans ces domaines et d'agir en tant que banque des banques centrales.
FMI : Le Fonds monétaire international (FMI) est une institution internationaleregroupant 188 pays, dont le rôle est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté».
Banque Mondiale : La Banque mondiale (BM) regroupe la Banque internationale pour la reconstruction et le développement(BIRD), l’Association internationale de développement(AID, ou IDA), créées pour lutter contre la pauvretéen apportant des aides, des financements et des conseils aux États en difficulté1, la Société Financière Internationale (IFC), l'Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA) et le Centre International pour le Règlement des Différends Relatifs aux investissements (CIRDI). Elle fait partie des institutions spécialiséesdu système de l'Organisation des Nations unies(ONU).
FSB : Le Conseil de stabilité financière (en anglaisFinancial Stability Board ou FSB), est un groupement économique international créé lors de la réunion du G20 à Londres en avril 2009. Il regroupe 26 autorités financières nationales (banques centrales, ministères des finances, ...), plusieurs organisations internationaleset groupements élaborant des normes dans le domaine de la stabilité financière.
G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l'Union européennedont les ministres, les chefs des banques centrales et les chefs d'États se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financièresdans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d'un dialogue élargi tenant compte du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays.
BCE : La Banque centrale européenne (BCE) est l'institution monétairede l’Union européenne, Il s’agit d'une institution d'essence fédérale. Elle a été établie le 1er juin 1998 et son siège est à Francfort. Elle est chargée d'émettre l'eurocomme une monnaiecommune et unique, de définir les grandes orientations de politique monétairede la zone euroet de prendre les décisions nécessaires à sa mise en œuvre : c'est-à-dire de maintenir le pouvoir d'achatde l'euro et donc la stabilité des prix dans la zone euro. Cette zone comprend actuellement les 18 pays[1] de l'Union européenne qui ont introduit l'euro depuis 1999

 

1.2       Finance privée

La Finance privée peut se décomposer de son côté de nouveau en plusieurs secteurs bien distincts :
·  Les services aux particuliers, que l’on désigne classiquement comme la banque de détail : gestion des dépôts, allocation de moyens de paiements, allocations de crédits, et conseil en placements d’épargne,
·  Les services aux entreprises et  aux investisseurs directs dans les entreprises industrielles et commerciales, souvent appelée banque de l’économie réelle : gestion de trésorerie, transactions et couvertures, conseil en investissements, opérations de fusions et acquisitions
·  Les services de marchés financiers, domaine de la banque d’affaire et autres grands acteurs de l’industrie financière (assurances, fonds de pension, hedge funds,..) : bourses des actions d’entreprises, change des monnaies,  capitaux, matières premières, que cela soit sur les actifs de base de ces marchés ou sur toutes les strates de produits dérivés associés à ces actifs.
 
Cette Finance privée, bien que composée d’acteurs très différents, présente des caractéristiques assez similaires dans tous les pays ayant une économie développée.
La BRI a très bien illustré les relations entre ces différents acteurs de la finance par le schéma suivant qui sera repris plus loin dans cette note :

2         Mondialisation de la Finance

 
D’une manière très simplifiée, la mondialisation de la finance peut être présentée comme la résultante de 3 autres évolutions majeures des 30 dernières années :

  • La libéralisation des échanges économiques de pays à pays, et de zone à zone, et l’avènement de sociétés multinationales [2] aux besoins financiers à l’échelle mondiale
  • La révolution des technologies de l’information, avec en particulier le réseau Internet qui mondialise la disponibilité de l’information à chaque seconde
  • L’explosion de l’ingénierie financière alimentée par les avancées mathématiques de Fisher Black et Myron Scholes, « pères » de tous les produits dérivés [3] et optionnels modernes

Ces 3 éléments donnent les clés du Pourquoi et du Comment  qui conduisent au poids actuel de la Finance dans nos économies.

2.1       Pourquoi ?

 
Les bases de l’après-guerre

Les économistes ayant tiré les leçons de la grande crise de 1929 étaient arrivés à la conclusion que le repli nationaliste tant dans le domaine des échanges commerciaux que financiers avaient amplifié le chômage et la récession. Cette situation économique et sociale avait fait le terreau du populisme et des politiques belliqueuses ayant conduit à la seconde guerre mondiale.
En conséquence les tenants des écoles structuralistes des années 1950 [4] et Keynésienne, inspirant les politiques du FMI et de la Banque Mondiale, ont convergé sur la nécessité d’inscrire les politiques économiques nationales dans un concert des nations. Tel a été le rôle des institutions économiques multilatérales [5] de l’après seconde guerre mondiale jusqu’à la chute du mur de Berlin. La priorité donnée à la reconstruction des pays dévastés par la guerre et le rôle directeur que jouaient les Etats Unis a donné la priorité à l’abaissement des frontières dans le domaine du commerce, les questions financières n’étaient encore abordées que sous l’angle des soldes des balances des paiements.

Le développement des échanges internationaux

L’abaissement progressif des frontières dans le domaine des échanges commerciaux a fait apparaitre l’utilité de progressivement libéraliser les capacités de placement des investisseurs. Jusque dans les années 70, il était considéré comme légitime que le niveau d’abaissement des frontières nationales devait être proportionné au niveau de développement économique du pays. Le développement économique des dragons asiatiques [6] a démontré l’utilité de cette pratique différenciée. Le Systèmes de Préférences Généralisées (SPG [7]) de 1968 est une autre traduction de ces politiques.
Au cours des années quatre-vingt la volonté de libéraliser les échanges à l’échelon international s’est développée dans le domaine du commerce : création de l’Organisation Mondiale du Commerce en 1995 après plusieurs années de négociations, en remplacement du GATT. L’OMC se place dans la continuité du GATT avec une extension de ses compétences aux services, à l’agriculture et aux procédures de règlement des conflits économiques entre pays.
 

Qui fait quoi dans le commerce international ?

GATT : Le General Agreement on Tariffs and Trade(GATT) fut signé le 30 octobre 1947par 23 pays, pour harmoniser les politiques douanières des parties signataires en visant à instaurer par convention « un code de bonne conduite libéraleet multilatérale. ». L'objectif principal de l'accord était la liberté des échanges par l'abaissement des droits de douaneet la réduction des restrictions quantitatives ou qualitatives aux échanges.

OMC : L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est une organisation internationalequi s'occupe des règles régissant le commerce internationalentre les pays. L'OMC a pour but principal de favoriser l'ouverture commerciale. Pour cela, elle tâche de réduire les obstacles au libre-échange, d'aider les gouvernementsà régler leurs différends commerciaux et d'assister les exportateurs, les importateurs, et les producteursde marchandiseset de servicesdans leurs activités.

CNUCED : La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement(CNUCED) est un organisme de l'ONUcréé en 1964, et qui vise à intégrer les pays en développement dans l'économie mondiale de façon à favoriser leur essor. La CNUCED cherche à affirmer la cohésion des pays du Sud autour d’une revendication majeure : des échanges commerciaux rééquilibrés, ce qui suppose l’accès des pays du Sud aux marchés du Nord et l’amélioration des termes de l'échange.

 
Des leaders politiques ultra-libéraux

Ce vaste mouvement de libéralisation s’est développé sous la direction des gouvernements Reagan aux Etats Unis et Thatcher au Royaume-Uni, célèbre pour son Big Bang de 1986 [8], avec comme couronnement la déclaration en 1995 de Bill Clinton : « L’ère du gouvernement important est finie ». Face à un front politique aussi déterminé, les organismes de surveillance à l’échelon mondial avaient toutes les peines à faire entendre leurs conseils de modération. C’est par exemple Margaret Thatcher qui pouvait se permettre dans cette période de contrer le Directeur Général du FMI par un péremptoire : « Don’t lecture the bankers, they know better than you » [9].
Avec la chute du Mur de Berlin et l’arrivée de l’Administration Reagan, les tenants du néo-libéralisme ont réussi à faire triompher leurs vues. Ils ont accrédité que dans le domaine économique seuls les marchés sont efficaces et que seule  la liberté de circulation des capitaux pourra assurer la bonne division internationale du travail [10]. Ainsi la libéralisation et la mondialisation du commerce ont entrainé logiquement une même libéralisation de la finance.

2.2       Comment ?


Pour lire la suite de ce Document, merci de cliquer sur le lien ci-dessous, qui vous fournira l'intégralité des 33 pages sous format PDF.

Cette Note, dont la rédaction a été terminée en Mai 2014, et qui a été ensuite rendue accessible sur le Site Alumni-Ginette.org,  a été rédigée par les deux Rapporteurs de la Session "Finance" du Groupe de Travail Mondialisation: Jean-Louis BANCEL, HEC-ENA, Président du Crédit Coopératif, et Bernard MERIAUX, Centrale Paris et INSEAD, Directeur de Projets chez Essilor International.

Nota: les Comptes-Rendus des différentes Sessions du Groupe de Travail Mondialisation de l'Association des Anciens Elèves de Sainte-Geneviève sont disponibles sur le Site de Ginette-Alumni: 
http://groupe-mondialisation-alumni-ginette.org/
Ils sont disponibles en accès libre, y compris à ceux qui ne sont pas des Anciens de Ginette.

 
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