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Un million d’emplois n’est pas un jouet

Référence de l'article : IE3263
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écrit par Alexis VARCAZ,


Le Pacte de responsabilité prend une mauvaise tournure : on ne compte plus les oppositions de principe des uns, parmi les syndicats, ainsi que parmi les leaders de l’ancienne majorité, alors que c’est typiquement un sujet de cohésion nationale. Pour la majorité des Français, il est affligeant de constater que le Pacte de responsabilité, avec son enjeu de création d’un million d’emplois dans le secteur marchand, sert de jeu politicien entre les diverses parties prenantes.

Les déclarations du type : « Je n’y crois pas », « Cela ne marchera pas », « C’est un marché de dupes », se sont multipliées, côté CGT ou FO, ou côté de certains dirigeants de l’UMP. Pourtant, selon un sondage publié récemment, 62% des électeurs votant UMP sont pour la réussite de ce Pacte. Il ne s’agit pas de soutenir le Président de la République, ou de soutenir le gouvernement, il s’agit de soutenir la France et de défendre le niveau de vie des Français. Car, avec la baisse régulière du PIB par tête, et sa déformation en défaveur des salariés du secteur marchand, le niveau de vie des salariés du privé (16 millions de personnes) et celui des chômeurs à temps complet ou à temps partiel (5,2 millions de personnes) s’érode pour les premiers et s’effondre pour les autres, notamment ceux arrivés en fin de droits.

La réussite du Pacte de responsabilité est un enjeu national, même pour ceux qui se situent dans l’opposition au gouvernement socialiste. Or, ceux qui souhaitent pour des raisons bassement électoralistes, que le Pacte échoue, ne sont, ni des chômeurs, ni des entrepreneurs de PME, mais des citoyens protégés. Ceux qui « vivent sur la bête » n’ont pas la même notion de l’urgence ou du timing que les autres…

Pourtant, il y a urgence :

1.     178 000 chômeurs de plus en 2013, après 283 800 de plus en 2012 !
2.     135 000 emplois détruits en 2013 dans le secteur marchand
3.     124 ouvertures d’usines ou d’établissements industriels en 2013, plus faible score depuis la forte récession de 2009 (source : Trendeo)
4.     La France tombée du 3ème ou 4ème rang (moyenne des années 1989 à 2007) au 16ème rang en termes d’IDE entrants en 2012 (source : ONU)
 
Bref, si un jour la zone Euro devait se scinder en deux zones économiques homogènes, il ne faut pas surtout pas croire que la place de la France en première League serait assurée. Bien au contraire, avec son manque d’attractivité croissant, elle ferait partie de la deuxième league.
 
Que l’avenir de l’Europe soit dans un approfondissement à 6 ou 7 pays, ou que l’avenir de la zone Euro soit dans une scission à l’amiable en deux zones plus homogènes, il est VITAL que la situation économique, financière et sociale française s’améliore. On ne négocie rien de bien en état de faiblesse.
Par conséquent, que faut-il pour que le Pacte de responsabilité réussisse absolument ? Donner des contreparties ?
Si l’alternative est, soit l’échec piteux de cette dernière cartouche en faveur de la création d’emplois dans le secteur marchand, le seul qui vaille, soit l’octroi de contreparties mesurables, alors il faut choisir la contrepartie mesurable.
 
La question devient : quelle est la contrepartie mesurable la plus simple et la plus juste à mettre en place ? C’est le remboursement aux Impôts, en fin de période, de l’économie réalisée sur la suppression des cotisations familiales.
 
Toute entreprise peut très facilement calculer combien lui aura rapporté, par exemple sur 24 mois consécutifs, à partir de la suppression de ces cotisations qui n’ont rien à faire dans le cout du travail. Deux cas de figure :

a)     Elle a augmenté son nombre d’ETP d’au moins 6% : cette économie est définitive.
b)    Ses effectifs sont inchangés : elle rembourse le gain qu’elle en a retiré
c)     Ses effectifs ont augmenté d’un pourcentage compris entre 0 et 6% : elle rembourse l’Etat au prorata.
Dans le paragraphe ci-dessus, d’où viennent les chiffres de 24 mois et de 6% ?

a)     Pourquoi 24 mois au grand maximum? Car l’efficacité du Pacte sera directement proportionnelle à la brièveté de sa durée : étaler dans le temps la mesure des créations d’emplois crée un effet d’aubaine, tout-à-fait nocif, et, surtout, annule le côté psychologique, le côté « effet d’entraînement de la mesure ».

b)    Pourquoi 6% ? Car il existe en France 16 millions d’emplois dans le secteur privé, dont 1, 4 million au sein des sociétés du CAC 40 (cf. document ci-annexé où figurent la liste du nombre d’emplois en France pour chacune des sociétés du CAC 40). Si ces Groupes augmentaient de 10% en moyenne leurs effectifs en France, cela ne représente que 137 000 emplois créés. On voit de tout de suite que l’objectif pèse surtout sur les PME ou les grandes entreprises hors CAC 40. Et 6% de 14,5 millions d’emplois dans le secteur marchand hors CAC 40, cela représente un enjeu de 870 000 emplois.

En conclusion, le slogan « Un million de créations d’emplois » n’est pas un jouet : c’est une question de respect que le Gouvernement et le Medef doivent aux Français. Si la contrepartie mesurable exigée par certains ne devait pas être celle du remboursement de l’économie réalisée par la suppression des cotisations familiales, alors leur devoir est d’en trouver une autre, mais d’en trouver une : il serait pitoyable que le Pacte échoue, et apparaisse donc, après coup, comme une pièce supplémentaire dans le jeu du puzzle « Mariage, Leonarda, Dieudonné, Valérie, IVG, etc. ». La Nation en a ras-le bol des « divertissements », comme l’écrivait Montaigne dans ses « Essais ». Rappelons l’étymologie de divertissement : « se détourner de ».

Pour consulter le tableau des effectifs des Groupes du CAC 40 en France, société par société, merci de cliquer sur le document ci-dessous.

(Ecrit le 29 janvier 2014)
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