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Royaume-Uni: la situation est plus GRAVE que celle perçue généralement

Référence de l'article : IE3736
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écrit par Alexis VARCAZ ( 16 Juin 2014),

Jeudi 12 Juin, le Gouverneur de la Bank of England (BOE), Mark Carney,  a prononcé un discours de 24 minutes au Lord Mayor’s Banquet of Bankers and Merchants of the City of London. Dans ce discours de plus de 4 800 mots, les médias en ont retenu 6 : la BOE relèverait ses taux peut-être « plus tôt que les marchés ne l’attendent ». Les médias, euphoriques, en ont immédiatement conclu que le RU était La Mecque de la croissance, la seule zone au monde où l’économie repartait vraiment. Les investisseurs, ainsi conditionnés, ont acheté la livre sterling à tour de bras, d’autant plus que le Chancelier de l’Echiquier, George Osborne, s'était déjà montré exagérément optimiste: résultat, la livre sterling gagnait, sur la semaine, 1% contre dollar et presque 2% contre euro. Quand la fumée de ce tir croisé se sera dissipée, que restera-t-il de cette remarque (car ce n’était pas une promesse, la BOE n’ayant pris aucun engagement) ?

Les investisseurs, les ménages et les entreprises ont besoin de confiance. Les « petites phrases » de Mark Carney et de George Osborne constituent de l’"excellente" communication, jamais très loin de la manipulation. Elles participent de moyens à la disposition de ceux qui gouvernent pour que la machine reparte. Ils sont tous les deux « dans leur job » en émettant des ondes positives au mieux, de fausses promesses ou des illusions au pire. Nous serions à leur place, nous ferions vraisemblablement pareil. Malheureusement, la réalité de l’économie britannique est tout autre. Nous allons, dans un premier temps, analyser quelques séries longues, et les comparer avec un autre Pays de l’Union européenne, qui est moins dans l’esbroufe, et davantage dans les résultats concrets, à savoir l’Allemagne. Puis, dans un deuxième temps, nous allons décortiquer le discours de Mark Carney et en retirer d’autres membres de phrases, qui amènent à tirer des conclusions différentes de ce que les Médias ont conclu jeudi 12 dernier. Enfin, nous joindrons pour faire plaisir à nos lecteurs le discours intégral de Mark Carney sous deux versions : le texte (12 pages) et la video ( 24 minutes) en vous indiquant où positionner le curseur du temps pour que vous puissiez écouter vous-même les passages clés.Pourquoi sous deux versions, papier et video? Parce qu'elles ne sont pas identiques, plusieurs phrases importantes dans la version papier étant omises dans la version prononcée à Londres...

A.Les chiffres réels du RU ne permettront pas en fait d’augmenter les taux d’intérêt affectant l’économie avant PLUSIEURS années….

Commençons par comparer les PIB exprimés en prix courants et en devises nationales (euro pour l’Allemagne, livre sterling pour le RU) :

Comparaison des PIB sur 7 années en prix courants
PIB en devises nationales (Source:
Eurostat)
2007200820092010201120122013
Allemagne (en milliards Euros)2 4282 4742 3742 4952 6102 6662 738
Royaume-Uni (en milliards GBP)1 429146214171 4861 5371 5581 613
 
Surprise : en 7 ans, le PIB britannique a crû de 12,88%, mais de 12,76 % pour l’Allemagne. Egalité quasi-parfaite. Déjà, ce n’est pas le message que véhiculent les medias britanniques…. Mais, creusons davantage : en PIB par tête, qu’est-ce que cela donne ? Et là, mauvaise surprise pour nos amis britanniques :

Comparaison évolution de la population sur 7 ans en milliers d'habitants
Source: Eurostat200720082009201120122013
Allemagne 82 31582 21782 00281 75281 84482 021
Royaume-Uni61 07361 57262 04263 00263 49563 896

La population allemande a baissé de 0,4% sur la période, et la population britannique  a crû de 4,6%. Les résultats égaux en termes de PIB courant traduisent une forte baisse de la productivité par tête, nettement supérieure à 5% dans le match RU-Allemagne, surtout si l’on tient compte de la pyramide des âges allemande, et de la proportion d’actifs au sein de la population totale qui va en diminuant en Allemagne.

Plusieurs signes avant-coureurs soulignent la perte de productivité passée et en cours actuellement du RU vis-à-vis de Pays comme l’Allemagne, ou même de Pays comme l’Espagne ou l’Italie ou la France. Ce sont, pour ne citer que deux exemples, le taux d’équipement en robots industriels, et les statistiques de brevets déposés auprès du OEB exprimés en nombre de dépôts par million d’habitants :

Comparaison des achats de robots industriels : source IFR
 2007200820092010201120122013
Allemagne    19 53317 52816 500
Royaume-Uni    1 5142 9432 000
 

Sur les trois dernières années, le Royaume-Uni a acquis 6 457 robots industriels, alors que l’Allemagne en acquérait 53 561, l’Italie 13 693, la France 8 914 et l’Espagne 7 096. A noter également, que selon l’IFR (International Federation of Robotics), le parc installé de robots industriels en fonctionnement dans ces 4 Pays était, à fin 2013, le suivant :

1.  Allemagne : 165 800
2.  Italie : 58 600
3.  France : 33 000

4.  Espagne : 27 300
5.  Royaume-Uni : 15 500


Pour ce qui est des brevets déposés, voici les chiffres, extraits de la base de données Eurostat, sachant que la France en est à 133 en 2011 :

Comparaison du nombre de brevets déposés par million d’habitants
 2007200820092010201120122013
Allemagne293278281278272NDND
Royaume-Uni9085858279NDND
 
Creusons encore : au-delà de la perte de productivité actuelle et future, quid du rôle de l’inflation dans ces comparaisons de PIB ? De nouveau, mauvais nouvelle pour nos voisins d’Outre-manche :

Comparaison des taux d’inflation sur 7 années
Taux d’inflation (Source: Eurostat)2007200820092010201120122013
Allemagne2,32,80,21,22,52,11,6
Royaume-Uni2,33,62,23,34,52,82,6
 

Résumons-nous : une croissance du "PIB courant" égale à l’Allemande sur 7 années, mais avec 5% de population en plus, et avec plus de 9% d’inflation supplémentaire cumulée…D’ailleurs, la comparaison des indices IPCH (Indice des Prix à la consommation harmonisée) de la base données d’Eurostat le confirme : en mettant l’indice 100 à l’année 2005, voici que donne la comparaison d’inflation cumulée entre nos chers deux voisins :

Comparaison des indices d’inflation sur 7 ans
Indice IPCH base 100 en 2005 (Source:
Eurostat)
2007200820092010201120122013
Allemagne104,1107,0107,2108,4111,1113,5115,3
Royaume-Uni104,7108,5110,8114,5119,6123,0126,1
 

L'inflation cumulée de 2007 à 2013 est donc de + 20,4% (126,1 / 104,7).

Bref, la croissance britannique réelle est inexistante : en livres sterlings constantes, elle est déjà négative. Et, en population constante, elle est en très net recul
 : le PIB hors inflation et par tête reste très très loin de son niveau de 2007 !

La croissance allemande est nettement supérieure à la croissance britannique, non seulement en chiffres comparés, mais également en moyens utilisés pour obtenir cette croissance : pas de QE, pas de nationalisation des Banques allemandes, et pas de déficits budgétaires. Rappelez-vous l’évolution comparée des déficits budgétaires :

Comparaison déficits budgétaires en % du PIB
Source: Eurostat200720082009201020112012
Allemagne 0,2-0,1-3,1-4,2-0,80,1
Royaume-Uni-2,8-5,0-11,4-10,0-7,6-6,1

Ainsi que l’évolution comparée du ratio dettes de l’administration publique sur PIB :

Comparaison des dettes de l'administration publique sur PIB
En % du PIB (Source: Eurostat)2007200820092010201120122013
Allemagne65,266,874,682,5808178,4
Royaume-Uni43,751,967,178,484,389,190,6
 

En résumé, l’Allemagne fait beaucoup mieux que le RU et sans artifices : voilà pourquoi nous ne croyons pas une seule seconde à une hausse des taux de la BOE « plus tôt que les Marchés ne l’attendent »: les ménages et les PME britanniques ne pourraient absolument pas supporter une hausse des taux, surtout lorsque l'on sait que deux-tiers des ménages britanniques et plus de la moitié des entreprises sont endettés à taux variables. L’urgence de Mark Carey, de George Osborne et de David Cameron, c’est plutôt : "Comment augmenter la productivité britannique par tête dans l’industrie et dans les services ?"

B. …. seul les taux d’emprunt immobiliers, demandés par les ménages, augmenteront, et de nouveaux ratios de capacité d’emprunt immobilier seront instaurés, pour freiner la dilatation de la dangereuse bulle immobilière

Notez que Mark Carney ne nie pas le triste état de l’économie réelle britannique, et un grand nombre de phrases extraites de son discours le démontrent amplement :nous vous indiquons entre parenthèses le temps écoulé sur la video qui est jointe en annexe. Il vous suffira de cliquer sur le lien situé au bas de cette page pour écouter ce que disait réellement Mark Carney, ou, selon les cas, de lire le texte ci-annexé, téléchargé depuis le Site de la BOE:

1.      « The recovery was due in no small part to measures […] including extraordinary monetary stimulus, recapitalisation of the banking system and innovative support for lending ( visible sur le texte seulement)
2.      With real wages around 10% below their pre-crises levels, it was not surprising that consumer confidence, though improved, remained low (visible sur texte seulement).
3.      The economy is expanding at an annualized rate of 4% (video: après 2 ' et 11") [1] […], but there are rapids ahead, with old imbalances persisting and new ones emerging. The economy is still over-levered. The housing market is showing the potential to overheat. And the current account deficit is now at a record level ( video après 2' et 25").
4.      It could happen sooner than markets currently expects (video: après 5' et 02").
5.      But to be clear, the MPC has no pre-set course. The ultimate decision will be data driven (video : après 5' et 14").
6.      Moreover a highly indebted private sector is particularly sensitive to interest rates[2] (video: après 7' et 29").
7.      The UK’s current account deficit is at a record level. […]. More recently, the sharp fall in the returns we earn on our investments abroad has led to a negative 3% swing in our net investment income ( visible sur texte uniquement).
8.      Across the country, house prices have risen by around 10% over the past year[3] (video après 10' 44"). Price inflation has broadened and accelerated across regions.
9.      It is indebtedness that concerns us (video après 11' et 27").
10.   In this regard, the UK starts from a vulnerable position with household debt at 140% of disposable income (video après 12' et 28").
11.   There are some signs that underwriting standards are becoming more lax, with the proportion of new mortgages at high loan-to-income ratios now at an all-time high.[4] (Visible sur texte uniquement).
12.   The housing market is not the only market at risk of losing balance[5] ( Video après 16' et 54").
13.   The Prudential Regulation Authority will be prescribing the ability to claw back bonuses after payment (Visible sur texte uniquement).

Voilà ! En conclusion, l’écart entre le contenu réel du discours du Gouverneur de la Bank of England, et la manière euphorique dont il a été résumé par les medias, illustre bien la tendance actuelle au zapping et au travestissement de la vérité : tout est fait pour induire en erreur l’opinion publique et pour pousser les indices Actions à la hausse. En 2000 et 2001, le Monde (Etats et ménages) était moins endetté qu'aujourd'hui : cela n’a pas empêché les Bourses Actions de baisser de 70% à 80% entre leurs plus hauts de 2000 et leurs plus bas de 2003, selon les indices boursiers retenus...

http://www.lasyntheseonline.fr/idees/visionne_pour_vous/video_du_speech_de_mark_carney_bank_of_england,31,3738.html

(Ecrit le 15 juin 2014)


[1] For the current quarter only : lire la Note de bas de page incluse dans le discours officiel annexé en PDF
[2] 163% of GDP : voir la Note de bas de page incluse dans le discours officiel annexé en PDF
[3]  Far fewer homes have in fact been built in the past years, just 110 000 in 2013 : Note de bas de page incluse dans le discours officiel annexé en PDF
[4]  Comme aux USA en 2007…(NDLR).
[5]  Mark Carney is talking about financial markets.... Vous ne pourrez pas dire que vous n'aviez pas été prévenu...(NDLR).
 
Document mis en Annexe :
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