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Corse : ce qu’un insulaire répond aux indépendantistes

Référence de l'article : IE6615
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écrit par le Général Michel FRANCESCHI,(28 Janvier 2018)


Dans sa tribune du 25 janvier, intitulée « Entre la Corse et Paris, le dialogue de sourds ? », monsieur Gauthier, d’ordinaire mieux inspiré, se fait le propagandiste du mouvement séparatiste insulaire. Il reprend, en effet, à son compte ses slogans ressassés, tels la sclérose du pouvoir central, l’existence d’un peuple corse et la détention de prisonniers politiques insulaires.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un « dialogue de sourds » entre Paris et la Corse, mais d’un déphasage entre un gouvernement responsable des intérêts du pays et des séparatistes survoltés, prenant leurs désirs pour des réalités. Répétons qu’ils ont été portés au pouvoir local pour mettre en place et gérer une nouvelle collectivité territoriale et non pour exiger une quelconque mutation institutionnelle, pour laquelle, d’ailleurs, ils seraient loin d’avoir reçu l’indispensable onction populaire.

Rappelons à monsieur Gauthier les chiffres incurablement têtus de leur élection. Ils ont, certes, obtenu les suffrages de 56,46 % des votants, mais avec une non-participation majoritaire de 50,63 % (47,37 % d’abstentions et 3,26 % de votes blancs et nuls), ce qui prive ce scrutin de réelle signification. Et sur l’ensemble du corps électoral, ils n’ont bénéficié que de l’adhésion volontaire de 26,18 % des insulaires, soit un sur quatre. Il coule alors de source qu’ils ne peuvent prétendre parler au nom de l’ensemble du « peuple corse » dans leurs comminatoires exigences institutionnelles [1] . Notons qu’ils ne se hasardent pas à demander un référendum d’autodétermination, à l’instar de leurs riches amis catalans ou écossais. Région pauvre, la Corse refuserait en bonne logique de couper la branche sur laquelle elle est assise en s’éloignant un tant soit peu de la mère patrie qui lui garantit l’assurance tous risques de la solidarité nationale.

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que trois Corses sur quatre vivent sur le continent, sans compter les nombreux expatriés dans le monde entier. Tous ceux-là n’ont-ils pas également leur mot à dire lorsque l’on connaît leur attachement viscéral à leur île ?

Ensuite, le concept de « peuple corse » que l’auteur fait sien est sans fondement. Cette panacée juridique des séparatistes pour usurper l’appellation de nationalistes a déjà été retoquée en son temps par le Conseil constitutionnel. La population de l’île constitue en réalité un véritable melting-pot (à noter 15 % de Maghrébins), produit des vagues humaines successives qui se sont succédé sur son sol tout au long de son histoire tourmentée, qu’il faudrait prendre la précaution de connaître pour éviter les idées fausses. On estime, par exemple, à plus de la moitié le nombre de mariages corso-continentaux. De ce fait, il n’y a pas un peuple corse, mais une communauté insulaire fière de son identité et qui s’est volontairement fondue dans la nation française il y a 250 ans, avant la Savoie et Nice.

Cette symbiose humaine a ainsi rendu la Corse consubstantielle à la France.

Consubstantielle, d’abord, par son histoire, qu’elle a contribué à forger à coups d’empires (les deux napoléoniens et l’empire colonial). Ensuite par le sang abondamment versé sans barguigner sur tous les champs de bataille, au coude-à-coude avec tous les autres Français.

Consubstantielle, encore, par le sang largement mêlé évoqué plus haut. Et, enfin, par sa large implication dans les affaires du pays, que d’aucuns trouvent même un tantinet envahissante.

Enfin, il est inacceptable que l’auteur s’associe à l’invention de « militants emprisonnés pour leurs seules opinions », accusation insensée des séparatistes pour séduire les gogos. En France républicaine, il n’y a bien évidemment pas de « prisonniers politiques », sauf à penser que des centaines d’attentats et le lâche assassinat d’un préfet relèvent de l’expression démocratique. Il y a tout au plus des prisonniers ayant commis des crimes pour des raisons politiques, mais ne pouvant être tolérés dans un pays civilisé.

Mais élevons le débat. Aujourd’hui, la Corse n’est plus la seule concernée par le débat institutionnel. Un courant général porte les régions périphériques du pays à l’émancipation du pouvoir central. De ce fait, la question corse se fond dans une cause nationale majeure. Ce qui importe alors, c’est moins la recherche d’un énième statut particulier de la Corse que l’invention d’un nouveau statut général de la France, visant à concilier les riches identités régionales avec la vitale unité nationale. Il faut se faire une raison : naguère fondateurs, les Jacobins ont fait leur temps ; place, aujourd’hui, aux Girondins sensés ! Mais il doit importer avant tout à ces derniers d’éviter le piège fatal d’un traitement à la carte qui transformerait la France en auberge espagnole et catalane.

Le légitime droit à la différence des régions n’impose d’aucune manière sa satisfaction par une différence des droits qui ferait voler en éclats l’unité nationale, chef-d’œuvre d’une alchimie assimilatrice de quinze siècles d’une histoire unique au monde. Une vigoureuse relance de la décentralisation, appliquant pleinement le principe de subsidiarité, doit présider à l’indispensable ravalement de l’architecture administrative du pays. Toutes les régions doivent accéder à une même autogestion administrative bien comprise, rendant caduques les revendications d’autonomie, sauf à dévoiler des intentions suspectes. Bien évidemment, l’État conserverait jalousement ses prérogatives régaliennes. En échange de ses concessions administratives, il renforcerait son pouvoir de contrôle, de péréquation et d’arbitrage.

Nous appellerons cette révolution tranquille la « régionalisation pour tous ».
La France attend le grand maître d’œuvre de cet aggiornamento salutaire.

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Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.com/corse-replique-dun-insulaire-a-nicolas-gauthier/?mc_cid=f201cd20b5&mc_eid=e4617e9091
 
[1] : l'excellente analyse détaillée du résultat des élections territoriales de la Corse (3 et 10 décembre 2017), réalisée déjà par le Général Michel Franceschi, a été publiée dans ces colonnes le 18 décembre 2017 (NDLR) :

http://www.lasyntheseonline.fr/macro/pays_cliquez_ici_pour_voir_la_liste/france/corse_a_elections_confuses_interpretations_des_resultats_confuses,31,6540.html

(Mis en ligne le 28 Janvier 2018)
 

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