Se connecterS'abonner en ligne

Du processus de "mondialisation/ métropolisation/ aspiration du business / abandon des territoires"

Référence de l'article : DU7664
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (7 Juillet 2019)

La métropolisation de la France a connu un grand bond en avant depuis une vingtaine d’années, si bien qu’aujourd’hui,



une quinzaine d’aires urbaines de plus de 500 000 habitants, rassemblent 40% de la population, 55% de la masse salariale, 50% de l’activité économique et disposent d’un PIB par habitant environ 50% supérieur à celui du reste du pays. Pour les économistes Claude Lacour et Sylvette Puissant, c’est la traduction « urbaine » de la mondialisation en tant qu’elle reflète l’adaptation des grandes villes aux besoins de l’économie mondialisée avec l’intensification des flux, des mises en relation des économies et des sociétés à l’échelle mondiale. Dynamique économique et marché du travail étant liés, les créations nettes d’emplois sont le bon révélateur de la vitalité de ces territoires par rapport au reste du pays.



Et ces métropoles ont représenté plus de 70% des créations nettes d’emplois entre 2007 et 2014. Déjà, selon l’OCDE, la croissance française avait été générée à 75% dans ces grands pôles entre 2000 et 2010. Cela fait donc 20 ans que le fossé ne cesse de se creuser entre ces grandes métropoles, dont la richesse s’accroit rapidement, et la panne d’une grande partie du territoire.

Capacité à générer et à capter la valeur, grâce à de solides atouts dans la nouvelle économie de la connaissance, sont aux racines mêmes de l’envolée des grandes aires urbaines. Elles disposent notamment d’une population plus diplômée que la moyenne et de monopoles sur certaines activités de services à très forte valeur ajoutée, notamment dans la haute finance, le haut management au sein des têtes de groupes mondialisés du CAC 40, la haute fonction publique.



En moyenne en France, 29,3% de la population ayant achevé ses études est titulaire d’un diplôme du supérieur. Parmi les 10 plus grandes aires urbaines, toutes se situent au-dessus avec des pointes à plus de 40% pour Toulouse et Paris, jusqu’à Nice en queue de classement en raison principalement de la surreprésentation des plus de 60 ans, population moins diplômée que les nouvelles générations.

Et si les diplômés sont là, c’est que les postes proposés sont à la hauteur de leurs attentes en nombre et en qualité. Dans une économie plus axée sur l’innovation et la connaissance, les activités économiques tendent naturellement à la concentration spatiale. Les clusters, ou pôles de compétitivité, permettent de réunir sur un même territoire, les chercheurs, les innovateurs, l’ingénierie du financement, les entrepreneurs, les professions libérales.

De même, les entreprises bénéficient de gains d’agglomération, c’est-à-dire la réduction des couts de transactions et des transferts de connaissance (spillover) liés à la densité. Et c’est dans la finance et les nouvelles technologies que ces gains sont les plus importants, deux secteurs qui servent aussi les plus hautes rémunérations. Les cadres dirigeants, les professions intellectuelles supérieures et scientifiques des entreprises de ces secteurs bénéficient clairement d’une rente de situation par rapport aux autres salariés.
L’aire urbaine de Paris est le parfait réceptacle de ces évolutions.



Cela ne se voit pas tant au niveau de la médiane du revenu disponible brut (c’est-à-dire après paiement des impôts et versement des prestations sociales), finalement assez proche de la moyenne nationale avec un écart de 10% environ.

En revanche, au niveau des 10% les plus aisés,  l’écart se creuse et monte à 22%. Encore ce chiffre ne dévoile qu’une partie de l’information, tant les inégalités à l’intérieur même de ces métropoles sont colossales. En se recentrant sur Paris intra-muros, le différentiel passe à 70%. Mais il n’y a pas que Paris. Une analyse de l'Insee sur la région Auvergne-Rhône-Alpes montrait que la capitale des Gaules avait une propension à attirer les compétences rares, représentant le double de la moyenne nationale, un taux comparable à celui du plateau de Saclay.

Cette concentration de la richesse se mesure aussi à l’aune de l’évolution des prix de l’immobilier qui dans de nombreux quartiers de Paris où les meilleurs emplacements de métropoles flambent. Ce sont aujourd’hui les métropoles les plus branchées sur les flux de la mondialisation qui portent la croissance et la création de richesses, mais c’est aux prix de de fortes inégalités, d’un processus brutal d’exclusion et de gentrification à l’intérieur de ces aires urbaines et au détriment de zones rurales délaissées.

___________________________________________________________________________
Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-fol-enrichissement-des-metropoles-francaises_3747446.html 
 
(Mis en ligne le 7 juillet  2019)