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La voiture électrique, oui, super, mais avec quelle électricité ?

Référence de l'article : DT4433
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écrit par Alain GIRARDEAU-MONTAUT,(20 mars 2015)

Nous avons vu, dans un article précédent, les tendances en termes de consommation et de production d’énergies primaires. Nous avons vu qu’il s’agissait de phénomènes mondiaux et que les énergies fossiles représentaient 75% des sources actuellement utilisées.

Nous allons examiner maintenant  les tendances relatives aux prix. Celles-ci déterminent l’orientation des investissements (2 à 5 ans), qui eux-mêmes détermineront les volumes et les prix futurs (5 à 8 ans).

Les prix du pétrole brut ont été stables autour de 100 $/b de 2012 à 2014. Ce prix élevé a conduit à des efforts de recherche et à l’émergence de nouvelles techniques sur les pétroles de schiste, forages profonds, et sables bitumineux dont les coûts de production sont, pour nombreux d’entre eux, supérieurs à 60 $/b. Ceci a conduit à un excès d’offre en fin 2014, qui devrait durer en 2015.
La chute rapide à 50$/b fin 2014 déstabilise cet effort et conduit à un recul de l’investissement  de recherche, d’exploration,  et même d’exploitation. Ce prix devrait perdurer en raison des marchés à terme, sur quelques trimestres, et peut remettre en cause les efforts de développement d’énergies alternatives qui ne seront pas rentables immédiatement.

Le prix élevé du pétrole avait également conduit au développement du gaz naturel et à un renouveau du charbon, dont les prix à énergie dégagée identique, s’étaient révélés plus compétitifs. La baisse récente à rapproché les prix du pétrole et du gaz en MBTU.

Les coûts de transport ne sont pas négligeables ; on observe ainsi pour le GNL des prix de 4 $/MBTU aux USA de 8 $/MBTU en Europe, et de 16 $/MBTU au Japon. Ceci a poussé au développement de flottes de méthaniers, et d’une filière liquéfactation/transport maritime/regazéification.  Les prix du gaz sont progressivement devenus en partie indépendants des prix du pétrole. (*)

Le charbon, dont le coût est compétitif (70 USD/tonne), s’est fortement développé, malgré les problèmes d’émission de CO2, grâce à l’abondance de l’offre (Chine, USA, Afrique du Sud, Russie,….) et au transport maritime.

La production d’électricité secondaire s’appuie maintenant majoritairement sur le charbon et le gaz qui ont évincé le fuel. De plus, les énergies « propres en CO2 » sont aussi dépendantes du vent ou de l’ensoleillement, ou des précipitations pour l’hydraulique, de sorte qu’il faut s’assurer que l’on dispose  systématiquement  d’un complément au gaz ou au charbon.

Les prix de l’électricité sont approximativement  de :

-nucléaire : 55 € /MWh  (croissant avec les nouvelles exigences de sécurité),
-hydraulique : 50 à 70  €/MWh,
-charbon et gaz : 70 €/MWh,
- fuel : 60 à 80 €/MWH,
-éolien terrestre : 100 €/MWh,
-éolien off-shore, et photovoltaïque : 100 à 150 €/MWh.
Il s’agit d’estimations, car les producteurs ne veulent pas communiquer sur leurs coûts exacts.

De sorte que parler de voiture électrique oblige à poser la question : origine de l’électricité employée ? Les contraintes de CO2 plébisciteraient le nucléaire dans les conditions actuelles. Or, les dernières statistiques d’immatriculation d’automobiles  font état de 100 millions de nouvelles immatriculations en 2014 dans le monde (un taux de croissance de 5%), avec une Chine représentant 27% de celles-ci. Ce chiffre doit nous faire relativiser toutes les déclarations sur les espoirs de réduction rapide du CO2, et nous amener à davantage de réflexions sur « les possibles » dans le domaine de l’énergie….

 (*) 1 MBTU= 293 kWh

Références : Chiffres et Statistiques n° 616 de mars 2015 et www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr