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Transition énergétique : l'opinion officielle de l’Académie des Sciences

Référence de l'article : DT4378
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écrit par Michel GAY,(27 Février 2015)

 

 

 

François Arago académie des sciences credits image in science and art (CC BY-NC 2.0)

François Arago académie des sciences credits image in science and art (CC BY-NC 2.0)

Dans son avis, adopté à l’unanimité le 6 janvier 2015, sur le projet de loi en discussion sur la transition énergétique, l’Académie des sciences a indiqué qu’il faudrait tenir compte :

  • des objectifs économiques fondamentaux, notamment celui de la compétitivité des entreprises, aussi bien que des facteurs scientifiques et technologiques, afin d’être réalistes, d’assurer la sécurité d’approvisionnement et d’augmenter l’indépendance énergétique,
  • de la soutenabilité économique des mesures envisagées,
  • de la lutte contre la précarité énergétique.

L’Académie donne les avis suivants :

1. Le développement des énergies renouvelables intermittentes éolienne et photovoltaïque devrait se faire à un rythme prudent,

  • en tirant profit de l’expérience acquise dans d’autres pays,
  • en anticipant les difficultés d’insertion de ces énergies dans le réseau et de leur effet sur le système électrique dans son ensemble,
  • et en tenant compte de la nécessité de prévoir leur compensation lorsqu’elles ne sont pas disponibles, sans que cela conduise à une augmentation des émissions de CO2 ou à des importations d’énergie électrique.

2. Pour ce qui concerne l’énergie nucléaire, le passage à 50% à l’échéance indiquée (2025) ne tient compte :

  • ni des objectifs affichés de la loi (réduction des émissions de CO2),
  • ni des facteurs techniques et économiques liés à cette réduction.

Cette réduction ne pourrait se faire que si des moyens de stockage de l’électricité à grande échelle devenaient disponibles, évitant le risque de déstabilisation du réseau et le recours à des centrales thermiques de compensation génératrices de CO2, pour suppléer les énergies renouvelables.

Le préambule du projet de loi donne la priorité à une baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES), à la réduction de la combustion des énergies fossiles et à des efforts pour diminuer autant que possible la consommation globale d’énergie. L’Académie note que l’évolution impulsée par la loi doit respecter les objectifs économiques fondamentaux et, de ce point de vue, éviter de grever la compétitivité des entreprises, et même permettre d’améliorer leur position et celle du pays. Elle rappelle que la France est, parmi les pays développés, l’un des plus faibles émetteurs de gaz à effet de serre par habitant et l’un des plus avancés dans la production d’électricité décarbonée.

Le projet de loi propose une augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie de 16% en 2012 à 32% en 2030. Pour la seule production d’électricité, il est prévu de faire passer l’ensemble hydraulique-éolien-solaire de 20% à 40% du total. Les ressources hydrauliques étant pratiquement exploitées à leurs limites naturelles, il est donc bien question, pour la production d’électricité, de l’éolien et du solaire.

Or, ce sont des sources intermittentes qui fluctuent en permanence, ce qui impose quelques observations :

  • L’objectif de 2030 ne semble accessible que si un début de moyens de stockage de l’électricité à grande échelle est disponible.
  • L’insertion d’énergies renouvelables dans le réseau nécessite de restructurer le transport électrique pour raccorder les lieux de production, collecter les énergies électriques produites de façon diffuse et les faire remonter vers les lieux de consommation.
  • Et quelles pourraient être les solutions qui éviteraient de traiter le manque de flexibilité des énergies solaire et éolienne par un appel massif à des énergies fossiles, avec une augmentation paradoxale mais inévitable des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques ?

En ce qui concerne le nucléaire le projet prévoit deux dispositifs :

  • une réduction de la part du nucléaire à 50% de l’électricité dès 2025 ;
  • un plafonnement de la puissance nucléaire installée au niveau actuel (63 GW).

Là encore quelques observations s’imposent :

1. L’énergie nucléaire étant décarbonée, son utilisation place la France parmi les pays développés les moins émetteurs de GES (presque deux fois moins par habitant qu’en Allemagne). L’industrie nationale étant remarquablement compétente dans ce domaine, ce sont d’autres considérations que celles affichées dans le préambule de la loi qui ont prévalu dans ce cas. La réduction visée pour 2025 paraît à la fois trop rapide et peu compatible avec les objectifs de cette loi.

2. Il faut garder en mémoire qu’en attendant le déploiement de futurs EPR, seules nos centrales les plus anciennes, celles de 900 MW, sont adaptées au recyclage du plutonium issu du retraitement du combustible usé (combustible « MOX »). Leur arrêt immédiat poserait donc le problème d’une autre gestion de cet élément que celle mise en place pour aller vers les réacteurs de quatrième génération.

3. Les réacteurs nucléaires de quatrième génération pourraient permettre de disposer vers la fin de ce siècle d’un parc nucléaire autonome en combustible et ce pour des siècles. Leur mise au point nécessite un effort de recherche important et soutenu.

Ainsi a dit l’Académie des sciences !

Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur:
http://www.contrepoints.org/2015/02/20/198471-transition-energetique-lacademie-a-dit-entre-autres-choses

NDLR: cet article est un résumé, rédigé par M.Michel GAY, de l'Avis de l'Académie, rendu public le 6 Janvier 2015. Pour ceux qui souhaiteraient prendre connaissance de l'intégralité de l'Avis, merci de cliquer sur le lien ci-dessous pour accéder à une version compléte en PDF (12 pages).

(Mis en ligne le vendredi  27 Février 2015)

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