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Stratégies dans l’optimisation d’énergie : la transition iconomique

Référence de l'article : DT3576
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écrit par Aurélien DUTHOIT,XERFI

La prochaine révolution industrielle, ce n’est pas la transition énergétique comme proposée par Jérémy Rifkin, mais la transition iconomique. Celle-ci qui implique l’informatisation de tout le système productif, et ne concerne pas seulement la production d’énergie.

Le meilleur des leviers pour la transition énergétique est la transition iconomique : l’hybridation des technologies énergétiques et informatiques permet de réaliser des économies d’énergies considérables à un horizon court. On aurait donc tort de se limiter aux seules énergies renouvelables.

La transition iconomique s’applique tout aussi bien à la production qu’à la transmission, la distribution et la consommation d’énergie. Voyons en ses implications concrètes dans le domaine de l’optimisation énergétique dans le bâtiment résidentiel et tertiaire. Nous avons choisi cet angle car l’énergie la moins chère, c’est celle que l’on ne consomme pas, et que l’optimisation est le meilleur des leviers pour apporter des résultats à court terme.

Rappelons pour mémoire que le bâtiment concentre à lui seul 40% de la consommation d’énergie finale en France, et que la France s’est fixée pour objectif d’en réduire la consommation de 38% d’ici à 2020. Au rythme où se renouvelle le parc immobilier français, il est totalement illusoire de miser sur la construction neuve : la priorité, c’est l’optimisation de l’existant.

L’irruption de l’iconomie sur les marchés de l’optimisation énergétique est évidente :

l’exemple le plus retentissant en date de cette hybridation de l’énergie et du numérique, c’est l’acquisition du fabricant de thermostats intelligents Nest par Google pour plus de 3 milliards de dollars. Plus proche de nous, c’est le projet expérimental Issygrid, à Issy-les-Moulineaux, auquel contribue Alstom, Bouygues, ERDF, Microsoft, Schneider Electric ou encore Total. Ces initiatives incarnent parfaitement la transition iconomique appliquée aux marchés de l’optimisation énergétique.

Premier point, les frontières entre matériel, logiciel et services s’estompent, et les acteurs dominants sur le marché sont des ensembliers capables de coordonner tout à la fois ces aspects.

Pour prendre l’exemple de Nest, il s’agit d’un bien matériel, en l’occurrence des thermostats, auxquels on adjoint une couche logicielle qui les rends plus intelligents et connectés, et une couche servicielle pour en assurer notamment l’installation, le déploiement et l’optimisation. C’est une petite révolution sur un marché qui a longtemps souffert des relations souvent conflictuelles entre énergéticiens, gestionnaires de réseaux, fabricants de matériel électrique et groupes de BTP. Ce rôle croissant du logiciel a également une autre conséquence typique de la transition iconomique : la machine devient capable d’apprendre, et apporte une valeur-ajoutée encore supérieure en secondant efficacement l’utilisateur.

Deuxième point, l’iconomie fait entrer de plain-pied la consommation d’énergie dans le domaine du Big Data.

Ces appareils intelligents permettent une information fiable, en temps réel, traçable de la consommation de l’énergie à un niveau individuel, puis collectif. On ne peut pas gérer ce que l’on ne peut pas mesurer : à son niveau, un ménage disposant d’appareils de mesure intelligents connait précisément le profil de sa consommation d’énergie selon la pièce, l’appareil électrique ou l’heure, et peut donc trouver sans difficulté les sources de gaspillage et les économies potentielles. A un niveau plus global, l’ensemblier capable de collecter et d’analyser le comportement de millions de clients dispose d’une mine d’informations pouvant permettre d’affiner la gestion du réseau électrique. Ces informations s’intègrent dans le concept plus général du réseau électrique intelligent, les fameuses smart grids.

Troisième point, l’iconomie redéfinit la promesse de valeur des opérateurs et les poussent à renouveler leurs modèles d’affaires.

La promesse de valeur sur le marché de l’optimisation énergétique consiste à faire réaliser aux clients des économies d’énergie sur un horizon de cinq à sept ans en moyenne. Cette promesse comportait jusqu’alors de nombreuses failles : [DS6b] la mesure de la performance est imprécise, [DS6C] l’incitation à l’optimisation est faible quand l’énergie est un poste de coût marginal, le rendement à cinq ans est trop lointain pour la plupart des structures, et les opérateurs hésitent à s’engager contractuellement sur des résultats. La transition iconomique va rendre cette promesse de valeur plus fiable et plus lisible, on l’a vu, notamment grâce aux objets connectés intelligents et au Big Data. Convaincus de la force de leurs solutions, des opérateurs proposent de nouveaux modèles d’affaires. Prenons deux exemples.

Tout d’abord, les Contrats de Performance Energétique, qui garantissent au client un objectif de réduction d’énergie, et permettent de partager les bénéfices de ces économies entre opérateur et client. Ce modèle n’est pas neuf mais rendu beaucoup plus pertinent par la transition iconomique. Des opérateurs comme Dalkia, Cofely Services, SPIE, Bouygues et Schneider Electric ont déjà signé de tels contrats. Un autre modèle, plus marginal, émerge et consiste pour le fournisseur à financer tout ou partie de l’installation de son client, et d’être remboursé au fur et à mesure grâce aux économies d’énergie générées. Ce modèle est particulièrement incitatif pour le client car il garantit l’efficacité des solutions et abaisse le seuil d’investissement initial.

Dernier point enfin, la transition iconomique bouleverse en profondeur les équilibres à l’œuvre sur le marché.

On l’a vu, des groupes internet comme Google investissent assez massivement le marché et rejoignent en cela d’autres opérateurs IT apparus plutôt récemment comme les SSII, les éditeurs de logiciel, les sociétés de conseil, les opérateurs télécoms et ainsi de suite. Il faudra à l’avenir également compter sur des start-up innovantes à la Nest. On est désormais très loin du trio énergéticien – groupes de BTP – équipementiers en matériel électrique qui contrôlait jusqu’alors l’essentiel du marché tertiaire. La transition iconomique pousse les opérateurs à aller chercher ailleurs les compétences qui leur font défaut dans une logique de co-copétition, où les groupes coopèrent pour évangéliser le marché et se livrent concurrence pour s’arroger un bénéfice maximal, voire le pilotage de l’ensemble.

La transition iconomique appliquée à l’énergie va donc transformer en profondeur toute l’offre des marchés de l’efficacité énergétique. En mettant le client au centre du dispositif, elle va également avoir un impact fort sur le consommateur et son mode de vie en l’aidant à être un agent actif d’un objectif global. A un niveau plus macro-économique, elle apparait également indispensable pour rééquilibrer la balance commerciale française, déficitaire à hauteur de 65 milliards d’euros pour le seul poste de l’énergie.

Nota : cet article est également disponible en version video : http://www.xerficanal.com/emission/Aurelien-Duthoit_Strategies-dans-l-optimisation-d-energie-la-transition-iconomique_1487.html

(Mis en ligne le 25 Avril 2014)

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