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Axe franco-allemand de l’énergie : leurres et erreur

Référence de l'article : DT3299
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écrit par Olivier PASSET,XERFI

En proposant un projet franco-allemand paneuropéen, de grande entreprise de la transition énergétique, à l’instar d’Airbus, François Hollande serait-il en train d’enrichir son discours national sur l’offre d’une vraie stratégie productive fédératrice au plan européen ?

Serions-nous en train de changer de méthode ? Là où l’Europe a toujours placé la concurrence et les signaux de prix au cœur de son dispositif en faveur de la transition énergétique, François Hollande tenterait-il de déplacer le curseur ? Plaçant au premier plan la maitrise, l’appropriation, des technologies, la régionalisation de la production ? En somme basculerait-on du credo libéral, où le signal des prix oriente les arbitrages sur un marché concurrentiel ouvert, à une logique industrielle de filière maitrisée au plan européen? Car, on le sait, l’un des dangers de la transition énergétique, c’est de créer une nouvelle source de dépendance en ne maîtrisant ni la technologie ni la production sur son territoire.

Si tel est le cas, on peut s’étonner du degré de flou et d’abstraction de la formulation présidentielle. La formule soulève en effet plus de questions qu’elle n’en résout :

 

  • Quels cœurs de métier englobe une grande entreprise de la transition énergétique ? l’éolien, le solaire sans doute, les réseaux intelligents également. Mais bien difficile à ce stade d’imaginer le consortium d’entreprises  destinées à s’allier. On voit mal demain Siemens, Schneider, GDF, Enercon se fédérer dans une méga-compagnie
  • Difficile également de marier les projets énergétiques français et allemands. Les mix énergétiques sont extrêmement dissemblables de part  et  d’autre du Rhin, les avantages comparatifs et savoir-faire également. La discontinuité des sources allemandes provoquent des à-coups de production  et une incertitude sur les prix. Il y a là source de complémentarité et de lissage des problèmes, mais aussi  source de conflit potentiel.

La référence au duo-franco-allemand et à Airbus  rappelle certes l’heure de l’Europe des coopérations étatiques à géométrie variable, des grands projets. Elle a au moins le mérite d’ouvrir une nouvelle dimension de la politique énergétique. Rappelons en effet ce qu’est la politique de l’énergie au plan européen aujourd’hui :

  1. C’est l’ouverture à la concurrence des marchés du gaz et de l’électricité en 2007
  2. C’est la création d’un marché des quotas ETS, principal outil européen existant en vue d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020.
  3. C’est la cible des 3X20 du protocole de Kyoto : 20 % de diminution des émissions de gaz à effet de serre, 20% de part des énergies durables et 20 % de hausse de l’efficacité énergétique, cibles qui sont déclinées de façons différenciées par pays.

Mais pour mesurer à quel point la proposition de François Hollande paraît à ce stade un non-projet plus  qu’un contre-projet, plaçons nous face à l’utopie de ce que serait une Europe de l’énergie et de la transition énergétique ?

  • C’est d’abord une Europe qui mettrait les bouchées doubles sur le déploiement de réseaux et de compteurs intelligents capables d’intégrer toutes les sources d’énergie renouvelables intermittentes à travers l’Europe.
  • C’est ensuite des plans d’investissement conjoints dans les énergies renouvelables, concentrés dans les pays du Sud à fort potentiel solaire, hydraulique ou éolien. Or,  paradoxalement, l’Europe fixe des objectifs peu ambitieux  en termes d’émission et de renouvelable au pays du Sud de l’Europe.

Un grand projet énergétique franco-allemand n’intégrant pas le Sud sonne à ce stade comme une nouvelle occasion perdue de favoriser la convergence réelle en Europe, d’investir et de bâtir des avantages productifs en périphérie. Le projet de François Hollande joue la polarisation quand l’Europe de l’énergie serait l’occasion de promouvoir une offre à forte valeur ajoutée  et de la demande à sa périphérie.

(Rédigé le 7 Février 2014)

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