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Les OGM s’attaquent aux moustiques

Référence de l'article : DS3724
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Les OGM s’attaquent aux moustiques
écrit par Jacques HENRY,

La manipulation génétique des moustiques, par la mise en place d’un processus favorisant la naissance d’individus mâles, est un bel espoir pour éradiquer la malaria.

Après le lamentable épisode de l’amnistie sans suite du faucheur de porte-greffes de la vigne génétiquement modifiée par l’INRA avec les impôts des contribuables, faut-il le rappeler, pour résister au virus du court-noué, va-t-il falloir assister encore une fois à la démonstration de l’obscurantisme ahurissant des écologistes avec le moustique transgénique mis au point pour tenter de combattre la malaria ? Depuis l’interdiction du DDT préconisée par les écologistes il y a plus de 40 ans la malaria a tué peut-être 100 millions de personnes, c’est le tribut payé pour satisfaire les exigences des écologistes qui prétendaient sans aucune preuve à l’appui que le DDT pouvait décimer le plancton, être à la longue cancérigène ou encore favoriser l’apparition de super-moustiques résistants au DDT et donc à tous les autres insecticides puisque ce produit était le seul efficace contre ces insectes volants. Pour l’anecdote il faut rappeler que le développement immobilier des côtes de l’Hérault et de l’Aude, depuis la Camargue jusqu’à Perpignan, infestées de moustiques et réservées aux aventuriers dans les années 50 et 60 ont été nettoyées à l’aide de DDT utilisé en quantités massives. Sans ce produit, la Grande-Motte, pour ne citer que cet exemple, n’existerait pas. Oh, je sais, cette éradication des moustiques a favorisé le tourisme de masse et enrichi les promoteurs, un combat contre la nature qui a engraissé les riches, c’est ce que les écolos vous balanceront dans les dents si vous osez argumenter contre l’ineptie de l’interdiction du DDT. 1

Mais revenons à ces moustiques vecteurs de la malaria et de bien d’autres maladies parasitaires et virales qui tuent en gros un million et demi de personnes dans le monde chaque année. Pas de quoi s’alarmer, la planète est surpeuplée, la nourriture va manquer, les combustibles fossiles aussi, autant laisser mourir un million d’enfants (qui ne se reproduiront pas) chaque année, c’est bon pour l’avenir de l’humanité.

C’est en résumé l’idéologie des écologistes et ça fait peur parce qu’ils ont pour mission de répandre la peur par tous les moyens.

Une équipe de biologistes de l’Imperial College à Londres a entrepris pourtant, malgré les efforts des écologistes pour dissuader ce genre de recherche, de modifier génétiquement des moustiques de l’espèce Anopheles gambiae, le principal vecteur de la malaria afin de rendre leur descendance majoritairement mâle. Horreur et damnation, il s’agit de manipulations génétiques ( doi: 10.1038/ncomms4977 (2014) ) ! Mais si l’on oublie l’aspect polémiste de cette approche car il s’agit tout de même de lâcher dans la nature des insectes génétiquement modifiés, c’est bien pire que  planter des porte-greffes de vigne résistants au court noué. Les moustiques, ça vole et ça peut répandre de mauvais gènes alentour ; il faut reconnaître que cette approche pour combattre la malaria est porteuse d’immenses espoirs quoi que puissent en penser les écolos !

Il est très intéressant d’exposer l’approche adoptée par les biologistes de l’Imperial College car elle pourrait être appliquée à bien d’autres insectes ravageurs notamment des cultures, justement. Dans le principe, il s’est agi de faire en sorte que les femelles, après fécondation, produisent une descendance majoritairement mâle. Le moustique mâle, comme l’homme, possède un chromosome sexuel X et un chromosome sexuel Y et la femelle deux chromosomes X. Lors de la méiose, c’est-à-dire la réduction de moitié du nombre de chromosomes pour produire les gamètes, la femelle aura toujours un chromosome X . Si par un moyen quelconque on arrive à détruire le chromosome X du mâle tout en préservant son chromosome Y, alors la descendance sera inévitablement mâle. C’est cette approche conceptuelle qu’ont choisi Nikolai Windbichler et Andrea Crisanti, les principaux auteurs de cette étude, pour faire en sorte que la descendance du moustique soit majoritairement des mâles qui, entre parenthèses, ne piquent pas et se contentent de butiner quelques fleurs pour se nourrir.

L’astuce a consisté à introduire le gène d’une endonucléase existant dans un lichen, il fallait l’imaginer, appelé Physarium polycephalum, peu importe le nom scientifique, un enzyme qui coupe spécifiquement un morceau d’ADN présent uniquement sur le chromosome X, cet enzyme appelé « I-Ppol » détruisant le chromosome X. Pour les femelles, il y a une chance sur deux que l’un des chromosomes X disparaisse lors de la méiose, mais pour le mâle, c’est sans appel, le chromosome Y n’étant pas affecté, la descendance sera alors exclusivement constituée de mâles. Le tour est joué ! Si on entre dans le détail des travaux réalisés pour atteindre ce résultat on est carrément émerveillé car il s’agit de vraie science au niveau moléculaire et non pas de pseudo-science frelatée à la Séralini. Il a fallu modifier l’endonucléase proprement dite en modifiant son gène afin d’allonger sa durée de vie et son affinité pour la portion d’ADN du chromosome X qui devait être attaquée en se basant sur la structure tridimensionnelle de la protéine en déterminant ainsi quel aminoacide devait être changé pour atteindre ce but. A chaque aminoacide correspond un codon de trois lettres dans l’ADN codant pour la protéine ; pour atteindre le but recherché il existe un moyen simple mais tout de même complexe consistant à procéder à ce que l’on appelle de la mutagenèse dirigée, et d’observer quelles sont les nouvelles propriétés de l’enzyme modifié produit dans un système bactérien approprié. Finalement ces travaux qu’on peut qualifier de somptueux et nobélisables ont permis d’obtenir un enzyme qui résiste à la chaleur, jusqu’à 54 degrés et présente une affinité trente fois supérieure à celle de l’enzyme non modifié génétiquement pour le site particulier de l’ADN du chromosome X du moustique qu’il aura pour mission de tout simplement détruire. Le résultat est incroyablement banal puisqu’il a fallu atteindre deux modifications ponctuelles de l’enzyme, de la leucine 111 en alanine et du tryptophane 124 en leucine, et pas plus que ça …

Naturellement il a fallu ensuite introduire ce gène modifié dans le patrimoine génétique du moustique pour arriver au résultat escompté. Sans entrer dans les détails, les curieux peuvent toujours aller cliquer sur le DOI inséré plus haut ou le lien en fin de billet, le gène a été introduit conjointement avec une construction comportant une protéine fluorescente (eGFP) à l’aide d’un promoteur de la tubuline beta-2. C’était pour faire simple … Toujours est-il que les résultats sont sans appel comme l’indique le graphique ci-dessous :

En noir figure le contrôle avec des mâles normaux et des femelles normales et l’apparition des femelles dans la descendance et en rouge la même évolution de la densité de femelles avec des mâles génétiquement modifiés. Et si on s’intéresse aux œufs le résultat est encore plus évident :

Après trois générations il ne reste pratiquement plus de femelles et le nombre d’oeufs atteint presque zéro, normal puisqu’il n’y a pratiquement plus de femelles ! Ces travaux d’une sophistication extrême ont donc consisté à créer une distorsion de la fonction sexuelle au niveau chromosomique par introduction d’une nouvelle activité enzymatique qui a pour objectif une stérilisation de l’espèce en orientant la descendance uniquement vers les mâles par destruction spécifique du chromosome X des mâles. Pour l’anecdote cet enzyme dont il est question utilise des atomes de zinc comme cofacteurs pour fonctionner correctement et ce travail, au final, permettra peut-être de « dézinguer » ces sales bêtes qui me rappellent à leur bon souvenir chaque fois que j’ai une crise de malaria.

Article publié à l’origine sur le Site Contrepoints.fr et reproduit ici avec l’autorisation de l’éditeur : www.contrepoints.org/2014/06/12/168624-les-ogm-sattaquent-aux-moustiques

(Mis en ligne le 13 Juin 2014)

Pour aller plus loin : présentation de l’étude scientifique
1.      Pour plus de détails : http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-ecologie-morts-tome1-123841920.html

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