Se connecterS'abonner en ligne

Cinq vérités bonnes à dire sur le CANCER

Référence de l'article : DS6545
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Richard GUEDON,Docteur en médecine, Ancien administrateur d'une Caisse d'assurance-maladie,(23 Décembre 2017)

 

Première idée reçue : « le nombre de cancers augmente sans cesse » c’est une idée FAUSSE.
Le nombre annuel de nouveaux cas de cancer en France, ce que l’on appelle l’incidence, a augmenté entre 1980 et 2005 mais, depuis 2005, il baisse de 1,3% par an chez les hommes et s’est stabilisé à 0,2% par an chez les femmes.

Selon l’Institut National du Cancer, on estime à 385 000 le nombre de nouveaux cas de cancer pour l’année 2015 en France métropolitaine, 211 000 chez l’homme et 174 000 chez la femme.
En 2015 chez l’homme, le plus fréquent est le cancer de la prostate, 53 900, puis le cancer du poumon, 30 400, puis le cancer colorectal, 23 500.

Chez la femme, le plus fréquent est le cancer du sein, 54 100, suivi du cancer colorectal, 19 500, puis du cancer du poumon, 14 800.
De tous ces cancers le seul dont le nombre augmente est le cancer du poumon chez la femme, en rapport avec l’augmentation massive du tabagisme féminin depuis les années 70.

LA MORTALITÉ PAR LE CANCER EN BAISSE

Seconde idée reçue : « on meurt de plus en plus du cancer » : c’est encore une idée FAUSSE :
Dans la population générale la mortalité par cancer a baissé de 1,5% par an chez les hommes et de 1% par an chez les femmes depuis 1980. Cette baisse s’accélère puisque depuis 2005, elle est de 2,9% chez les hommes et de 1,5% chez les femmes. Le nombre de décès par cancer est estimé à 149 500 en 2015 dont 84 100 chez les hommes et 65 400 chez les femmes.

Cette baisse de la mortalité est due au dépistage précoce de cancers débutants plus faciles à soigner (sein, prostate, colon, col de l’utérus, peau) et au progrès constant des traitements anti cancéreux.

LA SURVIE S’AMÉLIORE

La survie s’est améliorée pour la plupart des cancers diagnostiqués entre 1989 et 2010, elle est par exemple de 93% à 5 ans pour le cancer de la prostate, de 87% pour le cancer du sein mais seulement de 17% pour le cancer du poumon.
Les hommes meurent de cancer du poumon, 20 990, de cancer colorectal, 9 337, et de cancer de la prostate, 8 713. Les femmes meurent de cancer du sein,
11 913, de cancer du poumon, 9 565, de cancer colorectal, 8 496.

LA COMPÉTITION POUR LA GUÉRISON

Troisième idée reçue : « le cancer est la première cause de décès en France, devant  les maladies cardio-vasculaires ». Cette idée est JUSTE et mérite un commentaire : en nombre de décès annuels, le cancer, c’est vrai, a « doublé » les maladies cardiovasculaires en 2014 mais, si l’on peut dire, en marche arrière.
La mortalité par cancer baisse, nous l’avons vu, de plus en plus vite, mais la mortalité cardio-vasculaire baisse encore plus vite. Autrement dit la course à  la guérison est encore plus rapide pour les maladies cardio-vasculaires que pour le cancer ce qui fait de celui-ci la lanterne rouge.

LE RÔLE DE L’ÂGE

Quatrième idée reçue : « on ne sait pas bien pourquoi le cancer a autant augmenté entre 1980 et le début des années 2000, c’est probablement à cause de la dégradation de notre environnement et on nous le cache » : c’est encore une idée FAUSSE même si elle est très répandue.
Cette hausse est parfaitement expliquée par :

  • L’augmentation constante de la population française qui fait augmenter mécaniquement le nombre de cancers
  • L’augmentation du risque de cancer qui augmente exponentiellement avec l’âge : toutes choses égales par ailleurs, le risque d’avoir un cancer est de 10 pour 100 000 personnes à 30 ans, de 100 pour 100 000 personnes à 50 ans et de 1000 pour 100 000 personnes à 70 ans. Or la population française vieillit vite, d’une part à cause du vieillissement des générations nombreuses du baby-boom et d’autre part en raison de l’augmentation constante de l’espérance de vie, en moyenne de 3 mois par an ces 50 dernières années.

Il y a donc de plus en plus de personnes âgées et, mécaniquement, plus de cancers.

DÉPISTAGE ET RECUEIL DES DONNÉES

2 autres facteurs interviennent probablement aussi, mais à un degré moindre :

  • Le dépistage précoce de cancers par la santé publique, les médecins libéraux ou par les gens eux-mêmes (auto palpation des seins) permet de découvrir des cas qui seraient probablement restés inconnus.
  • On compte beaucoup mieux qu’avant le nombre réel de cancers, à la fois par le souci que l’on a d’en tenir des registres exhaustif et par la modernisation des systèmes d’informations.

LES CANCERS DES ENFANTS

Les cancers de l’enfant de moins de 15 ans sont très différents de ceux des adultes. Ce sont surtout des leucémies (29% des cas), les tumeurs du système nerveux central (24%) et les lymphomes (11%). Ils sont heureusement très rares, avec 153 cas par million d’enfants, ce qui représente environ 1750 nouveaux cas par an. Même si les comparaisons dans le temps sont difficiles en raison du très faible nombre de cas, aucune étude sérieuse n’indique une augmentation significative de leur fréquence.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on les soignent de mieux en mieux et que le taux de survie des enfants augmente régulièrement. On estime leur taux de guérison à 80%.

LES VRAIES CAUSES

Cinquième idée reçue : « les cancers sont causés surtout par la pollution, les pesticides, les produits chimiques, les perturbateurs endocriniens » : cette idée est FAUSSE.
Les véritables causes des cancers sont indiquées avec rigueur sur le site de l’Institut National du Cancer : 
 
http://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Comment-prevenir-au-mieux-les-cancers/Principaux-facteurs-de-risque-de-cancer
 
Le premier facteur de risque de cancer est le tabac, à l’origine de 18% des cancers.
Ensuite viennent la consommation dalcool (8 à 9% des cancers) et les habitudes alimentaires inappropriées : faible consommation de fruits et légumes, consommation excessive de viande rouge et de charcuteries, faible consommation de fibres et excès de sel (encore 8 à 9 %).

Les expositions professionnelles à des substances cancérigènes interviendraient pour 4,5 à 8 %.
L’exposition à certaines infections (estomac, foie, utérus) serait en cause pour  3 % des cancers.

Le manque d’activité physique, le surpoids et l’obésité, l’exposition aux rayons ultraviolets, solaires et artificiels sont responsables chacun de 2 % des cancers.
Enfin, moins de 1 % des cancers serait liés à la pollution de l’air extérieur et intérieur.
On estime ainsi qu’environ 40% des cancers pourraient être évités.

L’ENVIRONNEMENT, OUI, MAIS POUR LE MEILLEUR

Au total, si les gens du 21ème siècle ont de nombreux cancers c’est paradoxalement parce qu’ils sont en meilleure santé qu’avant, parce qu’ils ne meurent quasiment plus en couches, à la guerre, de tuberculose ou de pneumonie. Ils atteignent donc des âges où, statistiquement, ils ont beaucoup plus de risques d’avoir des cancers.

Grace aux progrès dans la prévention, les dépistages, les vaccinations et les traitements, le nombre annuel de nouveaux cancers baisse chez les hommes et est stable chez les femmes, la survie augmente et la mortalité de la plupart des cancers est en baisse, à la notable exception du cancer du poumon chez la femme.

Ainsi l’idée reçue que les cancers sont sous la dépendance de notre environnement est JUSTE mais pas pour le pire, pour le meilleur.
 

_____________________________________________________________________________
Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :

https://www.contrepoints.org/2017/12/22/305944-5-idees-recues-cancer 
 
(Mis en ligne le 23 Décembre 2017)

 
 
Articles similaires
Comment lire plus vite et retenir davantageQuel lien entre le magnétisme et les «...Expliquer les effets indésirables du Levothyrox :...Cerveau : pourquoi des pilules placebo génèrent...Lyme, fièvre du Nil, Ebola : comment l’érosion de...Surprise ! Le chauffage électrique est écologique...Prix Nobel de médecine pour 3 chercheurs en...Alerte à la radioactivité ? Non ! Ou comment...Rester trop longtemps assis nuit à votre cerveauLa coupable tentation d'abolir le secret...Pourquoi tombons-nous malades ? Darwin détient...Quelle est la durée «normale» d’un rapport sexuel...Pollution aux particules fines : peut-on faire...Faire repousser les nerfs, oui, c'est...La défiance à l'égard de la vaccination...Courir quand il fait plus de 30°C, est-ce une...Où en êtes-vous de la quête de votre ikigai ?Des nanoparticules d'or pour détruire les...Pourquoi manger est un acte citoyenSanté : les plantes sont des médicaments comme...Macron se sert-il uniquement de son cerveau droit...L'hystérie du "sans gluten"...Comment homo sapiens, cessant de mastiquer,...Ni viande, ni lait, est-ce bien raisonnable ?La lèpre est-elle prête pour une réémergence...Tout ce que l'on vous cache sur le LAIT,...L’ampleur du « tourisme » médical : analyse des...3 œufs par jour depuis 90 ans : c'est le...L'industrie du sucre sape volontairement...La menace de l'ubérisation pèse-t-elle sur...Nutrition : sucres ou graisses, quel est le...Le scanner, nouvel outil du consommateur pour...Au pays des obèses, le sucre est roiIl n’y a plus d’armes contre les bactéries...Glaucome : les raisons de son apparitionFaut-il apposer la mention «La charcuterie TUE »...Pourquoi je mange volontairement très grasL’évolution de l’espèce humaine, un parcours semé...Le glyphosate refait parler de lui (en mal, bien...Des feuilles de châtaignier contre le...Gène de l’obésité : beaucoup de bruit pour...Espèces menacées: le caribou finit par revenir...Vaccin contre la malaria : l'espoir...L’invention du vaccin contre la variole et la...Pour rester jeune, prenez de la glycine !Manger des yaourts, est-ce bon pour la santé ?La pharmacologie de haute précision, c’est...La bonne (et la mauvaise) humeur est contagieuse...Cigarette électronique : quand les vices ont des...Résistances aux antibiotiques : la vraie urgenceLa grosse blague de la « Charte pour une santé...Gluten, lactose, oligosaccharides : une nouvelle...