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Philippe JOUBERT: " Le business peut être à la fois vertueux ET rentable "

Référence de l'article : DE4940
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Entretien avec Philippe JOUBERT, Ancien DG délégué du Groupe ALSTOM [1],réalisé par Charles Haquet et Olivier Le Naire ( L'EXPRESS)

Ancien grand patron, spécialiste dans la finance et l’énergie, Philippe Joubert a quitté, en 2012, à 58 ans, son poste de directeur général délégué d’Alstom pour s’engager dans le développement durable. Consultant international et président du Corporate Leaders Group du Prince de Galles, ce franco-brésilien parcourt le monde pour inciter les entreprises à lutter contre le dérèglement climatique. Et changer leur modèle de développement.

Pourquoi avoir quitté Alstom en 2012 ?
 
Tout simplement parce qu’en tant que directeur général délégué, je n’étais plus d’accord avec la stratégie du groupe, en particulier sur l’importance de l’environnement comme pilier de la stratégie. Au-delà d’Alstom, je considère que le business à l’ancienne est mourant et qu’il faut tout repenser si l’on veut préserver un système auquel je crois : le capitalisme de marché. Il faut remettre les entreprises dans la bonne direction.
Déjà, il y a quinze ans, même si personne ne voulait parler des premiers rapports du Giec, on voyait bien que l’énergie devrait être propre. Il n’y a pas d’alternative. Or on continuait à inaugurer des centrales à gaz ou à charbon en sachant très bien qu’une fois celles-ci installées, on en prenait pour cinquante ans de pollution de l’atmosphère.
 
Les entreprises n’ont pas évolué depuis?
 
Si, heureusement! Aujourd’hui, je vois quatre grands acteurs qui peuvent nous amener à bouger. D’abord l’armée, parce que les militaires voient bien sur le terrain les migrants climatiques, les guerres de l’eau, l’ampleur nouvelle des catastrophes naturelles. Les dirigeants religieux, ensuite, pour des raisons de justice et d’équité. Dans son encyclique, le pape a rappelé que les pays riches n’ont pas le droit d’envoyer aux plus pauvres et aux générations futures la facture de leurs politiques égoïstes. Troisième acteur : les collectivités locales, en première ligne pour chercher des solutions concrètes, sur le terrain, aux inondations, aux canicules, à la pollution. Enfin les entreprises, qui représentent 75 % de l’activité mondiale. Ce sont leurs opérations qui polluent le plus mais ce sont elles aussi qui ont les moyens financiers et les solutions techniques pour faire face aux dérèglements
 
Y a-t-il une contradiction entre croissance et développement durable?
 
Non, car les technologies propres existent. Il faut juste –ce n’est pas simple, mais réalisable – changer nos manières de produire et de consommer. Pourquoi le modèle de référence serait-il forcément sale, cynique et mortifère alors qu’il y a la place pour un développement vertueux et rentable? Pour l’heure, les entreprises misent sur la rentabilité immédiate, mais les mentalités évoluent. Les entreprises repensent leurs process afin de ne plus utiliser des ressources qui deviendront rares et trop chères pour leurs produits. Par exemple, Puma avec le cuir et Nike avec l’eau. Ceux qui pensent que les services rendus par la nature vont rester gratuits et illimités sont ignorants, cyniques ou fous. Le monde financier, les fonds, les banques, les assurances commencent à bouger. Non par altruisme, mais parce que le niveau de risque est devenu trop élevé. Depuis que le lien a été établi, en Afrique du Sud, entre stress hydrique et production de charbon, les mines de ce pays ont été déclassées par les agences de notation car ce ne sont plus des investissements d’avenir. Les conséquences…

Pour lire la suite de cet entretien, merci de cliquer sur le document ci-dessous.

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[1] : Philippe JOUBERT est actuellement :

  • Conseiller pour l'Energie et le Climat du Président et CEO du Conseil Mondial des Entreprises pour le Développement Durable ( WBCSD), à Genève.
  • Président du "Corporate Leaders Group on Climate Change" de HRH the Prince of Wales, à Bruxelles.
  • Président Exécutif du GEI (Global Electricity Initiative) pour le World Energy Council, à Londres.
  • Conseiller de plusieurs présidents de grandes entreprises et Membre de plusieurs conseils d'administration.
  • Il était précédemment Président d'Alstom Brésil, Président d'Alstom Power et Directeur Général délégué du Groupe ALSTOM.


(Mis en ligne le 31 octobre 2015)