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François Hollande de plus en plus isolé sur le gaz de schiste

Référence de l'article : DE3313
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écrit par Aymeric de VILLARET,Expert des Marchés Pétroliers,

 « Dans les gaz de schiste, la France est le pays qui a la position la plus idéologique ».Cette phrase de Paolo Scaroni, patron du groupe pétrolier et gazier italien ENI, dans un entretien accordé aux Echos le 11 Février, apparaît comme un bon résumé du sentiment que peut donner la France au monde extérieur. Le soutien, le 10 février dernier, du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius au ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, en est la dernière illustration, d’autant qu’il apparaît en contradiction avec la déclaration du Président François Hollande du 14 juillet 2013 : « Tant que je serai président… ».

En plein débat sur le gaz de schiste en France, l’interview de Paolo Scaroni dans Les Echos du 11 février (voir ci-contre, sur cette même page, référence DE3321) pourra apparaître quelque peu provocatrice à la classe politique française avec notamment cette remarque sur la position française en ce qui concerne le gaz de schiste :

 « Comme toujours, le pays le plus pragmatique en la matière a été l’Angleterre, alors que la France a la position la plus idéologique. François Hollande a dit : « Tant que je serai président, il n’y aura pas de gaz de schiste ». Je lui souhaite de ne pas être président trop longtemps, car il risque d’y avoir un problème sur ce front. Dire jamais sans avoir exploré à fond un sujet aussi vital me semble absurde ».

Bien sûr l’interview de Paolo Scaroni ne se limite pas à la France et au gaz de schiste puisque le passage que nous surlignons est un extrait d’une interview plus globale sur la nécessité d’un changement de politique énergétique européenne et d’une nouvelle alliance avec la Russie.

Nous pensons que le choix de Paolo Scaroni de faire cette interview dans un journal économique français est révélateur d’une certaine exaspération face au blocage actuel ressenti par la majorité des acteurs économiques et industriels par ce veto de François Hollande du 14 juillet 2013 : « Tant que je serai Président… ».

Il est difficile d’accuser Paolo Scaroni de ne pas connaître la France vu son parcours professionnel chez Saint-Gobain pendant quinze ans, les implantations du groupe italien en France, sans oublier la proximité géographique de l’Italie avec l’Hexagone.

Rappelons que la France est, avec la Bulgarie, le seul pays en Europe à refuser l’exploration…

Force est de constater que la majorité des pays se lance dans l’exploration de gaz de schiste en gardant à l’horizon la transition énergétique et que le gaz de schiste est vu comme un moyen d’attendre.

Ainsi les buts sont, pour des pays à économies si différentes :

1)      Pologne : pays très charbonné, son souhait est de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie (60% de son gaz).
2)      Royaume-Uni : volonté de ne pas voir le déficit de sa balance commerciale s’aggraver/ trouver une énergie de transition.
3)      Danemark : exporter du gaz pour financer la transition énergétique.
 

Doit-on se comparer à la Bulgarie alors que notre tissu industriel et économique est si différent ?

….mais arrivée de renfort au niveau des ministres pour Arnaud Montebourg, avec Laurent Fabius…

En effet, alors que jusqu’à maintenant, Arnaud Montebourg était bien seul dans sa croisade pour le gaz de schiste contre Delphine Batho, Philippe Martin, Cécile Duflot et même Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a déclaré le 10 février à RTL :

« Ma position est simple. Le système actuel de fracturation hydraulique est mauvais pour l’environnement. Donc ce n’est pas celui-là qu’il faut exploiter. En revanche, que l’on fasse des recherches pour savoir s’il y a une autre possibilité d’exploiter le gaz de schiste, ça me parait normal [ … ] et « être ouvert sur la recherche, oui, trois fois oui ».

…qui crée ainsi une nouvelle agitation politique

Ainsi, dès le 11 février, du fait de ce soutien de Laurent Fabius, l'UMP Bernard Accoyer, ancien Président de l'Assemblée nationale, a appelé lundi Jean-Marc Ayrault à "clarifier enfin" la position du gouvernement sur la recherche pour l'exploitation des gaz de schiste.

Conclusion : les bons et les méchants ?

Pour caricaturer, à la lecture des prises de position des hommes politiques, on peut parfois avoir l’impression que, devant la problématique de l’exploration du gaz de schiste en France, il y aurait les bons et les…méchants.

Comme disait Maud Fontenoy (voir notre article http://www.lasyntheseonline.fr/matieres_premieres_-_la_synthese_on_line/petrole_et_gaz/gaz_de_schiste_devenu_soudainement_un_atout_ecologique,31,3279.html), le gaz de schiste peut éventuellement être écologique…ce qui ne peut faire plaisir à d’autres écologistes.

On comprend mieux, face à ces débats, la phrase de Paolo Scaroni sur la position « idéologique » prise par la France : cette position parait, à la relecture de la phrase de François Hollande « Tant que je serai Président…»,  surtout guidée par des alliances électorales.

(Ecrit le 12 Février 2014)