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EDF et le chinois CGNPC : superbe contrat de 2 EPR au Royaume-Uni

Référence de l'article : CE2965
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Ca  y est ! Le Ministre britannique des Finances, George OSBORNE, a donné son feu vert à des prises de participations chinoises dans des projets de développement de la nouvelle génération de réacteurs nucléaires, à savoir les EPR. Il est possible qu’un contrat pour 2 EPR soit signé le Lundi 21 octobre 2013, accord concernant par conséquent EDF et son allié sur ce dossier, à savoir le chinois CGNPC.

C’est à l’occasion d’un voyage en Chine que le Chancelier de l’Echiquier George Osborne a annoncé la bonne nouvelle : oui, des entreprises chinoises pourront prendre des participations, au départ  minoritaires, puis un jour éventuellement majoritaires, dans la production d’électricité d’origine nucléaire. Cet accord débloquerait  le dossier de construction de 2 EPR (sigle qui signifiait au début European Pressurized Reactor, et qui signifie aujourd’hui Evolutionary Power Reactor) au Royaume Uni, dans le Somerset (Sud-Ouest de l’Angleterre)  à Hinkley Point C, situé à environ 60 kms au sud de Bristol.

Vers la sortie, partielle ou totale, de Centrica?

Dans ce projet de plus de 14 milliards de livres, soit environ 16,5 milliards d’euros, EDF aurait donc un nouvel associé, le Chinois CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Corporation), qui remplacerait le britannique Centrica, qui disposait à l’origine d’une option de 20% dans ce méga projet, mais qui abandonnerait finalement toute velléité de poursuite de ses activités dans la construction et la production d’énergie nucléaire de nouvelle génération. EDF ne pouvant investir et financer seul cette construction de 2 EPR, il fallait absolument trouver d’autres partenaires puissants pour co-financer ce projet d’envergure. C’est EDF qui aurait proposé à CGNPC de co-investir significativement avec lui sur Hinkley Point C, en sachant que d’autres partenaires industriels se joindront au projet, et notamment Areva pour la fourniture des deux réacteurs. Dans le schéma étudié actuellement, la quote-part de CGNPC serait plutôt de 30% (au lieu des 20% initialement dévolus à Centrica), et CGNPC aurait la possibilité de monter ensuite à au moins 49%.

Reste ensuite, comme de nombreux autres aspects du dossier, à s’entendre avec le gouvernement britannique sur le prix du kwh et, de plus, sur des durées d’engagement très longues, seul moyen de permettre à des industriels de pouvoir un jour amortir les coûts élevés d’investissement (et de recherche /innovation lorsque les technologies sont nouvelles) initiaux. Et il semblerait que David Cameron (qui avait signé la phase 1 du projet avec Nicolas Sarkozy en février 2012), George Osborne et Ed Davey, le secrétaire britannique à l’énergie, aient débloqué la situation en acceptant un prix qui tournerait aux environs de 92 livres sterling le kwh, soit environ 108 euros[1], sur une durée jugée suffisamment longue par EDF et CGNPC. A noter que celui-ci se réserverait le droit de faire intervenir une autre société chinoise pour co-financer ses 30% : cela pourrait être une société comme CNNC (China National Nuclear Corporation) ou SNPTC (State Nuclear Power Technology Corporation).

Transfert de hautes technologies inévitable...

A noter que, séparément de ce dossier, CGNPC négocie avec le Gouvernement Britannique la possibilité d’être le principal opérateur sur d’autres projets de production d’énergie nucléaire de nouvelle génération. L’objectif est clair : être adoubé par un gouvernement occidental sur la maîtrise de technologies très haut de gamme représenterait pour CGNPC une fabuleuse carte de visite pour aller ensuite, avec de grandes chances de succès, démarcher les nombreux autres pays émergents qui veulent diversifier leurs modes de production d’énergie, en faisant baisser la part ( très polluante) des énergies fossiles, bien conscients que le potentiel d’énergies renouvelables (photovoltaïque et éolien principalement) ne comblera pas tous leurs besoins futurs. Les Pays occidentaux aimeraient bien ne pas poursuivre sur la longue route, déjà empruntée à plusieurs reprises, du transfert de hautes technologies à la Chine, mais leurs poches sont vides : rien de tel qu’un ratio d’endettement public égal ou supérieur à 100% pour se résigner à mettre de l’eau dans son vin….Or, le Royaume-Uni en sera à 101% en 2014...

Si ce contrat est bien signé Lundi 21 octobre [2] , ce seront donc les 5ème et 6ème centrale de troisième génération (conçues par Areva NP) en construction dans le monde, après la finlandaise de Olkiluoto, les deux chinoises de Tianshan, et la française de Flamanville.

A.V.

(Rédigé le 18 octobre 2013, mis en ligne le vendredi 18 octobre à 17h51)
Cf. l'addendum du 21 octobre,enrichi de nombreuses précisions supplémentaires, au point [2] situé ci-dessous)


[1] Surtout ne pas comparer  ce prix de 108 euros avec le prix du kwh d’aujourd’hui, ce serait un non sens : qui sait combien sera le prix du baril de pétrole nu dans 20 ans, et qui sait ce que sera le prix du pétrole habillé (avec les coûts directs et indirects du CO2 émis en parallèle, sans parler des autres substances polluantes ? Si on obligeait les producteurs de pétrole et de gaz à stocker, puis à enfouir de manière étanche, le CO2 au lieu de l'envoyer dans l'atmosphère, quel sera le coût du baril habillé ? Qui sait combien coûterait l’exploitation du gaz de schiste si on obligeait les producteurs à remettre les terrains et les sous-sols dans l’état de propreté qu’ils ont trouvé en entrant ? Le gaz de schiste, c’est peut-être 30 euros du kwh nu, mais peut-être 300 ou 400 euros du kwh habillé (en incluant la dépollution des sous-sols, des nappes phréatiques, des quantités d’eau astronomiques utilisées et non payées à leurs prix réels, les retombées des coûts de pollution des transports des inputs et des outputs par des norias de camions circulant nuit et jour, etc. Parler du coût du dé-mantelement du nucléaire, sans parler du coût du re-mantelement du manteau terrestre pulvérisé par la fraction hydraulique, c’est vouloir du « coût complet » sur l’un, et refuser de l’envisager sur l’autre…

[2] : EDF a publié un communiqué de presse Lundi 21 Octobre matin. Ce communiqué précise les points suivants :
1.      Prix d’exercice du contrat : 92,5 livres pour le projet Hinkley Point C, si aucune décision d’investissement n’est prise pour le projet de Sizewell C (dans le Suffolk, Est de l’Angleterre)
2.      Prix d’exercice ramené à 89,5 livres si une décision est prise pour le projet Sizewell C (en négociation sur cet autre site : 2 autres EPR)
3.      Durée du contrat : 35 ans à compter de la date de mise en service de la centrale
4.      Protection : le projet bénéficiera d’une protection contre d’éventuels changements législatifs et réglementaires
5.      Partenaires : Groupe EDF 45 à 50%, Areva : 10%, CGNPC et CNNC : 30 à 40%
6.      Des discussions ont également lieu avec une sélection d’autres investisseurs dont la participation pourrait aller jusqu’à un total maximum de 15%
7.      Mise en service : sous réserve d’une décision finale d’investissement escomptée d’ici Juillet 2014, la mise en service est prévue en 2023.
8.      Coût de la construction : 14 milliards de livres sterling
9.      Autres coûts : 2 milliards de livres (achat de terrains, obtention des différentes autorisations (sic), construction d’une installation de stockage de combustible usé, formation de 900 personnes pour exploiter la centrale.
10.   Autres coûts : « Pour la première fois en Grande-Bretagne, les coûts de gestion des déchets et du démantèlement sont inclus dans le projet dès son origine au travers d’un programme du financement du démantèlement (Funded Decommissioning Programme) ». Nota sur cet extrait du communiqué : cette phrase est située en dessous du paragraphe consacré aux « coûts totaux d’ici la mise en service qui devraient être proches de 16 milliards de livres ». Cette phrase, telle qu’elle est rédigée, ne dit pas explicitement que les coûts de gestion des déchets et du démantèlement sont inclus dans les 16 milliards de livres.
11.   Fournisseurs : les 4 plus importants seront : Bouygues TP/ LaingO’Rourke (ingénierie civile), Costain (travaux maritimes), Alstom (turbines), et Areva (chaudière nucléaire, systèmes de contrôle-commande, et combustibles). Environ 57% des coûts de construction pourraient être dépensés au Royaume-Uni.
12.   Garantie : il est actuellement envisagé que, sous réserve d’une due diligence réalisée par Infrastructure UK, une dette, garantie par le Trésor britannique, financera les coûts globaux de construction avant la mise en service à hauteur de 65%.
13.   Citation du Premier ministre David Cameron du Lundi 21 octobre 2013 : « Il y a quelques semaines, j’évoquais le renouveau de notre politique industrielle ainsi que notre détermination à se tourner vers de nouvelles technologies et soutenir les industries et les énergies nouvelles afin qu’elles puissent prospérer et nous aider à bâtir une économie rééquilibrée à travers le pays. Pour la réussite de la Grande-Bretagne et après des mois de négociations, nous sommes aujourd’hui parvenus à un accord pour la construction de la première centrale nucléaire en Grande-Bretagne depuis plusieurs décennies. Cet accord représente 16£ milliards d’investissements futurs pour la Grande-Bretagne et la création de 25 000 emplois, soit d’excellentes nouvelles pour la région du Sud-ouest et pour le pays tout entier. Dans un contexte international très concurrentiel, cet accord témoigne d’une réelle confiance en notre pays, et montre que nous savons faire preuve d’ouverture. Cette étape marque le coup d’envoi de la nouvelle génération d’énergie nucléaire en Grande-Bretagne, une énergie qui a un rôle important à jouer pour répondre à nos besoins futurs et assurer notre sécurité d’approvisionnement à long terme. ».
14.   Pour lire le communiqué d’EDF en entier (6 pages), merci de cliquer sur le lien ci-dessous :
http://medias.edf.com/communiques-de-presse/tous-les-communiques-de-presse/communiques-2013/hinkley-point-c-284578.html&return=54
 
(Cet Addendum à l’article mis en ligne le Vendredi 18 octobre à 17h51, a été rajouté le Lundi 21 Octobre 2013 à 11h05)
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