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Les objectifs de la LOI pour la transition énergétique (LTE) sont-ils réalistes ?

Référence de l'article : DC6174
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écrit par Marie-Louise CASADEMONT (X 74 *) et George RICHERME (X 60 **),(16 Juin 2017)
 
Les grands objectifs énergétiques français ont été définis par la loi no 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.
Cette loi, qui s’insère dans le cadre européen, est nécessaire et ambitieuse. Elle est présentée comme une loi « d'action et de mobilisation », mais est-ce vraiment le cas ?

Rappelons les cinq objectifs « clairs et volontaires » qu’elle a fixés pour la France :
Réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon drastique est un objectif majeur. Il s’agit de diminuer le recours aux énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz naturel. La production d’électricité, qui est basée sur le nucléaire, l’hydraulique et les énergies nouvelles, n’est pas concernée, car elle n’emet que peu ou pas de gaz à effet de serre. Ce sont donc les usages de chauffage électrique et de mobilité par véhicules électriques qui sont plus particulièrement visés.
 


Ce dernier objectif demande de développer très rapidement les les infrastructures nécessaires pour le rechargement des véhicule en électricité ou en hydrogène (piles à combustible)

Réduire la consommation finale d’énergie en France en isolant les bâtiments et en améliorant les performances des véhicules est une mesure importante. Cette consommation s’établissait en 2012, toutes sources primaires confondues (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, renouvelables et divers) à 2,5 tep/hab (tonnes équivalent pétrole par habitant). Vouloir la diviser par deux d’ici 2050 est irréaliste si l’on prend en compte les besoins croissants (climatisation par exemple)
 




Respecter cet objectif à la lettre conduirait à ramener la consommation par habitant en France au niveau de celle par exemple de l’Algérie aujourd’hui !

Année 2012 – EU = Europe

Réduire la consommation d’énergies fossiles importées permet d’accroître l’indépendance en énergie, qui n’était encore en 2012 que de 40%, ainsi que la sécurité des approvisionnements. Toutefois cet objectif n’apparait que faiblement dans la LTE, à l’opposé de la Loi POPE de 2005. En particulier et bien que son mode de production soit criticable, la question du gaz de schiste, qui a rendu les USA autonomes en énergie, n’est pas évoquée par la LTE. De même elle ne justifie pas la position prise de ne plus faire ni études, ni recherches dans ce domaine.
 


La plume du législateur n’aurait pas dû être retenue sur ce sujet très controversé, ne serait-ce que pour exposer les arguments qui prévalent contre le gaz de schiste !

Ressources nationales/Ressources totales
Année 2012 – EU =Europe

Porter la part du nucléaire à 50 % en 2025, pourquoi pas,mais si c’est en démantelant des centrales avant leur fin de vie alors qu’on vient de renforcer leur sûreté par des dépenses de maintenance considérables, est un non sens économique. Le nucléaire français ne présente pas un si vif danger qu’il faille s’en désengager en urgence quand d’autre pays s’en dotent. Il faut veiller à ne pas détruire un pan entier de l’industrie nationale et de l’expertise acquise dans ce domaine au profit de panneaux solaires et d’éoliennes importées.
 


L’investissement nécessaire dans les énergies nouvelles ne doit pas se faire au détriment de l’industrie nucléaire et de notre savoir faire dans ce domaine !

Année 2012 – EU = Europe

Développer les énergies renouvelables pour les porter à un haut niveau est indispensable pour diversifier les sources d’énergie électrique et accroître l’indépendance énergétique. Toutefois il ne faut pas perdre de vue la contrainte technique de stabilité du réseau électrique qui est mise à rude épreuve avec les énergies intermittentes. En outre, au plan écologique, remplacer des centrales nucléaires par des énergies renouvelables, n’est pas équivalent à remplacer des centrales à charbon ou au fuel, polluantes et onéreuses, comme le fait notamment l’Allemagne.
 


La France doit veiller à ne pas perdre l’avantage qu’elle tire de ses choix énergétiques, par rapport aux pays voisins qui partent de situations moins favorables !

Ce ne sont pas les orientations de la LTE qui sont en cause, mais son silence sur certaines de leurs conséquences.  Par exemple, doit-on fermer des centrales nucléaires rénovées au profit des énergies renouvelables ? Réduire notre niveau de vie pour diminuer la consomation d’énergie ? Interdire toutes études et recherches dans le domaine des gaz de schistes ? Imiter les pays voisins en faisant notre deuil de l’expertise française ? Enfin les mesures incitatives des Pouvoirs Publics en faveur des énergies nouvelles ne risquent-elles pas à la longue de remettre en cause l’équilibre économique de l’énergie et la balance commerciale ? Sans compter l’équilibre technique du réseau électrique !

(*) : Marie-Louise TRONC-CASADEMONT, X-Mines, a réalisé l'essentiel de son parcours professionnel (28 années) chez Gaz de France ( ingénierie, exploitation, sécurité des installations, stockages souterrains, terminaux de gaz naturel liquéfié, management de projets, développement international.Elle a également été responsable de l'environnement et du développement durable de GRTGaz. Elle est actuellement partenaire du cabinet ARCLES.
 
(**) : Georges RICHERME, X-Telecom, a acquis une grande expérience des réseaux d'énergie et des systèmes d'information associés, grâce à trois décennies au sein des ex-groupes EDF et GDF, notamment comme Directeur d'Unités de Distribution, responsable de la stratégie informatique et télécommunications des Groupes, puis directeur adjoint de la branche Transport (RTE aujourd'hui). Il a ensuite rejoint GEMINI Consulting où il a exercé le métier de consultant manager avant de fonder le cabinet de conseil ARCLES.

Une version PDF du texte d'origine est disponible sous format PDF : merci de cliquer sur le lien en bas de page.

(Mis en ligne le 16 Juin 2017)


 

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