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Changement climatique : un peu de sagesse est devenu nécessaire

Référence de l'article : DC5431
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écrit par Marie-Louise TRONC-CASADEMONT (*),ARCLES,(17 Juin 2016)

L’évolution du climat fait débat : mais est-ce le bon sujet ?
 
Deux questions sont reprises inlassablement dans de nombreux débats, notamment pendant chaque conférence COP annuelle : «Y a-t-il oui ou non réchauffement climatique ? » et « L’Homme est-il responsable oui ou non de ce réchauffement, avec ses émissions croissantes de CO2 ? ».

Ce sont des questions naturelles, évidemment, parce que chaque année de nouvelles générations de millions d’individus découvrent les questions climatiques et sont donc à éveiller et informer.
Cependant, est-ce que ces nombreux débats éclairent ces générations ? Vraisemblablement non, parce qu’ils n’abordent pas l’essentiel du sujet.
 
Car ce qui est essentiel de dire par rapport au climat de la planète, c’est que l’Etat de l’Art en matière d’évolution du climat n’est pas achevé, en dépit des importants travaux des scientifiques du monde entier, notamment au sein du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Peut-être en saurons-nous un peu plus en 2050 !

Autre point essentiel : le « doute scientifique » s’applique en matière de connaissance de l’évolution du climat, compte tenu de la complexité inhérente aux facteurs de cette évolution.
Nous vivons aujourd’hui dans des sociétés humaines qui considèrent, assez largement, que « la science a réponse à tout », ce qui est loin d’être une réalité.  Dans les débats entre « climato-sceptiques » et « climato-réchauffistes », cette question du « doute scientifique » résiduel n’est pas traitée en tant que telle, ce qui constitue une faille regrettable.
 
Force est de constater que face à la limite des connaissances actuelles de l’évolution du climat, le débat fondamental, c’est en pratique, non pas la connaissance et la recherche sur l’évolution du climat, maisle bien-fondé des actions des sociétés humaines contre toute évolution potentielle du climat, en attendant 2050 où l’on en saura un peu plus, peut-être.  

Le débat fondamental porte donc plutôt sur la question suivante : « Quelles dispositions l’Homme doit-il prendre face à l’évolution du climat ? »
 
Pour répondre à cette question, la Convention Climat (UNFCCC) propose de prendre des dispositions de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’une part, des dispositions d’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique d’autre part.
 
A l’analyse de ces  propositions, l’Homme peut faire deux constats.
 
Primo, même si les émissions humaines de gaz à effet de serre n’étaient pas la cause d’un réchauffement climatique, lequel même ne serait pas avéré, les projets qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, appelés « projets d’atténuation »,  sont très utiles.

Car ces projets ont plusieurs qualités intrinsèques : ils préservent les ressources énergétiques finies de la planète ; ils permettent de développer et préserver la forêt et sa biodiversité ; ils sont générateurs d’économies à long terme, de créations d’emplois, etc. Ils sont également facteurs de développement humain grâce aux technologies les plus récentes. Les « projets d’atténuation » permettent en effet aux pays dits en développement de s’affranchir des étapes successives suivies par les pays dits développés pour acquérir la maîtrise des technologies modernes, vecteurs de progrès humains.
 
Secundo, même s’il n’y avait pas de réchauffement climatique et, donc, de fléaux associés, les projets de préservation de la ressource en eau, de préservation de l’agriculture face aux sécheresses afin de garantir la sécurité alimentaire, et autres projets appelés « projets d’adaptation », sont ainsi très utiles.  

Ces projets ne sont cependant pas faciles à concevoir car il s’agit de couvrir un risque naturel dont la prédiction est délicate. En effet, pour définir ces projets, deux étapes sont nécessaires. Au préalable appréhender correctement les conséquences et vulnérabilités dues au réchauffement climatique. Puis déterminer un positionnement sociétal face aux risques encourus : décide-t-on de les couvrir totalement, de les couvrir partiellement, ou de ne pas du tout les couvrir ? Cela fait trois attitudes possibles et cette deuxième étape n’est donc pas la plus facile à traiter. C’est ce qui s’appelle « gérer le risque ». Cela suppose en général d’approfondir les critères de niveau de risque selon lesquels l’Homme engage ou non des investissements pour contrer des phénomènes dont la prédictibilité est relative. Et pour gérer le risque, l’Homme doit adopter l’une des trois attitudes mentionnées, et décider clairement après études et réflexions diverses et participatives.

En fait, concevoir des projets d’adaptation revient à agir au nom du principe de précaution, qui est un principe d’action, et non pas un principe d’inaction, et qui conduit à des décisions. Et l’on soulignera que les décisions pour des projets d’adaptation, si difficiles soient-elles, sont à prendre localement : il s’agit à la fois de prendre en compte les conséquences locales des vulnérabilités climatiques déjà constatées ou projetées par les études, et les souhaits locaux de couverture des risques.
 
Ces deux constats montrent in fine la pertinence, pour un pays par exemple, de recenser et planifier l’ensemble des projets d’atténuation et d’adaptation en un « plan climat national ».
En ce sens, les Contributions Nationales (INDC) préparées pour la COP21 constituent les premiers engagements des pays pour s’organiser face au réchauffement climatique. Ce sont des engagements dans des projets qui préservent les biens communs de l’humanité. Ce sont des engagements pris envers la Convention Climat : il reste à ce qu’ils deviennent des engagements politiques au travers de plans climat, NAMAs* et NAPAs*.
 
En définitive, la lutte contre le réchauffement climatique, qu’il soit de court terme ou de long terme, - ce que la Science continuera d’approfondir - , reste le sujet fondamental que les sociétés humaines ne peuvent éviter et se doivent de « prendre en main ».

La Convention Climat est le garant du cadrage international de ce sujet, le vecteur de la coopération entre pays, ou encore le ciment entre les pays pour favoriser leur organisation individuelle vis-à-vis du climat.
 
Qu’est-ce que les débats « climato-sceptiques » et « climato-réchauffistes » apportent à  la Convention Climat ?
 
Ils n’apportent rien, ni en termes de propositions de simplifications de fonctionnement de l’UNFCCC*, l’organe des Nations Unies pour la mise en œuvre de la Convention Climat, ni en termes d’amélioration de la gestion des flux financiers entre pays signataires. Rien en termes de préparation des nouveaux engagements des pays à venir après le Protocole de Kyoto, rien en termes d’incitations ou d’aides pour élaborer, piloter et réaliser des plans climat, etc.

Il ne sert à rien de dire que le climat est une « préoccupation de riches » : les pays « pauvres » sont assez souvent des pays dont les vulnérabilités aux changements climatiques sont considérables et déjà constatées, et intégrer la gestion de la problématique du climat à l’ensemble des programmes visant la réduction de leur pauvreté ne peut qu’être bénéfique.

Pour les pays « riches » ou « pauvres », élaborer et gérer des plans climat est une voie pour la définition et la réalisation de projets de développement concrets, constructifs et donc finançables. Car il n’est pas possible de financer n’importe quel projet : il y a une nécessité d’une bonne définition des projets et d’une bonne cohérence stratégique des projets entre eux pour faciliter les financements.
 
Qu’on se le dise : même si l’hypothèse d’un réchauffement climatique rapide n’était pas totalement avérée, au lieu de débats stériles et répétitifs, il vaut mieux soutenir activement les gouvernances climat nationales et internationale qui apportent un levier efficace de développement humain et de contribution à la paix.
 
Sigles utilisés:

NAMAs : Nationally Appropriate Mitigation Actions
NAPAs : National Adaptation programmes of Actions
UNFCCC : United Nations Framework Convention on Climate Change

_______________________________________________

(*) : Marie-Louise TRONC-CASADEMONT , X-Mines, a réalisé l'essentiel de son parcours professionnel (28 années) chez Gaz de France ( ingénierie, exploitation, sécurité des installations, stockages souterrains, terminaux de gaz naturel liquéfié, management de projets, développement international.Elle a également été responsable de l'environnement et du développement durable de GRTGaz. Elle est actuellement partenaire du cabinet ARCLES.

(Mis en ligne le 17 juin 2016)
  
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